5 Novembre 2018

Sénégal: Professeur Meïssa Babou, enseignant à la Faseg sur la situation économique du pays - «Nous courons tout droit vers une banqueroute si...»

Invité de l'émission Objection de la radio Sud fm (privée) hier, dimanche 4 novembre, l'économiste Meïssa Babou emboite le pas au Fmi en indiquant que le Sénégal court droit vers une banqueroute du fait que le niveau actuel de la tension budgétaire du Sénégal est «très préoccupant». À ce titre, il a formellement interpellé l'argentier de l'Etat, le ministre Amadou Ba, à qu'il demande de s'expliquer sur les mises en garde du Fonds monétaire international concernant le gap de 115 milliards comme il l'avait fait, suite à la sortie de l'ancien Premier ministre Mamadou Lamine Loum sur la tension budgétaire.

L'économiste Meïssa Babou juge la situation économique du Sénégal «très préoccupante». Invité du jour de l'émission Objection de la radio Sud fm (privée) hier, dimanche 4 novembre, l'enseignant-Chercheur à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, jugeant le niveau actuel de la tension budgétaire du Sénégal «extrême», est même allé plus loin en prévenant que «nous courons tout droit vers une banqueroute si rien n'est fait».

Poursuivant son propos, l'enseignant-Chercheur d'interpeller directement le ministre de l'Économie et des finances Amadou Ba à qui il a formellement demandé de s'expliquer sur cette situation. En effet, selon lui, l'argentier de l'Etat comme il avait fait, suite à la sortie de l'ancien Premier ministre, Mamadou Lamine Loum sur la tension budgétaire, est aujourd'hui dans l'obligation de s'expliquer sur les mises en garde du Fonds monétaire international (Fmi) qui n'a fait que répéter ce que les économistes sénégalais avaient dit en guise d'alerte depuis plus deux ans sur le gap de 115 milliards.

Insistant sur la situation de tension budgétaire que connait actuellement notre pays, Meïssa Babou évoque entre autres l'arrêt dans tous les départements des projets financés par l'Etat sur fonds propres, la dette de 16 milliards que le gouvernement doit aux écoles d'enseignement supérieur et qu'il est incapable de solder bientôt trois ans pour ne citer que ceux-là. Et de conclure que toutes ces difficultés découlent d'une mal gouvernance et d'une mauvaise option économique du régime en place qui n'a pas su, selon lui, aller vers l'essentiel dans le cadre de ses investissements. Les retards sont aujourd'hui notés dans tous les secteurs y compris dans l'enseignement où les enseignants réclament près de 80 milliards d'arriérés à l'Etat. Touchés par cette situation, les étudiants également peinent à percevoir leur bourse et c'est ce qui avait d'ailleurs causé la mort de l'étudiant Fallou Sène à Saint-Louis. Mais, l'Etat, dans ces conditions de difficultés de trésorerie, au lieu de prendre des mesures pour payer à temps les bourses et éviter la colère des étudiants, procède à l'augmentation des bourses et baisse les tickets de la restauration. Cela n'est pas raisonnable dans la mesure où, ils (dirigeants) se créent des problèmes», déplore le professeur Babou.

«Le défaut de liquidité fait que face à mille problèmes, l'Etat prend en charge des problèmes en fonction des secteurs où ça brûle et diffère les autres. Sinon, comment comprendre qu'on ait attendu juste après la mort de l'étudiant de Saint-Louis pour envoyer des messages aux étudiants et commencer le paiement des bourses. Ou encore qu'une petite dette de 16 milliards traine depuis bientôt trois ans là où on est capable de mettre mille milliards à mille deux cents milliards dans un train. Ou encore mettre environ 37 milliards dans les Der (délégation à l'entreprenariat rapide). Pour moi, il est préférable de mettre tous les Sénégalais à l'école que de créer des Der et de bourses familiales politiques».

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