5 Novembre 2018

Cameroun: « Il convient que l'Etat fasse un effort supplémentaire »

interview

Pr. Mathias Eric Owona Nguini, socio-politiste, maître de conférence, Université de Yaoundé II-Soa.

A l'aube d'un nouveau septennat, quels sont les leviers à actionner par le président de la République pour que les effets de la décentralisation soient de plus en plus visibles sur le terrain ?

Pour que les effets de la décentralisation soient effectivement visibles et tangibles, le président de la République qui va commencer un nouveau septennat peut mobiliser une politique visant à consolider ce qui est déjà acquis depuis 2004 en la matière. Il est question de pouvoir mettre effectivement en œuvre les institutions les plus représentatives dans le cadre de cette décentralisation, que sont les Conseils régionaux. Car, la Constitution de 1996 a institué comme Collectivités territoriales décentralisées (CTD), les Communes et les Régions. Cette dernière s'exprime à travers la mise en place des Conseils régionaux, qui sont désignés par la voie d'élection régionale.

Car, il faut dire que la décentralisation en tant qu'option est d'abord fondamentalement une solution concrète, en ce qu'elle permet de favoriser le rapprochement des services publics avec les différentes CTD. Ce qui est essentiel pour mobiliser dans ces Collectivités les ressources qui sont nécessaires en vue de leur développement. Masi au regard de l'importance et de la portée de cet outil qu'est la décentralisation, le rythme n'est pas encore parvenu à un niveau véritablement satisfaisant. Cela dit, il est aussi important que la politique de décentralisation soit conduite de manière graduelle, de sorte que les équipes en charge de sa matérialisation, soient en mesure de progresser dans leur capacité à maîtriser l'ensemble des questions que pose le développement local.

L'autre problème qui se pose aujourd'hui, d'après les maires, c'est que la Dotation générale de la décentralisation est insuffisante par rapport à l'ampleur des besoins de financement des communes...

Effectivement, la décentralisation pose de nombreux défis quand il s'agit de la matérialiser dans les différentes CTD. A cet effet, une Dotation générale de la décentralisation a déjà été mise en place. Mais il apparaît que les ressources mobilisées à traduire la décentralisation dans la réalité ne suffisent pas, compte tenu des besoins innombrables qui se posent à la base. Il convient donc que l'Etat fasse un effort supplémentaire pour relever le niveau des ressources associées à la Dotation générale de décentralisation. Il convient aussi que les ressources ainsi mobilisées fassent l'objet d'une gestion qui soit à la fois intègre et efficace.

Comment faire aujourd'hui pour mobiliser les financements nécessaires à la réalisation des investissements prévus dans les différents plans communaux de développement ?

Dans le cadre du développement local, l'Etat a prévu depuis plusieurs années, le Fonds spécialisé qu'est le FEICOM qui accompagne les collectivités locales déjà existantes, c'est-à-dire les communes, dans la mise en place des plans de développement. Et au regard du récent décret présidentiel portant réorganisation de cette institution, le FEICOM est désormais doté d'autres missions notamment dans l'accompagnement des régions, des syndicats de communes, en plus des communes. Ce qui est indicateur que l'activation des régions est soutenable au plan financier. Par ailleurs, le FEICOM, au regard de ce décret, est désormais habilité à s'activer dans le cadre de la coopération internationale en vue de la recherche de financements. Il est donc important d'encourager et de soutenir ces partenariats à l'échelle internationale, qui peuvent constituer une ressource supplémentaire adéquate dans mise en œuvre des plans communaux de développement. La problématique qui se pose pour la réalisation effective des plans d'investissement des communes exige aussi que l'Etat accorde des ressources supplémentaires, que l'Etat puisse faciliter l'instauration des relations entre ces communes et les opérateurs qui peuvent accompagner le développement communal, notamment à travers le canal de la coopération décentralisé. En plus de l'équation des ressources financières, il y a le problème lié à l'insuffisance des ressources humaines de qualité dans les communes.

Comment mettre en place une Fonction publique locale comme c'est le cas dans les pays qui ont réussi leur politique de décentralisation ?

Pour mettre en place des politiques locales pertinentes, il convient, en plus des ressources matérielles et financières, de disposer des ressources humaines appropriées. Cela exige que des actions soient menées afin de renforcer les capacités des personnels déjà existants, qui opèrent sur le terrain de l'administration et de la gestion des communes. Cela exige aussi que les institutions de formation du personnel capable de gérer les municipalités soient renforcées de telle manière qu'elles puissent produire un nombre suffisant de personnel pouvant effectivement être utilisé dans les communes, avec une capacité réelle en termes de performance.

La mise en place des régions, institutions prévues dans la Constitution du 18 janvier 1996, reste attendue. Que doivent-elles apporter de plus au dispositif déjà en place ?

Les régions sont l'une des deux formes de CTD instituées à l'occasion de la révision constitutionnelle du 18 janvier 1996. Il est important, pour faciliter le rapprochement entre la population et les administrations, entre les services publics et les administrés, d'utiliser cet échelon-là, afin de favoriser une participation renforcée des acteurs locaux à la gouvernance. Il est im portant que les conseils régionaux puissent être actionnés, de manière à prendre en charge de façon importante les plans de développement régional, qui seraient des instruments afin renforcer l'équipement et la structuration économique des différentes régions.

Que faut-il faire d'après vous pour que les communes, au-delà des difficultés liées à la décentralisation, soient de véritables acteurs de développement qui mouillent le maillot chaque jour pour le bien-être de leur commune?

Ce qui est important, c'est d'essayer de construire des coalitions de croissance et de développement à l'échelle communale et à l'échelle régionale. Cela nécessite que les CTD aient un certain niveau d'autonomie leur permettant d'entrer en partenariat avec les autres opérateurs, notamment les opérateurs du secteur privé ainsi que les partenaires étrangers. Bien entendu, cela pourrait se faire si des instruments législatifs et réglementaires sont organisés de telle façon que les ressources mises à dispositions pour le développement des CTD ne soient pas gaspillées. Il faut donc une rigueur dans la gouvernance locale, dans la gestion des ressources financières.

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