6 Novembre 2018

Burkina Faso: Procès putsch manqué - Tirs de barrage de la hiérarchie pour "protéger" Korogo

La parole a été donnée aux différents conseils au deuxième jour de l'audition du commandant Aboul Aziz Korogo, chef de corps par intérim de l'ex-RSP. Son avocat, Me Dieudonné Ouilli, a notamment mis en avant les témoignages de responsables militaires qui disculpent son client.

Pour défendre sa cause, le commandant Abdoul Aziz Korogo peut compter sur un certain nombre de témoignages tendant à annihiler sa responsabilité pénale dans le putsch manqué de septembre 2015 ;

chose que n'a pas manqué de signifier son avocat, Me Dieudonné Ouilli, hier à l'entame de l'audience. Parmi ces témoins à décharge figure son binôme, le lieutenant-colonel Paul Damiba.

Ce dernier a confirmé et conforté devant les enquêteurs la principale ligne de défense de l'ex-chef de corps du RSP qui a soutenu dans sa déposition liminaire n'avoir pas épousé l'idée du putsch et avoir de ce fait marqué son intention de rendre le tablier.

Il a renoncé à démissionner, selon ses dires, sur instruction de la hiérarchie militaire. Laquelle hiérarchie, indique le commandant, a joué un beau rôle durant les événements.

Le colonel Raboyinga Kaboré, chef d'état-major de l'armée de terre (CEMAT) au moment des faits et supérieur hiérarchique direct de l'accusé, a affirmé notamment à son sujet : « Il a été coopératif, il a joué un rôle de modérateur et de liaison entre nous et le RSP et mettait à exécution les ordres du commandement.

C'était risqué pour lui, vu les décisions qu'il prenait. Le commandement l'a rencontré à plusieurs reprises pour lui donner des instructions ».

Même concert de louanges de la part de l'ex-chef d'état-major général des armées en 2015, le général Pingrenoma Zagré.

A la question de savoir comment il a perçu le rôle de Korogo durant le putsch, le haut gradé, précisant avoir eu de nombreuses rencontres avec ce dernier, a déclaré que l'officier a fait preuve de « discernement » et a œuvré de façon « patriotique » pour le retour de la paix.

Pour parfaire l'image d'officier modèle du natif du Kadiogo, les différentes parties au procès y sont allées aussi de leurs jets de fleurs, saluant les uns la constance de ses déclarations, et les autres son sens de la responsabilité et du devoir militaire.

Ce qui ne les a pas empêchés d'émettre des réserves sur les actes que l'officier a posés et qui sont de nature, d'après eux, à « consolider le putsch » : sont de ceux-là la mission qu'il a commanditée pour ramener du matériel de maintien de l'ordre au profit de la gendarmerie et de la police nationale à la frontière togolaise et la mission de sécurisation de la place de la Nation pour y empêcher tout rassemblement.

Droit dans ses bottes, le militaire de 38 ans a soutenu que l'exécution de telles missions ne s'apparentait pas à un soutien au coup mais était plutôt une volonté d'apaiser la situation.

Me Prosper Farama de la partie civile s'est aussi étonné que l'accusé se soit contenté de demander au général s'il avait le soutien de l'armée quand ce dernier a annoncé au cours de la rencontre avec les officiers la prise en otage des membres du gouvernement, sollicitant au passage leur « accompagnement ».

« En pareille situation, il ne faut pas jouer au Rambo, vous allez mourir pour rien, parce que vous ne savez rien et on ne va même pas vous considérer comme un martyr », a rétorqué l'ancien stagiaire de l'école de guerre du Cameroun.

La conviction de l'avocat est en tout cas acquise qu'en septembre 2015 le commandant « jonglait des deux côtés ».

« Ma position, je vous le concède, était un peu difficile. Rester, implique de faire des choses. Si le chef (CEMGA) m'a dit de rester, il sait très bien que je suis obligé de collaborer. Rester implique des choix et des compromis.

Le CEMGA savait très bien que c'était un coup d'Etat, mais pourquoi il m'a dit de rester ? », a demandé le commandant en guise de commentaire. Il a tenu à préciser à ce propos qu'il rendait compte régulièrement au CEMAT.

Même pour ce qui est de sa décision de mettre en place des groupes de combat à l'annonce des mouvements de troupes vers Ouagadougou, il a indiqué avoir contacté le colonel Raboyinga Kaboré pour lui faire part de l'agitation au camp.

Son supérieur lui a donné pour ordre de « contrôler ses hommes ». Mettre en place ces groupes a été le moyen qu'il a trouvé pour calmer les nerfs des va-t-en-guerre.

Après les conseils de la partie civile, les autres avocats de la défense se sont saisis du micro pour trouver dans les réponses du commandant des éléments disculpant leur client. Son audition se poursuit demain.

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