Congo-Kinshasa: Alex Malu Kaba esquisse les grands défis de la relance de l'agriculture maraichère à N'sele

« Le contexte de la vie socio-économique de la ville province de Kinshasa est caractérisé par une pauvreté urbaine et une demande croissante en produits alimentaires de base. Dans ces conditions, la production maraîchère est un atout majeur dans l'alimentation et une source non négligeable des revenus des ménages de la population de Kinshasa. Le secteur de la N'sele constitue l'un des pôles importants de production maraichère de Kinshasa et dessert les principaux marchés de la sous région de la Tshangu en produits maraichers. Malheureusement, les efforts de ces femmes et hommes qui travaillent dur à nourrir une bonne partie de la population de Kinshasa n'est pas reconnu et valorisé » C'est ce qu'indique le Coopérant volontaire de Cuso International au Cosces, M. Alex Kaba Malu après 8 mois d'exercice dans la partie est de la ville de Kinshasa.

Cet expert en Développement durable et questions environnementales a été recruté pour faire l'état des lieux de l'agriculture maraichère dans le secteur de la N'sele, district de la Tshangu, pour mettre en lumière la situation de la chaîne de production maraîchère, l'impact de l'agriculture maraîchère tant sur le plan social (implication de la femme dans le développement local) qu'économique (amélioration du cadre de vie par l'accroissement des revenus) et aussi ressortir les contraintes et difficultés des producteurs maraîchers afin de proposer un plan de développement de l'agriculture maraîchère dans ce secteur et élaborer des stratégies de commercialisation en appui au collectif des organisations de la société civile des secteurs de l'agriculture, de la culture, de l'éducation et de la santé (Cosces).

Ci-dessous l'interview accordée au Potentiel dont les propos sont recueillis par Godefroid Ngamisata

En votre qualité de Cvi, en quoi consiste le travail avec Cosces ?

Alex Malu K : Avec Cosces, nous intervenons auprès des maraîchères et maraîchers de Kinkole (N'sele) pour apporter des alternatives à la précarité financière due principalement à des faibles revenus générés par les produits de récolte. Les pertes des revenus sont dues à une mauvaise vente ou des mauvais rendements causés par le manque de maîtrise des techniques culturales, par la mauvaise gestion de la fertilité des sols et des traitements phytosanitaires et par un manque des stratégies efficaces de commercialisation des produits de récolte.

Quels sont les objectifs poursuivis dans le cadre de ce mandat. ?

AMK : Les objectifs poursuivis sont de promouvoir l'autonomisation de la femme maraichère, d'améliorer les connaissances techniques des maraichers et maraichères à travers les ateliers de renforcement des capacités, de développer des outils et une approche qui permettront aux maraichers et maraichères d'améliorer la production et le rendement des cultures maraîchères et enfin de parvenir grâce aux revenus générés par la vente des produits de récolte à l'autonomisation financière et à l'amélioration de la qualité de vie.

Au tout début de notre mandat, nous avons procédé à des enquêtes socio-économiques et techniques pour établir l'état des lieux de l'agriculture maraichère dans le secteur de la N'sele sur les sites Linkana, DAIPN, parc de la N'sele et Kindobo. Les enquêtes ont été menées afin de récolter les données statistiques, techniques et opérationnelles sur les caractéristiques sociologiques (âge, sexe, scolarité); sur les caractéristiques générales des sites maraîchers (superficie, approvisionnement en eau); sur l'acquisition et l'utilisation des intrants (équipements et outils d'exploitation, semences, engrais, produits phytosanitaires); sur les opérations culturales; sur la récolte, le stockage et la commercialisation.

Les enquêtes ont montré que la majorité des producteurs consacrent la totalité de leurs exploitations aux activités de maraîchage, ce qui jette l'éclairage sur la place prépondérante de l'agriculture maraîchère dans le développement économique local. La femme est l'actrice principale de l'agriculture maraîchère sur les quatre sites retenus pour nos enquêtes. Les données statistiques recueillies montrent une moyenne d'âge (du plus âgé et du moins âgé) plus élevée chez la femme que chez l'homme. Ce qui peut se comprendre par le fait que la femme commence à travailler dans le maraîchage très jeune et y demeure jusqu'à un âge avancé. La fille commence très jeune à aider les parents dans les travaux maraîchers et y demeure, souvent au détriment de la scolarité. Quoique très peu instruite par rapport à l'homme, l'action de la femme maraîchère contribue efficacement à améliorer le niveau des revenus du ménage, à scolariser les enfants et à assurer la sécurité alimentaire de la famille.

