Cameroun: Les journaux à fond sur la prestation de serment de Paul Biya

7 Novembre 2018

Le discours inaugural du 7ème mandat de Paul Biya à la tête du pays, prononcé la veille devant le Parlement, suscite des commentaires contrastés dans les journaux camerounais parus mercredi.

«Et de 7 !» A travers ce titre qui barre sa manchette, l'hebdomadaire Signatures entreprend de faire une démonstration cabalistique du symbole : 7 fois donc déjà, Paul Biya a franchi l'étape des urnes et s'engage dans un nouveau mandat électif de 7 ans, le dernier pour certains.

Reprenant à son compte la fameuse formule «I do so swear», prononcé à chacune de ses prestations de serment depuis 1982, l'hebdomadaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) L'Action voit, en Paul Biya, le président du consensus, son nouveau bail étant placé sous le signe de la consolidation des acquis, du retour de la paix, de la prospérité, du développement participatif, de l'essor économique et d'une meilleure représentativité des femmes et des jeunes dans la gestion de la Cité.

«Tout en promettant le rajeunissement du personnel politique, administratif et technocratique et l'intensification des efforts de développement, le chef de l'État réélu reconnait que les secteurs des routes, de l'eau et de l'énergie ont connu des avancées notables au cours du précédent septennat», résume InfoMatin.

Face à la Représentation nationale, il a donné l'image d'un rassembleur, d'un dirigeant moderne, rassurant, fidèle, pacifique et démocrate, affirme L'Essentiel alors que, pour L'Épervier, le nouveau septennat est placé sous le signe de l'espoir, de la paix et des opportunités.

«Historique», applaudit le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune : porté par une formidable liesse populaire, le président de la République a pris des engagements forts en matière de stabilité dans les régions anglophones, d'accélération de la décentralisation ou encore de la participation accrue des jeunes à la prise des décisions.

En s'engageant à associer les jeunes à la gestion des affaires publiques, c'est un avis de tempête que Paul Biya vient d'adresser à la gérontocratie au pouvoir, constate Mutations qui, citant le sociopolitiste Claude Abé, affirme que le personnel gouvernant actuel qu'on parviendra à se réconcilier avec la rigueur dans la gestion de la chose publique, leitmotiv ayant présidé au premier mandat de Paul Biya en 1982.

«(... ) ce personnel gouvernant a montré son incapacité à conduire le Cameroun vers ce développement et ce mieux-être qui est légitimement attendu par les Camerounais. Il faut changer le dispositif en changeant également les ressources humaines qui doivent accompagner cette stratégie de mise en œuvre d'un programme de développement qui se veut opérationnel, et où il y a un suivi.»

Le discours de prestation de serment de Paul Biya, constate Émergence, avait un arrière-goût de crise sécessionniste anglophone, à laquelle le président réélu entend apporter une réponse concrète à travers une plus large autonomie des régions.

Biya promet donc de rétablir la paix dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, soupire The Guardian Post cependant que, pour L'œil du Sahel, c'est un ultimatum qu'il a lancé aux activistes séparatistes en leur demandant de déposer les armes.

En s'exprimant avec une telle détermination, déplore The Sun, le chef de l'État, dont la rhétorique a par ailleurs fini par lasser, n'a à aucun moment laissé entrevoir la possibilité d'un dialogue inclusif, ainsi que le lui suggèrent plusieurs puissances occidentales.

Ouest-Littoral, particulièrement remonté, évoque «le sacre d'un roi-fainéant», décrivant un homme qui semble découvrir l'étendue de sa fonction, après plus de 36 ans de règne.

«Et, comme un prestidigitateur de la pire espèce, il s'est évertué à beaucoup parler pour ne rien dire, essayant, par des mensonges, de masquer un très long bilan calamiteux.»

«Biya sert du réchauffé aux Camerounais», s'insurge également Le Messager, qui évoque également une litanie de promesses soporifiques dont la réalisation, comme par le passé, se conjugue en pointillés.

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