7 Novembre 2018

Rwanda: Procès Diane Rwigara à Kigali - Un réquisitoire qui en dit long sur un acharnement politique

Photo: Cyril Ndegeya/ New Times
Diane Rwigara (deuxième à droite), sa mère Adeline Rwigara et leurs avocats, Gatera Gashabana (à gauche) et Pierre Celestin Buhuru dans une salle d'audience à Kigali le 7 novembre 2018.

Quinze ans pour «incitation à l'insurrection» et sept ans pour «contrefaçon de documents» ; soit une peine cumulée de vingt-deux ans requise hier mercredi 7 novembre 2018 par le procureur contre Diane Shima Rwigara. Quand on sait que c'est le maximum prévu par la loi, on mesure aisément la détermination du ministère public à en découdre avec cette opposante à Paul Kagame.

Idem à l'égard de sa mère qui encourt la même peine pour « incitation à l'insurrection » et « incitation à des divisions ».

Ce n'est là, bien sûr, qu'un réquisitoire et non un verdict.

Si l'on était ici dans un véritable Etat de droit, on pouvait se remettre à l'ultime conviction du président du tribunal pour le prononcé de la sentence, attendue le 6 décembre prochain.

Mais le procès de cette militante féministe, dont la candidature à la présidentielle d'août 2017 a été invalidée par la Commission électorale nationale, ainsi que celui de sa mère se déroulent au Rwanda. Et dans le pays de Paul Kagame, allez-y faire la différence entre un réquisitoire et un verdict. L'un ayant valeur de l'autre. Alea jacta est.

A moins que l'homme fort de Kigali, dispensateur de grâces et de disgrâces, pour ne pas dire détenteur du droit de vie ou de mort, dans un hypothétique sursaut de magnanimité, ne lève le pouce, comme le faisaient, rarement, les empereurs romains pour épargner la vie d'un gladiateur vaincu.

Mais rien n'indique que « Big Paul » est prêt à faire preuve de mansuétude envers « l'insolente Diane » qui a le toupet de vouloir candidater à la présidentielle. Elle qui déjà ne ménageait aucun mot pour dénoncer le régime policier rwandais.

On se souvient que soixante-douze heures après l'annonce de sa candidature, une photo dénudée de la jeune femme était divulguée sur la place publique.

Après ce sordide stratagème dont les barbouzes de Kigali ont le secret, ce fut au tour des juges d'entrer en action contre la fille de celui qui fut un temps donné le bras financier du Front patriotique rwandais (FPR), l'ex-rébellion, aujourd'hui parti au pouvoir.

En effet, sur les 600 signatures contenues dans le dossier de la candidate, la Commission électorale a estimé que certaines n'étaient pas authentiques. D'où le chef d'inculpation de « falsification de documents ».

Arrêtée par la police pour « atteinte à la sûreté de l'Etat », elle sera inculpée début octobre 2017 ainsi que sa mère pour « incitation à l'insurrection ».

Sa libération provisoire le 5 octobre dernier, après près d'un an de prison, s'avérera n'être qu'une simple opération de charme diplomatique à l'égard d'une communauté internationale déjà très accommodante avec la « Corée du Nord de l'Afrique orientale ».

C'est que cet élargissement sous caution est intervenu à quelques jours de la tenue du 17e Sommet de la Francophonie à Erevan qui a consacré la nomination du ministre rwandais des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, au poste de secrétaire générale de l'organisation après une vaste campagne de lobbying menée par Paul Kagame et Emmanuel Macron.

La libération, quelques semaines plus tôt, de l'opposante Victoire Ingabire et du chanteur Kizito Mihigo procédait elle aussi de la même opération de charme diplomatique.

Tous ceux qui avaient accueilli ces deux événements comme autant de signes de décrispation politique en sont aujourd'hui pour leurs illusions.

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