4 Novembre 2018

Burkina Faso: Procès putsch manqué/ Sidi Lamine Oumar - « J'ai eu à travailler avec Me Halidou Ouédraogo »

L'interrogatoire de Sidi Lamine Oumar, sociologue malien, s'est poursuivi le vendredi 2 novembre 2018 au tribunal militaire dans le cadre du procès du putsch manqué de septembre 2015. Au cours de son audition, l'accusé a fait savoir qu'en tant que chargé des droits humains au sein de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), il a rencontré à plusieurs reprises Me Halidou Ouédraogo pour des travaux.

En rappel, son audition avait été suspendue le mardi 30 octobre dernier à 13h, pour permettre aux militaires d'aller accompagner leur frère d'armes le soldat de 1re classe Médanimpo Lompo à sa dernière demeure. Cet accusé dans le putsch manqué de septembre 2015 a perdu la vie dans un accident de la circulation.

A la reprise de l'audience le vendredi dernier, la parole a été donnée au ministère public pour ses questions et ses observations. Dans le Procès-verbal (P-V) de l'accusé, il est consigné qu'il a appris la nouvelle du putsch sur France 24 le même jour vers 16h et qu'il aurait reçu, dans la foulée, le colonel Abdoul Karim Traoré de 16h à 19h.

Le mis en cause contestant certains éléments contenus dans ledit P-V, le parquet lui a demandé comment la gendarmerie a su qu'il était avec le colonel Abdoul Karim Traoré de 16 à 19h. « Cela n'engage que les enquêteurs. Je n'ai pas de commentaire à faire », a répondu le sociologue.

« Comment la gendarmerie a-t-elle su que c'est à partir de chez vous que le colonel a envoyé un message au général Diendéré ? », a poursuivi l'accusation. « Je ne me reconnais pas dans ces P-V », a maintenu l'accusé.

Selon le parquetier, il y a plus de précisions dans les propos de Sidi Oumar, car le colonel Abdoul Karim Traoré, a dit qu'il s'est rendu chez un ami sans le citer nommément. Mais Sidi a affirmé que c'est à partir de chez lui que le colonel s'est rendu chez le général.

« Vous dites même qu'il est parti sous la pluie », a ajouté le parquetier. « Posez la question à Abdoul, il est là. Moi je maintiens qu'il n'était pas chez moi », a réagi le point focal de l'Azawad au Burkina Faso.

Dans le rapport d'expertise téléphonique lu par le parquet, l'accusé a envoyé des messages de soutien au général Diendéré dont voici la substance : « Vous allez gagner.

Nous avons des hommes à la frontière », « La situation va changer d'ici là », « Hollande (NDLR : l'ancien président français, lors des évènements) soutient la médiation de la CEDEAO », « Je suis prêt à mourir pour vous, mon général ».

Concernant cette dernière déclaration, l'homme à la barre, vêtu d'un boubou blanc, s'est débiné avec le temps. « J'ai juste fait cette déclaration pour affirmer mon soutien au général. C'était juste ça. Si je savais que ça pouvait m'envoyer devant un tribunal, je ne l'aurai pas fait comme ça ».

Réagissant à l'expertise téléphonique, Me Michel Traoré de la défense a signifié que quand lui et son client se sont rendus au bureau du juge d'instruction Yaméogo, ils n'ont pas fait plus de 20mn.

Il a signifié que le juge leur a remis une clé dans laquelle il y avait une conversation du général Diendéré et de Sidi Oumar. « Le colonel Traoré avant ça avait suggéré à mon client de quitter le pays. Il en a parlé au général qui lui a dit de rester, car il n'avait rien à voir dans l'affaire.

A ce niveau, le son était faible. Nous avons écouté ce jour des audios du 30 et non du 23 septembre. Comment à cette date, on peut dire qu'on va apporter son soutien alors que les évènements étaient déjà finis ? Quel soutien mon client pouvait apporter au général en tant que sociologue ? Il n'a pas de troupe, il n'a pas de stratégie militaire.

Est-ce que véritablement 5 hommes peuvent inverser une tendance ? Je pense que nous avons perdu beaucoup de temps pour une fiction. Les gens ont lu trop de romans. Lamine Sidi n'est pas le ministre des Relations extérieures pour donner la position du président Hollande », a argumenté la défense.

Et sa consœur Me Zaliatou Aouba de poursuivre : « Mon confrère s'est longuement attardé sur les écoutes. Il les a écoutés avec M. Sidi. Notre client ne s'est pas reconnu dans ce qui nous a été servi ce matin. Si on ne lui présente pas tous les éléments, il ne peut pas faire des observations.

