Centrafrique: Le drian dans le pays - La France revient-elle pour terminer le ménage ?

Photo: MAEA
Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères de la France
1 Novembre 2018
analyse

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a entamé, hier jeudi 1er novembre 2018, une courte visite à Bangui en Centrafrique. Cette visite sonne comme des retrouvailles. En effet, le ministre Le Drian n'avait pas mis les pieds en Centrafrique depuis le départ de l'opération Sangaris en octobre 2016.

A cela, il faut ajouter que le ministre des Affaires étrangères effectue cette visite après l'annulation, à deux reprises, de la venue de Florence Parly, la ministre des Armées. Il est également intéressant de relever que ce voyage intervient alors que la Russie semble mettre un point d'honneur à jouer, depuis plus d'un an, un rôle déterminant en Centrafrique. Ainsi, elle a déjà livré des armes à ce pays après avoir obtenu la levée temporaire de l'embargo. La Russie participe aussi désormais à la formation de l'armée centrafricaine.

La RCA représente pour la France, un double enjeu

De plus, Moscou a réussi le tour de force d'initier à Khartoum, des négociations avec les groupes armés. Autant de victoires, peut-on dire, à l'actif de la diplomatie russe. Et cela n'est pas de nature à plaire à l'ancienne puissance coloniale, la France. Cette « intrusion » de la Russie dans ce pré-carré de l'Hexagone, est d'autant plus inacceptable pour nos « ancêtres les Gaulois » que la RCA représente pour ces derniers, un double enjeu. D'abord, la RCA revêt un véritable enjeu géostratégique. En effet, le positionnement de ce pays au

cœur du continent noir, offre des opportunités intéressantes en termes d'installation de bases militaires. Et ce n'est pas le guerrier Vladmir Poutine qui va cracher sur cette aubaine. L'autre enjeu que représente la RCA est lié à l'immensité des richesses de son sous-sol. L'ex-Oubangui Chari est, en effet, gâté par la nature.

Et ce serait une perte sèche pour la France, elle qui a toujours eu la haute main sur les richesses de ce pays pendant et après la colonisation, de voir la Russie lui chiper cette manne. Mais si la France est bousculée aujourd'hui en RCA par la Russie, c'est parce que, quelque part, elle a prêté le flanc. En effet, la France a pris la responsabilité de ne pas reconduire l'opération Sangaris alors que la RCA était loin d'être stabilisée.

Depuis donc le départ de cette opération en octobre 2016, la France s'est, peut-on dire, détournée de la RCA. A titre d'illustration, on peut évoquer ceci : le ministre des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian, n'a pas daigné visiter le pays depuis deux ans. A cela, il faut ajouter l'annulation, à deux reprises, de la venue de Florence Parly, la ministre des Armées.

Cela a créé visiblement une sorte de vide diplomatique. Et comme la nature a horreur du vide, la Russie, en bonne opportuniste, a vite fait de l'occuper. Le voyage donc de Jean Yves Le Drian en RCA et cela après deux ans, peut-il être décrypté comme un retour de la France pour terminer le ménage ? C'est la question que l'on peut se poser.

L'on peut y répondre par l'affirmative au regard des considérations suivantes. Premièrement, au plan moral et même si la France est toujours présente militairement en RCA via la MINUSCA, le retrait de Sangaris de la RCA, peut être perçu par certains Centrafricains comme l'abandon de leur pays par la France.

Et ce désengagement militaire de la part de l'ancienne puissance coloniale, pourrait davantage être pointé du doigt du côté de Bangui à un moment où la RCA est en proie à plusieurs périls. Frappée de remords, la France peut donc avoir envie de réparer ce manquement moral d'avoir abandonné un « frère » en pleine tourmente.

Il faut plus que des kalachnikov pour rapprocher les Centrafricains

La deuxième considération est d'ordre géostratégique. Manifestement, la France est dans la logique de séduction de la RCA. Elle l'est d'autant plus qu'elle a beaucoup à perdre en laissant le pays basculer dans le giron russe. Un autre élément qui peut être lié à cette compétition entre la Russie et la France, est la récente destitution du président de l'Assemblée nationale de la Centrafrique.

En effet, Karim Meckassoua, puisque c'est de lui qu'il s'agit, voit d'un mauvais œil le rapprochement avec la Russie au détriment de la France. Sur la question, à ce que l'on dit, sa position n'est pas en phase avec celle du président Faustin Archange Touadéra. Et ce dernier, il faut le dire, semble manquer de vision pour la RCA.

Comme quoi, il ne suffit pas d'être un mathématicien de haut vol pour revêtir les habits d'un homme d'Etat. En tout cas, il a beaucoup à apprendre en matière de sciences politiques pour réconcilier la RCA avec elle-même d'abord, avant de la positionner sur le chemin du développement.

Et par rapport à ces deux défis, l'on peut bien se demander ce que la Russie peut faire pour l'aider véritablement à les relever. Car, il faut plus que des kalachnikov pour rapprocher les Centrafricains afin qu'ils se mettent ensemble pour construire le pays. Et à cet immense chantier, la RCA ne peut pas s'offrir le luxe de se priver de l'apport de la France.

Car, quoi qu'on dise, nos ancêtres les Gaulois, de par les aléas de l'histoire, ont une parfaite connaissance de ce pays. Ce qui est loin d'être le cas de la Russie. Et l'avènement du jeune Emmanuel Macron au pouvoir, est une opportunité pour les deux pays d'envisager leur coopération sous un jour nouveau.

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