8 Novembre 2018

Cameroun: « Parfois l'élève paie pour être tranquille »

interview

Elisabeth Ntonga, proviseur du lycée Général Leclerc de Yaoundé.

La communauté internationale consacre ce jour à la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire. Est-ce un phénomène qui s'observe au sein du lycée que vous dirigez ?

Nous avons souvent des cas de harcèlement sexuel. Nous avons enregistré un cas la semaine dernière où un garçon voulait relancer une vieille relation qu'il entretenait au quartier avec une fille. La fille ayant rejeté la proposition de son ex copain, celui-ci, très possessif, s'est déchaîné sur elle. Nous avons été obligés de l'exclure définitivement.

Nous avons aussi des cas où des filles fantasment sur leurs enseignants. Il s'agit surtout des petites filles des classes de 4e. Elles le font via des missives qu'elles font glisser dans les copies que leurs enseignants doivent corriger. Vous savez que la libido se manifeste de plusieurs manières chez les jeunes. Nous leur prodiguons donc beaucoup de conseils. Les cas de harcèlement sauvage que les professeurs font subir aux élèves en échange de points sont très rares dans notre établissement. Une autre forme de harcèlement observée ici est d'ordre financier.

Certains enfants perçoivent un « impôt » sur leurs camarades. Nous avons eu un cas où un élève envoie sa camarade chercher de l'argent chez ses parents. Cette dernière est allée jusqu'à prendre les 600 000 F de tontine de sa mère pour venir les remettre à son camarade. Dans certains cas, l'enfant reste affamé. Il est obligé de payer pour qu'on le laisse tranquille. Il ne doit rien dénoncer car il est sous surveillance. L'autre problème qui conduit au harcèlement, c'est l'usure. L'élève usurier donne 1000 F à son camarade lundi. Vendredi, ce dernier doit lui rembourser 2000 F. Nous avons connu un cas où un élève s'est retrouvé avec une dette de 30 000 F qu'il n'arrivait pas à rembourser.

Son camarade l'a harcelé au point d'arracher toutes ses fournitures scolaires et ses chaussures. L'élève en question avait été exclu. Nous mettons aussi le « Jambo » sur le compte du harcèlement au regard des conséquences qui en résultent en cas de non-paiement du gain par une des parties. Nous avons aussi fait face au phénomène des cours de répétition instaurés par certains enseignants qui faisaient payer un prix fort aux parents. La hiérarchie a sévi, ce qui a mis un terme à cette pratique.

Quelles sont les mesures que vous avez mises sur pied pour apporter des solutions à ces problèmes?

Nous appliquons le règlement intérieur qui fixe les normes de fonctionnement de notre établissement. Les relations coupables entre camarades, l'usure, les jeux de hasard, la consommation de la drogue etc. sont interdits dans. Nous actualisons notre règlement intérieur en fonction des cas d'indiscipline observés pendant l'année scolaire précédente. Nous avons aussi des structures telles que le conseil de discipline qui nous aident à combattre l'indiscipline en général et le harcèlement en particulier. Autant que faire se peut, nous protégeons nos enfants contre toutes formes de harcèlement.

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