Il ne peut faire des observations que sur ce qu'il a écouté. Il ne peut pas savoir qu'il y a autre chosA la suite de la défense, la parole a été donnée aux avocats de la partie civile. Me Hervé Kam sera le seul à la prendre. « M. Sidi, avez-vous déjà résidé dans d'autres pays ?» a-t-il demandé.

« Oui j'ai résidé dans d'autre pays », a répondu le sociologue. « Avez-vous une résidence permanente dans un pays ?» a poursuivi la partie civile. «Je ne répondrai pas à cette question. C'est ma vie privée », a indiqué l'accusé.

« Quelle était votre occupation professionnelle avant votre arrivée en 2013 au Burkina ?», a demandé Me Kam. « Je suis chargé des droits humains au sein de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA)», a affirmé le mis en cause. «Pour quelle raison vous résidiez au Burkina Faso en 2013 ?», a interrogé l'avocat.

« Nous sommes venus pour la médiation et j'y suis resté comme point focal. Etant le chargé des droits humains, je vous apprends que j'ai eu à travailler avec Me Halidou Ouédraogo », a fait savoir l'homme à la barre.

« Etes-vous resté au Burkina Faso parce que votre mouvement vous a délégué ?» « Oui. Sinon je vais rester au Burkina Faso pour faire quoi ? », a répondu l'accusé agacé.

Sidi Oumar étant au Burkina Faso au compte de l'Azawad pour la médiation, Me Kam lui a demandé s'il n'y avait pas un problème que le colonel Abdoul Karim Traoré et le général Diendéré soient ses amis. « Ils sont les amis de tout le monde.

Je puis vous assurer qu'ils faisaient bien leur travail ». S'en est suivie une série de questions qui n'auront pas de réponses : « Le général était-il vraiment votre ami ? », « Avez-vous d'autres amis au Burkina Faso ? », « Etes-vous prêt à mentir pour sauver votre vie ? », « Est-ce que vous n'avez pas eu l'intention de soutenir le putsch en proposant d'envoyer des éléments ».

Me Kam a fini ses questions avec une observation. Que l'accusé ait affirmé que la dernière fois qu'il a vu le colonel Adoul Karim Traoré, c'était le 10 septembre a intrigué l'avocat de la partie civile.

Pour lui, c'est curieux que les deux soient impliqués dans un putsch et que sur des questions précises, ils donnent les mêmes réponses. « S'ils ne se sont pas vus, ils ne peuvent pas être précis sur les mêmes questions », a-t-il conclu.

La réaction de la défense ne s'est pas fait attendre : « Avez-vous déjà résidé dans d'autres pays ? Le général est-il vraiment votre ami ? Franchement, ces questions n'ont pas de sens », a affirmé Me Zaliatou Aouba. Selon elle, l'amitié n'est pas égale à la compromission.

« Nous, avocats, nous entretenons des relations avec des juges parce que nous avons fait les mêmes écoles. Ce n'est pas pour autant qu'ils vont se compromettre. Ce n'est parce que Sidi est ami au général que la médiation balancerait de son côté ».

Le sociologue malien poursuivi pour incitation à la commission d'attentat à la sûreté de l'Etat a, tout au long de son audition, nié certains éléments contenus dans son P-V. Il a refusé la crédibilité des audios, les qualifiant de montage même s'il y reconnaît sa voix. Les débats ont pris fin sur la fonction de Sidi Oumar au Burkina Faso.

Selon Me Hervé Kam, M. Sidi n'est pas le représentant légal de la CMA au Burkina Faso. Ce rôle serait dévolu à un certain Ould Sidi Mohamed. Suite à cette déclaration, l'accusé va s'emporter.

«C'est un grand menteur celui-là», a-t-il réagi spontanément, avant de présenter ses excuses au tribunal : «Je m'excuse, Monsieur le Président du tribunal, pour mes propos».

Selon Me Kam, la preuve que Sidi Oumar ne peut convaincre personne sur sa fonction de représentant au Burkina, c'est que «le document que vous nous avez remis ne fait pas sérieux. Même le nom de votre mouvement, vous ne savez pas l'écrire», a déploré l'avocat avant de regagner sa place.

Comme ces prédécesseurs à la barre, prenant la parole pour son mot de la fin, Sidi Oumar s'est incliné devant la mémoire des disparus et a souhaité prompt rétablissement aux blessés du coup de force de septembre 2015.

L'audience reprendra ce lundi matin à 9h. Sera à la barre le commandant Abdoul Aziz Korogo, chef de corps par intérim de l'ex Régiment de sécurité présidentielle (RSP).

Il bénéficie actuellement d'une liberté provisoire. On se rappelle que ce dernier avait conduit les négociations avec les unités loyalistes chez le Moogho Naaba lors des évènements.

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