29 Octobre 2018

Burkina Faso: Répression de l'insurrection populaire

Photo: FASOZINE
Les 30 et 31 octobre 2018, notre pays commémore l’An IV de l’Insurrection Populaire, un événement dont la portée a dépassé de loin les frontières de notre pays.

Ouvert le 27 avril 2017 devant la Haute Cour de Justice (HCJ), le procès des 32 ministres du dernier gouvernement de Blaise Compaoré dans la répression de l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 a été renvoyé sine die pour des vices de procédures. Même si des réformes sont intervenues pour rendre la juridiction concernée plus opérationnelle, le procès tarde à reprendre.

Si le 4 juillet 2017, l'Assemblée nationale burkinabè a examiné et adopté le projet de loi modificative sur la Haute Cour de justice (HCJ), la reprise du procès inhérent à la répression de l'insurrection populaire, qui s'est soldée par une trentaine de morts et des centaines de blessés, est toujours attendue.

L'on aurait pensé qu'avec l'installation des juges de la HCJ, le 15 novembre 2017 à Ouagadougou, la machine judiciaire se mettrait en branle pour situer les responsabilités dans les crimes commis lors du soulèvement du peuple burkinabè en octobre 2014.

Comme modifications, l'article 1er de la loi inhérente à l'organisation et au fonctionnement de la HCJ indique, entre autres, que la juridiction comprend désormais une commission d'instruction, une chambre de contrôle de l'instruction, une chambre de première instance et une chambre d'appel.

Il stipule également que la chambre d'appel est composée de neuf juges dont six députés titulaires élus, trois magistrats de grade exceptionnel issus de la Cour de cassation, du Conseil d'Etat ou de la Cour des comptes, six juges parlementaires suppléants et trois juges magistrats suppléants.

A l'issue de l'installation des membres de la Haute Cour, son président, Mathieu B. Ouédraogo, avait suscité l'espoir chez les proches des victimes de l'insurrection populaire, en annonçant que le procès allait reprendre « bientôt ». Mais, depuis lors, aucun signe n'indique la reprise du jugement du côté de la Haute Cour.

Le gouvernement et la Représentation nationale ont fait diligence pour adapter les textes de la HCJ, mais les lignes n'ont pas véritablement bougé. L'on aurait pensé que la prestation de serment du dernier membre de la Cour d'appel de la HCJ, le 12 septembre 2018, aurait permis à la juridiction de reprendre du service.

Mais les explications du président de la HCJ sont venues reléguer une fois de plus aux calendes grecques la reprise du procès sur la répression de l'insurrection populaire. «Le tribunal militaire a commencé ses travaux. Donc vous comprenez que c'est un facteur limitant, vu qu'on ne peut pas organiser les deux procès en même temps...

Au niveau de la défense, ceux qui sont au tribunal militaire sont les mêmes à la Haute Cour de Justice. Il y a des accusés et certains témoins impliqués dans le procès du tribunal militaire qui doivent passer aussi au niveau de la Haute Cour de Justice », avait-il avancé.

Cette explication se justifiant, il faudra encore patienter avant que les responsabilités dans la répression de l'insurrection populaire ne soient situées. En clair, il faudra que le dossier du putsch manqué soit vidé, pour que la HCJ puisse se prononcer sur le procès du soulèvement populaire d'octobre 2014.

Si tel est le prix à payer pour que justice soit rendue dans l'intérêt de tous, il faudra s'y conformer. L'important est que ce procès puisse avoir lieu, d'autant plus qu'il servira à jeter les bases de la réconciliation nationale souhaitée de tous.

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