Burundi: Absence du pouvoir burundais aux pourparlers d'Arusha - Que se passe-t-il dans la tête de N'Kurunziza ?

Photo: Rfi
Benjamin Mkapa, l'ex-président tanzanie, qui joue le rôle de médiateur dans la crise burundaise (image d'archives).
24 Octobre 2018
analyse

Mauvaise foi du pouvoir de Bujumbura ou réelle contrainte de calendrier ? Invité à prendre part à la dernière session du dialogue de sortie de crise au Burundi, qui s'est ouverte hier, 24 octobre à Arusha, en Tanzanie, le gouvernement burundais ne s'y est pas rendu. Motif invoqué : le mois d'octobre, qui serait « un mois de deuil au Burundi ».

L'Exécutif burundais s'est fait fort de rappeler que le 13 octobre dernier, le pays a commémoré l'assassinat, en 1961, du « héros de l'indépendance », et le 21, celui du «héros de la démocratie», Melchior Ndadaye, le premier président hutu démocratiquement élu en 1993, tué lors du coup d'État d'octobre de la même année.

L'opposition qui voit les choses autrement, elle, crie au mensonge ! « Un prétexte fallacieux et enfantin », s'étrangle Anicet Niyongabo, secrétaire général du Cnared, la plate-forme regroupant l'opposition extérieure, qui souligne que « ce gouvernement n'a jamais décrété un seul jour de deuil pour ces deux héros depuis qu'il est au pouvoir ».

Face à la cinglante réplique de l'opposition, comment croire en la bonne foi du pouvoir de Bujumbura, surtout qu'il semble beaucoup plus porté sur le vice que sur la vertu en matière de gouvernance ? Comment ne pas donner du crédit à cette opposition qui lie l'absence du pouvoir de Bujumbura à Arusha, à une volonté farouche et déterminée de celui-ci de ne pas négocier avec elle ? On peut, comme l'opposition l'en accuse, faire l'amer constat que le parti burundais a opté pour la stratégie de la fuite en avant.

En refusant de prendre part à la session d'Arusha, l'Exécutif burundais décline l'ultime offre d'un dialogue pour une raison qui va au-delà de ce qu'il veut faire valoir.

La médiation devait mettre tout en œuvre pour que le camp du pouvoir fût à l'aise

Les vraies motivations de ce boycott sont certainement ailleurs. En fait, le CNDD-FDD, parti au pouvoir, aurait sans aucun doute souhaité avoir en face de lui, une interlocutrice docile, une opposition malléable et corvéable, qui ne contrarie d'aucune manière ses intentions inavouées dans la perspective des élections de 2020.

De ces assises, il entendait tirer la substantifique moelle et l'on peut percevoir cette gourmandise à travers le préalable qu'il a posé pour participer à ces assises et qui consiste en ce que le gouvernement burundais et la facilitation « s'accordent » sur les personnes qui prendraient part à ces pourparlers. En somme, cette médiation devait mettre tout en œuvre pour que le camp du pouvoir fût à l'aise et en position de force face à l'opposition qu'il trouverait en face.

Autrement, pas de dialogue qui tienne ! Une position pour le moins maximaliste qui s'avère d'autant plus dramatique qu'on est face à un enjeu majeur : les élections de 2020.

Face aux exigences du pouvoir burundais, bien des questions inquiétantes ne manquent pas de tarauder l'esprit et qui se résument pour l'essentiel à cette question : que prépare Bujumbura qui ne veut toujours pas voir son opposition, même en peinture, à un moment aussi crucial où il est question de baliser le terrain pour le scrutin présidentiel à venir ? Qu'est-ce qui se passe dans la tête de l'homme fort de Bujumbura dont la promesse de ne pas se présenter à la présidentielle de 2020, n'engage que ceux qui y croient ?

En tout cas, l'absence du pouvoir à Arusha n'a pas empêché des opposants de s'y rendre. De quoi accouchera cette réunion considérée comme celle de la « dernière chance ? »

Selon toute apparence, il ne faut rien en espérer. Une perspective sombre pour le peuple burundais mais qui réjouira sans aucun doute le pouvoir en place toujours dans sa logique jusqu'au-boutiste avec pour seul but, la confiscation du pouvoir, quel que soit le prix à payer.

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