7 Novembre 2018

Burkina Faso: Procès du putsch - Les "éléments incontrôlés" de Korogo

Au 3e jour de son audition devant le tribunal militaire de Ouagadougou, le mercredi 7 novembre 2018, le commandant Abdoul Aziz Korogo es resté campé sur sa position, réfutant à nouveau les faits qui lui sont imputés.

Des sous-officiers et soldats, dont les sergent-chefs, Laoko Mohamed Zerbo et Roger Koussoubé alias le Touareg, le soldat de 1ère classe Hamado Zongo et le caporal Abdoul Nafion Nébié, qualifiés « d'éléments incontrôlés », seraient les instigateurs du coup d'Etat du 16 septembre 2015. Cette déclaration du commandant Abdoul Aziz Korogo lui a valu le courroux de la défense. Il a ainsi essuyé « des tirs à vue » des conseils des accusés ci-dessus cités.

Lorsque l'officier a pris le commandement du corps avant le putsch, l'écouter, des groupuscules de soldats organisaient des réunions sans autorisation de la hiérarchie, notamment sous l'égide du sergent Zerbo. Ceux-ci utilisaient à son insu, les moyens roulants de l'ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), notamment des mobylettes pour aller à ces rencontres.

Le commandant Korogo dit avoir rencontré l'organisateur de ces rencontres à qui il a exprimé le souhait de voir les engins utilisés réintégrer le parc. « Je n'ai pas vu un début d'exécution. Cela a créé un incident de commandement.

Quand j'instruis de ramener les moyens du corps, je ne vois pas pourquoi cela doit souffrir d'exécution », a expliqué l'accusé Abdoul Aziz Korogo. Lors du coup d'Etat, il a confié avoir eu à faire à Mohamed Zerbo, au moment du désarmement lorsque celui-ci s'est opposé à la sortie des armes du camp Naaba Kom II.

Et d'ajouter qu'avec le « Touareg », il s'est posé le même « problème de commandement », en août 2015, quand ce dernier détenait par devers lui un véhicule du corps. Le chef de corps intérimaire de l'ex-RSP a aussi fait face au soldat Hamado Zongo lors du désarmement.

Il a affirmé que celui-ci l'a même menacé avec son arme. « Je lui ai dit que s'il tire, il a intérêt à ne pas me rater, parce que moi je ne le raterai pas », a indiqué le prévenu. Dans sa déposition, le général Gilbert Diendéré a reconnu l'existence « des éléments incontrôlés qui ne répondaient pas aux ordres de leur chef » qui était Abdoul Aziz Korogo.

Pour l'avocat du sergent Zerbo, Me Idrissa Badini, il faut « contextualiser » l'attitude de son client. Quoi de plus normal pour un soldat de se préoccuper de la sortie des armes, dans un contexte de crise, a-t-il fait observer.

« Ce coup d'Etat n'est pas l'affaire des indisciplinés »

Aussi, il était de bon aloi, à en croire l'avocat, que les jeunes se méfient du commandant, étant donné que celui-ci n'avait plus la maîtrise de la situation.

Plusieurs promesses faites à la troupe par la hiérarchie n'avaient pas été tenues, a ajouté Me Badini. Pour Me Alexandre Sandwidi, avocat de Hamado Zongo, Abdoul Nafion et de Roger Koussoubé, le commandant Korogo n'avait plus mandat à agir lors du désarmement, d'autant plus que le RSP avait été dissout.

« Après le 25 septembre, vous n'étiez plus rien. Sur quelle base pouvez-vous commander ? S'il y avait des éléments indisciplinés, n'est-ce pas parce que vous êtes incompétent ?», s'est-il interrogé. A en croire Me Sandwidi, il y a eu problème, parce que le commandant traitait les « jeunes d'indisciplinés ».

Il n'est pas capable de défendre sa troupe, il l'enfonce plutôt, foi de l'avocat. Il se demande pour quel intérêt, le chef de corps adjoint a précisé que le sergent Laoko Mohamed Zerbo, Hamado Zerbo, Abdoul Nafion, Roger Koussoubé alias le Touareg et autres étaient « incontrôlés ». « Ce coup d'Etat n'est pas l'affaire des indisciplinés.

Cette histoire doit rester dans l'armée », a insisté Me Sandwidi. De même, si le commandant était en mission pour la hiérarchie militaire, en lieu et place de ses supérieurs immédiats, il n'a pas à en vouloir à des éléments qui ne lui obéissaient pas.

« Ce qui leur est reproché est à contextualiser », a souligné l'homme de droit. « Pendant que les autorités de la Transition avaient été réinstallées, si les éléments de l'ex-RSP se sont opposés au désarmement, ce sont des actes de survie et nullement pour consolider le putsch », a soutenu Me Badini. Il a reproché à l'officier d'avoir manqué de management.

Pour lui, même si c'est l'armée, il faut user de tact. « Ce sont des hommes, pas des moutons », a dit Me Badini. L'avocat du commandant Korogo, Me Dieudonné Willi, a dénoncé une fissure au sein de la défense.

Il a assimilé son client à une « bouée de sauvetage » sur laquelle veulent s'agripper de nombreux accusés. « Ceux qui ne peuvent pas, parce que trop impliqués, sont en train de tirer à boulets rouges sur lui pour noyer tout le monde. C'est tout de même de bonne guerre », a-t-il martelé.

L'accusé ne se lâche pas, selon Me Farama

Revenant à la charge, le parquet a souligné que le prévenu a instruit de former des groupes d'intervention lors du putsch. Mais celui-ci a fait savoir que c'était pour maintenir « ses hommes » sur place au camp Naaba Kom II.

Toute chose que le procureur réfute, ce d'autant plus que dans la déposition du lieutenant Abdoul Kadri Dianda, ce dernier disait que les groupes d'intervention avaient pour but de faire des patrouilles durant les heures du couvre-feu.

A l'entendre, le commandant Korogo ayant désigné quelqu'un pour une mission de récupération du matériel militaire à la frontière togolaise, signé des laissez-passer du CND et instruit des troupes d'occuper la place de la Nation afin d'empêcher toute manifestation, ne peut dire qu'il n'a pas apporté son soutien au putsch.

Et par conséquent, a estimé le parquet, les conséquences prévisibles de ces actes que sont la mort et les coups et blessures volontaires sont imputables au prévenu. « S'il y a eu des exactions, ce n'est pas l'œuvre du commandant Korogo », a rétorqué l'accusé.

Son conseil, Me Willi, a mentionné que le commandant a agi par patriotisme pour éviter l'affrontement entre frères d'armes qui aurait occasionné un chaos national. Selon lui, son client a été vilipendé comme le « diable du RSP » et sa famille menacée.

Mais malgré cela, a-t-il clamé, son client a accepté de s'impliquer dans la gestion de la crise. « A défaut de le féliciter, on ne peut pas lui imputer des faits de meurtre et de coups et blessures », a déclaré Me Willi.

Pour Me Prosper Farama de la partie civile, l'accusé fait toujours de la rétention d'informations. Son interrogatoire se poursuit le vendredi 9 novembre à 9h.

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