Afrique Centrale: Réconciliation Salva Kiir/Riek Machar - Osons espérer que c'est pour de bon

Kiir addressing an audience at the Woodrow Wilson Center.

Ils se sont encore retrouvés et la scène des retrouvailles était émouvante. Mercredi dernier à Juba, capitale du Soudan du Sud, une grande cérémonie pour la paix a été organisée et a permis aux deux frères jusque-là ennemis, Salva Kiir et Riek Machar, de se retrouver et de fumer du même coup le calumet de la paix. Le premier est l'actuel président du Soudan du Sud et le second en était le vice-président et s'est mué en chef rebelle.

Lors de cette rencontre et devant une foule en liesse, les deux ont promis que la paix des braves était signée. « Que la paix soit sur vous », a d'abord scandé, messianique, un Riek Machar, avant de rappeler : «Nous avions accueilli favorablement la décision de l'IGAD, en juillet 2017, de relancer le processus de négociation. J'avais aussitôt mis sur pied une délégation de paix pour nous engager dans ce processus de haut niveau». Et Salva Kiir, qui ne voulait pas être en reste dans le lâcher de colombes blanches, de répliquer dans la même veine: « Je veux rappeler devant vous tous que la guerre est terminée. Riek Machar et moi-même, ainsi que tous les leaders d'opposition, avons décidé de nous pardonner. Et nous avons décidé, en toute conscience, de faire avancer le pays, à travers un processus de guérison».

Qu'il en soit ainsi, peut-on souhaiter. Sauf que ce n'est pas la première fois que pareils vœux, qui se sont vite révélés vains, sont formulés par ces deux hommes. Rappel des faits : le 9 juillet 2011, par référendum, une partie du Soudan décide de son indépendance et prend le nom du Soudan du Sud. Salva Kiir et Riek Machar prennent les rênes du pays, occupant respectivement les postes de président et de vice-président. Malheureusement, le partage du gâteau exacerbera les instincts belliqueux des deux anciens seigneurs de guerre, puisqu'en décembre 2013, ils feront éclater un conflit civil sur fond ethnique, qui oppose les Dinka (Salva Kiir) aux Nuers (Riek Machar).

Mais que d'accords de cessez-le-feu signés et violés depuis lors, face à un conflit qui a fait, au bas mot, 300 000 morts, 2,3 millions de personnes déplacées, dont 200 000 sont réfugiées dans un camp de l'ONU, 6,1 millions de personnes qui ont recours à l'aide alimentaire et 15 000 enfants soldats !

Il est en effet regrettable de constater que les Soudanais du Sud se sont émancipés de la tutelle du grand Soudan pour mieux se combattre, au lieu de s'atteler à la seule grande bataille qui vaille, celle du développement. Et jusque-là, les deux têtes de proue que sont Salva Kiir et Riek Machar se sont comportés en parfaits irresponsables, mettant en avant leurs intérêts personnels en lieu et place de l'intérêt général du pays, un bébé encore fragile et qui ployait déjà sous les coups du désormais puissant voisin, le Soudan, qui ne lui a jamais pardonné sa volonté d'émancipation.

Ce qu'on dit est d'autant plus vrai que si, ces images du fils de Salva Kiir, Munuti Kiir, exhibant de grosses mallettes remplies de liasses de billets, s'affichant dans des hôtels de luxe et se roulant même dans lesdits billets sont authentiques, il y a de quoi désespérer des acteurs politiques du Sud-Soudan. Que le rejeton d'un président équato-guinéen se comporte de la sorte, on pourrait comprendre ! Mais que cela provienne de l'enfant du président d'un pays si fragile et si pauvre est simplement difficile à admettre.

Osons espérer que cette fois sera la bonne, car il y a eu tellement de retrouvailles invariablement suivies de clashs qu'on en vient à se demander s'ils se sont enfin compris et s'ils ont compris que l'argent qu'ils utilisent pour se trucider peut servir à quelque chose de noble. Quelque part, ce qui se passe au Soudan du Sud montre que la partition n'est pas toujours la solution. Penser que tout sera rose parce qu'on est dans un même conglomérat ethno-religieux ou linguistique (visez notre regard), c'est généralement se tromper lourdement, car on oublie que c'est souvent dans la famille qu'on se hait le plus.

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