Cameroun: Sortie de l'episcopat camerounais sur la presidentielle - Deux évangiles contraires qui égarent les fidèles

Photo: CENC
Les Évêques de Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun
25 Octobre 2018

La controverse qui entoure les résultats de la présidentielle camerounaise n'est pas près de retomber. En effet, après le coup de gueule du tonitruant et malheureux candidat, Maurice Kamto, qualifiant les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel de faux, c'est au tour de l'Eglise catholique de donner de la voix. Mais l'on peut noter d'emblée que celle-ci dénote d'une certaine cacophonie au sein de l'épiscopat.

C'est du moins l'impression que l'on peut avoir après les propos du président de la conférence épiscopale, Monseigneur Samuel Kleda et ceux du cardinal Christian Tumi, Archevêque émérite de Douala. En effet, le premier n'a pas eu besoin de porter des gants pour déclarer urbi et orbi ceci : « les résultats ne me semblent pas corrects, ne sont pas corrects du tout ».

A l'appui de ce point de vue, le président de la conférence épiscopale donne un exemple. Dans le grand nord, dit-il, « où il y a le plus de difficultés, où il y a plus de misère, où les gens sont obligés quelquefois d'émigrer, où des jeunes ont rejoint le groupe Boko Haram », le score de 89% obtenu par Paul Biya est plus que suspect. In fine, le prélat s'interroge sur la fiabilité des résultats.

Cet évangile est clair et net. Paul Biya n'a pas été bien élu. L'opposant Maurice Kamto voit ainsi sa position renforcée par une voix morale et pas des moindres. Mais cet évangile semble ne pas être partagé par une autre voix morale, celle du Cardinal Christian Tumi, archevêque émérite de Douala.

Ce dernier s'est exprimé sur l'issue du scrutin en ces termes : « Je dirai une et une seule chose : acceptons tout comme la volonté de Dieu car personne n'exerce une autorité sur terre qui ne soit pas de Dieu. Ceux qui nous gouvernent rendront compte à Dieu de la manière dont ils nous auront gouvernés ».

Ces deux évangiles contraires ne manqueront pas d'égarer les fidèles. En effet, lequel des deux faut-il retenir et quel comportement faut-il adopter en conséquence ? Pourraient s'interroger les ouailles.

La façon de faire de l'Elysée illustre subtilement un désaveu des résultats de l'élection présidentielle camerounaise

Cette question est d'autant plus pertinente qu'elle oppose deux conceptions de l'Eglise dans son rapport au pouvoir des hommes. La première, défendue par le président de l'Episcopat camerounais, veut que l'Eglise ne ferme pas les yeux sur les dérives des gouvernants. Mieux, elle invite les fidèles à s'engager ici-bas pour le bien et le juste.

D'une certaine façon, on peut dire que le président de la conférence épiscopale marche sur les traces de Jean-Paul II. En rappel, ce pape avait invité les Polonais à s'engager en politique pour faire changer les choses dans le sens du Bien.

Sa célèbre phrase « n'ayez pas peur ! » résonne encore dans les esprits. La suite, on la connaît : les régimes totalitaires de l'Europe de l'Est ont été balayés par les populations grâce en partie à cette invite pontificale.

A contrario, l'évangile du cardinal Christian Tumi défend pratiquement la résignation, quand il dit ceci : « acceptons tout comme la volonté de Dieu car personne n'exerce une autorité sur terre qui ne soit pas de Dieu ». Avec tout le respect

que l'on doit au cardinal Christian Tumi, l'on peut se permettre d'émettre des réserves sur son évangile. Car, à ce rythme, la dictature aura encore de beaux jours devant elle au Cameroun.

Et Paul Biya peut déjà lui être reconnaissant pour avoir invité les fidèles à l'obéissance jusqu'à ce que le Très-haut décide autrement. Cela dit, il n'y a pas que chez les hommes de Dieu que le 7e mandat de Paul Biya divise.

L'on peut en effet relever le même constat chez les Occidentaux. Pendant que la grande Bretagne et les Etats-Unis, via leurs premiers responsables, congratulent Paul Biya, la France, quant à elle, s'est contentée d'une simple lettre de félicitations envoyée par le quai d'Orsay.

Quelque part, on peut dire que Emmanuel Macron n'a pas voulu mettre ses mains dans le « merdier camerounais » en envoyant personnellement une lettre de félicitations à Paul Biya.

Et quand la France exprime dans la foulée son inquiétude quant à la situation en zone anglophone, l'on peut lire cela comme un moyen subtil pour Emmanuel Macron de dire à Paul Biya que son septième mandat souffre d'un déficit de légitimité.

De fait, la rébellion en Ambazonie n'est qu'un alibi tout trouvé. Mais l'on peut comprendre le président français. Car, Emmanuel Macron, dont l'âge correspond pratiquement au nombre d'années passés par Paul Biya à la tête du Cameroun, peut être gêné aux entournures de féliciter personnellement son homologue camerounais.

Il est d'autant plus gêné que dès son avènement au pouvoir, il avait pris l'engagement d'œuvrer pour la promotion de la démocratie et des droits humains en Afrique.

De ce point de vue, l'on peut dire qu'il a laissé son ministre des Affaires étrangères faire la besogne. Et cette façon de faire de l'Elysée illustre subtilement un désaveu des résultats de l'élection présidentielle camerounaise.

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