Quelles sont les difficultés rencontrées par ces maraichers ?

Les maraichères et maraichers travaillent dans des conditions difficiles affrontant les pires conditions climatiques. Ils travaillent avec des outils vétustes et de mauvaise qualité, les obligeant à rester courbés une grande partie de la journée.

Les producteurs maraîchers enquêtés s'approvisionnent en semences et engrais principalement auprès des marchés locaux, fournisseurs ambulants et quelques fois auprès des centres de productions des semences tels que CECOMAF et CEPROSEM. Les enquêtes ont permis de démontrer que malgré les années de pratique de l'agriculture, les maraichères et maraichers n'ont pas suffisamment des connaissances techniques sur les bonnes pratiques agricoles et la gestion efficace de la fertilité des sols. Ils n'ont pas de formation sur l'utilisation des pesticides (connaissances sur les types des pesticides, connaissances sur les doses d'application, fréquences de traitement et délai d'application avant récolte pour éviter l'effet de rémanence sur les produits de récolte). Sur ce, des graves lacunes ont été remarquées sur les mesures de protection lors de la manipulation et l'application des pesticides et le manque d'équipement de protection adéquat (lunettes, bottes, combinaisons, gants, couvre-nez).

Quelles sont les pistes de solution ?

AMK : Les ateliers de formation sur le renforcement des capacités ont été organisés dans les bureaux de Cosces à Kinkole sur les thèmes de bonnes pratiques en production maraîchère, gestion de la fertilité des sols et gestion des traitements phytosanitaires. Ils ont permis de former une dizaine de maraichers dont 2 membres du bureau exécutif de Cosces. Les descentes sur le terrain ont été réalisées pour s'assurer du suivi et de l'accompagnement des membres formés et pour évaluer le degré d'assimilation des connaissances acquises lors des ateliers de formation ainsi que la capacité à transmettre ses connaissances auprès d'autres producteurs.

Quels sont les défis dans le circuit de la commercialisation ?

AMK :La commercialisation des produits maraichers fait face à certaines contraintes telles que les difficultés de transport des produits, la concurrence occasionnée par les produits en provenance de la province du Kongo Central, l'absence de standardisation des prix et des unités de vente, l'absence d'infrastructures de stockage et de conditionnement, les risques élevés au niveau des producteurs et des commerçants. Nous avons proposé des stratégies qui permettront d'améliorer la commercialisation en apportant une valeur ajoutée dans la chaîne de distribution des produits maraîchers. Cet outil devrait permettre de créer de nouveaux rapports de force face aux acheteurs par l'amélioration de l'accès des producteurs aux marchés locaux (diversification des cultures, régularité de l'offre, organisation de la collecte et la distribution des produits maraichers); l'organisation des producteurs en associations pour leur donner les outils de gestion et de contrôle de l'offre, de la mise en marché et de la commercialisation; la création des créneaux de valorisation.

Face à ces réalisations que proposez- vous ?

AMK :: Nous envisageons mettre en place des organisations paysannes (OP) qui devraient organiser le marché en mettant ensemble l'offre et la demande, en mettant en place les règles de fonctionnement du marché et des mécanismes pour le contrôler, en aidant les producteurs à mieux produire et vendre grâce à un appui technique et opérationnel pour améliorer les itinéraires techniques, en facilitant l'accès au crédit pour ses membres, en mettant à la disposition des producteurs des infrastructures de stockage, de conditionnement et de transformation.

Nous avons aussi besoin de l'appui du ministre provincial tout comme les partenaires locaux et internationaux œuvrant dans le secteur de l'Agriculture pour nous accompagner à travers les OP qui seront mis en place sous l'encadrement de Cosces.

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