3 Novembre 2018

Ile Maurice: Poorranarnenden Sungeelee - «On essaie de résoudre seulement 2 % du problème de congestion routière»

interview

Eaux usées envahissant plusieurs maisons à Rose-Hill, déviations et congestions routières : les inconvénients du Metro Express se poursuivent. Pourquoi autant de problèmes ? Qu'en est-il de la rentabilité réelle ? Poorranarnenden Sungeelee, ancien «Mechanical Engineer» au ministère des Travaux et vice-président de l'Association des consommateurs de l'île Maurice, analyse la situation.

Les dommages causés aux tuyaux d'évacuation et d'alimentation d'eau rajoutent de l'huile sur le feu pour le métro. Cela découle-t-il d'une mauvaise planification ?

En 1959, on avait installé des tuyaux pour les eaux usées. Qui avait ces plans ? Où ont été faites ces installations ? À quelle profondeur? A-t-on ces plans? Sans ceux-ci, comment a-t-on fait pour fouiller aujourd'hui pour les travaux du métro ? Et avec tous ces dégâts en plus. Je crois qu'ils ont fait cela par tâtonnement.

Il y a des appareils pour vérifier la profondeur à laquelle l'eau circule. Les a-t-on utilisés ? Il faut le savoir pour éviter de faire des bêtises à l'avenir. Admettons que le système de métro léger fonctionne.

Ce sera 19/20 km sur 1000 km de routes, donc 2 %. On essaie donc de résoudre 2 % du problème de congestion à Maurice. On se leurre de dire que cet avancement est extraordinaire. À mon sens, c'est ridicule surtout pour Maurice...

«Le fait que les passagers aient à voyager pour plus d'une douzaine de kilomètres debout est un drame à mes yeux.»

Vous n'exagérez pas là ?

C'est simple. Vous commencez une ligne pour 12 km. Et le centre se trouve à un point focal. Par exemple, si c'est pour Rose-Hill, on prend en amont une partie du nord et du sud de cette localité. Les premiers arrivants à bord du métro vont s'asseoir. Les autres feront 3 km debout, ce qui n'est pas grand-chose. Arrivé au centre, tout le monde descend. Un système normal devrait fonctionner ainsi.

À Maurice : la capitale sera le point final d'une ligne d'une vingtaine de kilomètres avec probablement un détour par Chebel et d'autres régions. Et après la première gare, ce sera complètement bondé. Le fait que les passagers aient à voyager pour plus d'une douzaine de kilomètres debout est un drame à mes yeux. Ils souffriront de maux divers. Comment pourront-ils travailler une fois rentrés après ce périple ?

Le métro ne peut-il vraiment pas alléger la situation routière ?

Les gens vont en pâtir. D'ailleurs, le contrat du métro n'a jamais été rendu public. Considérons le prix du métro. Pour l'Oyster Card de Londres sous l'ère Thatcher, il n'y a pas de subvention, ce qui multiplie le prix par quatre. Ici, on tergiverse, prétextant que ce sera une fois et demie plus chère.

En Malaisie, le tarif coûtait deux fois plus que pour l'autobus. Après six ans, cela a été un crash. À l'époque, c'était Rs 48 milliards puis c'est passé à Rs 68 milliards. Pour ce pays, ce n'est pas si dramatique car cette nation est plus aisée et dispose d'une population plus grande. Mais à Maurice, comment fera-t-on ? L'allégement de la congestion ne tient pas juste sur le métro léger.

Justement, certains échangeurs sont en construction actuellement. Vont-ils changer la donne ?

Si je prends la région de Curepipe ou encore de Phoenix. C'est grave car depuis 2014, on a évoqué l'échangeur de Phoenix. Rien n'a été fait. À Port-Louis, plein de flyovers ont été évoqués sur la route Militaire, de Roche-Bois, etc. mais en vain.

La décentralisation devrait se faire, et le plus vite possible. La cybercité a été une mesure efficace. Toutefois, depuis plus de quatre ans, le besoin d'échangeur a été plébiscité. Que voit-on chaque matin ? C'est la crise sur la route. Personne ne va résoudre cela.

Votre positionnement semble être très pessimiste. À quelle fin ?

Je ne suis pas politicien. Et je ne le serai jamais. Je crois que les dirigeants ne font pas ce qu'il faut pour le pays. Les coûts iront jusqu'à Rs 70 milliards. Cela va crasher.

Les gens ne feront rien jusqu'à ce qu'il y ait une crise. Nous clamons notre indépendance. Mais de qui le sommes-nous ? De la monarchie britannique ? La démocratie que nous avons ne fait pas grand-chose pour l'avenir.

Suite à une question parlementaire en juillet, la rentabilité du métro est revenue sur le tapis. Alors profitable ou pas ce système ?

La Singapore Cooperation Enterprise avait stipulé dans son rapport que le métro serait profitable après deux ans. Le gouvernement s'en était prévalu. Soudainement arrive une question parlementaire officielle. Cette fois-ci, c'est après 15 ans que ce sera rentable. Ce chiffre est intéressant car la plupart de ceux ayant voté pour le métro léger seront tous morts. Personne ne répondra de cela.

Le métro léger ne sera jamais rentable. Par exemple, est-ce que les investissements de départ seront remboursés ? Certains pays comme Singapour, Hong Kong et le Japon font un petit profit. Tous les autres font des pertes.

Cela ne rapportera rien aux Mauriciens. On sera excité durant la première semaine puis ça passera. À La Réunion, des études ont été effectuées pendant trois ans pour le «tram train». Tout aurait été fabriqué localement. Mais les Réunionnais ont refusé car ce n'est pas rentable.

Le terrain mauricien, d'origine volcanique, présente-t-il des risques avec l'opération du métro ?

D'abord, pour les lieux sujets à une forte pluviosité, les rails risquent de s'enfoncer avec la boue. Ensuite, avec le vent, d'autres dangers sont à prévoir. Par exemple, en Angleterre, il a fallu reniveler la voie à cause des déversements de trains. La maintenance est très importante aussi. Et avec ce système, il faut un entretien régulier. Certes, le métro passera au pied de la montagne des Signaux où l'eau circule.

Où vont-ils construire le tracé ? Le canal ne tient pas. On ne pourra pas tenir dessus. Des experts étrangers peuvent venir faire des travaux. Une fois la tâche complétée, la compagnie disparaît. Qui traînerez-vous en justice ? Si on devait investir Rs 18 milliards, il valait mieux construire 18 flyovers pour plus d'efficacité.

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