5 Novembre 2018

Cameroun: « L'accès des populations à l'eau potable reste un grand challenge »

Pr Kengne Fodouop, Géographe urbaniste, environnementaliste et de développement durable.

Le projet de société du président candidat comportait 10 points, dont le premier concerne l'amélioration des conditions de vie des Camerounais. En ce début de septennat, comment le président élu peut-il concrètement mettre en œuvre ce volet de son programme?

En le faisant, le président candidat était conscient de l'état de pauvreté d'une bonne partie des hommes et femmes dont il sollicitait les suffrages. Pour réaliser cette promesse, le président réélu devra s'employer à résoudre l'épineux problème du chômage. Il devra ensuite investir dans l'amélioration de l'accès des populations urbaines et rurales du Cameroun, aux services de base comme le logement décent, l'eau, l'assainissement, et l'électricité. Il devra aussi investir dans les systèmes de santé publique afin de renforcer la résilience des populations urbaines et rurales aux maladies telles que le paludisme, la typhoïde, la fièvre jaune, la méningite et le VIH/Sida. Des efforts ont été faits pour rapprocher l'hôpital des populations.

Mais la problématique actuelle reste la couverture santé universelle. Quel regard jetez-vous sur le processus déjà engagé par le gouvernement dans ce sens ?

Parler de couverture santé universelle signifie, rendre disponibles des soins de santé de qualité sur toute l'étendue du territoire national. Il est question d'organiser le financement de la demande de soins, afin que chaque citoyen puisse accéder aux soins de santé en cas de besoin, sans être confronté à des difficultés financières. Quatre principales sources de financement s'offrent au gouvernement du Cameroun : les contributions publiques à travers les mécanismes classiques de prise en charge financière sous financement du budget de l'Etat et à travers des taxes parafiscales sur certains produits, les capacités contributives des divers groupes socio-économiques, les contributions des partenaires au développement et les aides financières internationales. En outre, l'accès aux médicaments étant un des maillons essentiels de cette chaîne, le gouvernement devra s'employer à promouvoir la production locale des médicaments.

Les solutions en cours en matière d'augmentation de l'offre d'eau potable dans les villes vous semblentelles tenir compte de l'augmentation de la population et de l'expansion des villes ?

A ce jour, l'évaluation du potentiel en eau des cinq zones agro-écologiques du Cameroun a déjà été faite avec l'appui financier et technique des par tenaires au développement. Des études de faisabilité des travaux d'adduction et de distribution d'eau potable dans plusieurs zones urbaines et rurales du Cameroun ont déjà été menées et leurs coûts évalués. Il reste au gouvernement, à trouver les fonds et les techniciens nécessaires à l'exécution de ces travaux.

Quelles solutions sont, selon vous, les plus appropriées pour la fourniture d'eau potable dans le monde rural ?

L'accès des populations qu'elles soient urbaines ou rurales, à l'eau potable reste un grand challenge. D'après l'INS (2018), le taux moyen d'accès actuel de la population du Cameroun à l'eau potable est de 77 % en milieu urbain et de 45 % en milieu rural. L'évaluation du potentiel du Cameroun ayant déjà été faite, il s'agira pour le gouvernement de renforcer les bonnes pratiques qui ont commencé à être expérimentées antérieurement. Comment le président élu peut-il judicieusement régler la question de l'habitat décent (logements sociaux, accès à la propriété, etc.) ? Selon le MINHDU, le Cameroun accuse actuellement un déficit de 3 millions de logements décents, dont 1 750 000 en milieu urbain et 1 250 000 dans les zones rurales. Pour judicieusement régler la question de l'habitat au Cameroun, le président réélu devra s'employer à renforcer les moyens d'action de la SIC, de la MAETUR, de la MIPROMALO et du Crédit foncier, pour leur permettre d'accroître leurs contributions respectives. Il devra encourager le secteur privé à s'impliquer davantage dans la production des logements sociaux et surtout des logements sociaux collectifs dans les villes et les campagnes. Enfin, il devra contribuer à démocratiser l'accès au foncier dans les villes et les campagnes. L'école primaire est gratuite sur le papier. Mais, dans les faits, on note par exemple que les frais d'APEE sont de plus en plus élevés. N'est-il pas temps d'ouvrir une réflexion sur la place et la formule la moins coûteuse de l'APEE ? Effectivement. En dépit de la gratuité de l'enseignement primaire au Cameroun, décidée par le président de la République en 2001, divers responsables conditionnent l'inscription des écoliers au versement obligatoire de sommes deux à trois fois supérieures à celles qui correspondent aux frais de scolarité. Il est justement temps d'ouvrir une réflexion nationale sur la place et la formule la moins coûteuse de l'APEE et pourquoi pas de la supprimer.

Le coût des études secondaires a connu une grosse flambée ces dernières années avec le succès des établissements privés, partenaires de l'Etat, qui ont la préférence des parents. N'y a-t-il pas lieu d'envisager un appui de l'Etat pour que la scolarité coûte moins cher aux parents?

Le coût élevé tient non seulement à l'augmentation des prix des services au Cameroun, mais aussi à la faiblesse de la subvention de fonctionnement, que l'Etat accorde annuellement à ces établissements. Pour les amener à revoir à la baisse ces coûts, l'Etat pourrait par exemple augmenter de manière substantielle, la subvention qu'il octroie chaque année aux établissements d'enseignement secondaire privés, en multipliant son montant actuel par trois ou par quatre. Il devra s'assurer du strict respect par les établissements d'enseignement secondaire privés, sous peine de sanctions, de la grille des coûts de formation qu'il établira en début de chaque année académique.

Comment arrimer les établissements secondaires publics à ces standards, eux qui sont moins chers et subissent le contre coup de préjugés défavorables ?

Pour cela, le MINESEC devra amener les enseignants des CES, des CETIC et de lycées, à s'adonner à leur activité, en revalorisant leurs traitements salariaux, en rétablissant leur dignité, en respectant leurs droits professionnels et leur plan de carrière. En outre, il devra s'employer à améliorer la qualité des infrastructures, le niveau des équipements des établissements d'enseignement secondaire public et les conditions de travail y afférentes. Dans des villes qui s'étendent de plus en plus, le problème de transport public de masse commence à devenir une urgence. Après l'échec des dernières tentatives de restaurer les entreprises de transport interurbain, quelle serait finalement la bonne formule? L'une des difficultés majeures auxquelles les villes camerounaises qui s'étendent à perte de vue, sont aujourd'hui confrontées, est celle des déplacements de personnes et de biens. En effet, les usagers ont beaucoup de mal à se déplacer tant à l'intérieur de ces villes que vers leur espace alentour. Quotidiennement, ils peinent à y trouver un moyen de locomotion pour se déplacer et acheminer les colis accompagnés à destination. Donner la priorité aux transports en commun par autobus ou par train dans les grandes villes du Cameroun, est une chose intéressante. Des villes comme Douala et Yaoundé devraient même se doter chacune de plusieurs sociétés de transport en commun par autobus.

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