6 Novembre 2018

Centrafrique: Le regain de tension risque d'impacter directement sur la sécurité alimentaire

Photo: PAM Afrique de l'Ouest
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a besoin d'un financement d'urgence pour fournir une assistance vitale à 150.000 personnes déplacées en République centrafricaine (RCA).

Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) s'est dit vivement préoccupé mardi par la détérioration depuis la semaine dernière de la sécurité en République centrafricaine, notamment à Batangafo, Bambari et Zémio.

Cela fait peser un risque important « pour la protection des civils, freinant les efforts en cours pour promouvoir la paix et la stabilité dans le pays », a déclaré un porte-parole du PAM au cours d'un point de presse à Genève.

À Batangafo, dans le nord de la République centrafricaine, lors de violents affrontements entre des groupes armés le 31 octobre dernier, le camp de personnes déplacées situé au centre-ville a été incendié, ainsi que de nombreuses maisons et un marché.

« Des communautés qui sont déjà dans une situation extrêmement précaire, manquant de nourriture, d'abri et d'autres produits de base », a fait remarquer le porte-parole du PAM, Hervé Verhoosel.

Les rapports préliminaires font état de plusieurs morts et blessés et du déplacement d'environ 27.000 personnes dont 10.000 qui se seraient réfugiées dans la brousse.

En réponse à la situation actuelle à Batangafo, le PAM a immédiatement activé sa réponse avec World Vision, son partenaire sur place, afin de fournir une assistance alimentaire et nutritionnelle d'urgence aux populations vulnérables.

« Des quantités additionnelles de vivres ont été acheminées de Kaga-Bandoro et sont arrivées hier lundi 5 novembre pour compléter les stocks déjà en place et permettre de fournir une assistance à toutes les populations touchées », a ajouté Hervé Verhoosel.

Les conditions sécuritaires demeurent extrêmement difficiles et ont provoqué la suspension des distributions de nourriture prévues aujourd'hui. « La situation reste particulièrement instable. On peut s'attendre à court terme à de nouveaux affrontements entre milices et à des attaques aveugles visant des civils », a mis en garde M. Verhoosel.

Une mission interagences conduite par la Coordonnatrice humanitaire de l'ONU, Najat Rochdi, s'est rendue dimanche dernier à Batangafo.

La mission a estimé que la situation à Batangafo est extrêmement préoccupante et a recommandé d'intensifier et d'accélérer l'action humanitaire en cours, notamment l'aide alimentaire.

La mission a par ailleurs jugé extrêmement difficiles les conditions en place pour la mise en œuvre de l'assistance humanitaire, y compris l'assistance alimentaire.

À Zémio aussi, la situation en matière de sécurité reste également extrêmement instable après la reprise des attaques du 2 novembre qui ont causé des pertes en vies humaines et des incendies de maisons, et fait plusieurs blessés.

À Bambari également, la situation reste très tendue à la suite des affrontements entre groupes armés. Des incidents qui aggravent une situation déjà complexe. Des restrictions à la circulation à l'intérieur et à destination de Bambari ont été imposées et six employés du PAM ont été temporairement relocalisés à Bangui.

L'agence onusienne rappelle que Bambari est un centre stratégique pour la communauté humanitaire en RCA. Or « un arrêt prolongé des activités dans la zone pourrait affecter les activités du PAM visant à sauver des vies au niveau de Bria où plus de 70.000 déplacés et membres de populations hôtes requièrent une assistance », a précisé Hervé Verhoosel qui avertit que l'action humanitaire dans toute la région du sud-est serait par ailleurs perturbée.

Une enquête menée en septembre montre une aggravation de l'insécurité alimentaire

La détérioration actuelle de la situation sécuritaire se produit dans un contexte où la crise complexe en cours en RCA a déjà provoqué le déplacement de quelque 643.000 personnes à l'intérieur du pays alors que près de 580.000 Centrafricains se sont réfugiés dans les pays voisins.

Cette nouvelle escalade de la violence pourrait aggraver la situation sur le terrain. D'autant que les résultats de la classification de la phase de sécurité alimentaire intégrée (IPC) de septembre dernier indiquent une détérioration de la situation de la sécurité alimentaire avec une augmentation du nombre de personnes en phase 3 et au-dessus.

« Ce sont les pires résultats depuis 2014 avec 1,9 million de personnes nécessitant une action alimentaire urgente. C'est donc un niveau très préoccupant », a déclaré le porte-parole du PAM.

Les conditions nutritionnelles en RCA continuent de se détériorer en raison de l'insécurité persistante, des déplacements difficiles, de la baisse de la production agricole, de la hausse des prix des denrées alimentaires et de l'accès limité à de l'eau potable et aux services de santé de base.

Face à cette situation, le PAM et ses partenaires continueront d'intensifier leurs interventions d'urgence pour répondre aux besoins des populations vulnérables.

Mais pour préserver les fragiles acquis et éviter que la crise ne dégénère, l'agence onusienne demande près de 167 millions de dollars aux donateurs pour financer ses opérations.

« Une attention et une action internationales et régionales rapides sont nécessaires pour prévenir une tragédie humaine en RCA, à commencer par cette sécurité alimentaire », a conclu le porte-parole du Programme alimentaire mondial.

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