9 Novembre 2018

Afrique: AKAA - «On met l'Afrique au centre de l'art contemporain»

interview

Révolution copernicienne ? Pour sa troisième édition, Akaa ne place plus les artistes africains, mais l'Afrique au centre. Et cela change tout. La seule foire en France d'art contemporain et de design centrée sur l'Afrique cherche à « redessiner la carte de l'art contemporain ».

Victoria Mann, la fondatrice et directrice de « Also Known As Africa », ambitionne de « mettre l'Afrique au centre de l'art contemporain ».

Du 9 au 11 novembre, 49 galeries de 15 pays d'Europe et d'Afrique présentent les œuvres de plus de 130 artistes au Carreau du Temple, à Paris. Entretien avec une passionnée de l'art ayant hâte de faire vivre le succès de son concept aussi sur le continent africain.

 En 2018, comment définiriez-vous Akaa, ce rendez-vous de l'art contemporain africain devenu incontournable ?

Victoria Mann : On présente des Afriques qui sont ouvertes sur le monde et le monde qui est ouvert sur l'Afrique. On souhaite redessiner une carte de l'art contemporain et on y met l'Afrique au centre.

De ce centre, on voit tous les échanges, axes, ouvertures, dialogues qui se créent avec toutes les autres parties du monde.

Et notamment avec les parties du Sud global. C'est important d'aller de relations qu'on n'a pas toujours l'habitude de voir et de voir ces nouveaux passages qu'on n'a pas toujours l'habitude d'analyser.

Que voit-on si l'on met l'Afrique au centre de cette carte ?

A Akaa, cette année, par exemple, on voit un artiste sud-coréen, Kyu Sang Lee, qui a vécu et fait ses études en Afrique du Sud et qui est influencé par le surréalisme européen. On voit Marcelo Brodsky, un artiste argentin qui étudie dans son travail les systèmes économiques, sociaux et politiques du Zimbabwe.

On voit Susana Pilar, notre artiste de l'installation monumentale qui étudie les flux migratoires au sein même de sa famille et comment ces flux migratoires - qui viennent d'Asie, d'Afrique et du Cuba - construisent sa propre identité.

Ce ne sont que trois exemples parmi de nombreux exemples de ces artistes qui, finalement, ne se cantonnent pas à leur nationalité ou leur géographie propre, mais qui s'influencent des mondes qui les entourent et qui sont toujours à la quête de collaborations, de rencontres et d'échanges. C'est cela qui fait la richesse de leur travail.

Ces dernières années, on ressent une certaine fierté et une certaine puissance autour des artistes africains et de l'art africain. Comment cela se traduit-il côté collectionneurs et artistes venus d'Afrique ? Est-ce qu'il y en a plus ?

Effectivement, il y en a plus. Sinon, on ne serait pas là aujourd'hui. Et on n'est pas la seule initiative. La multiplication d'initiatives - que ce soit en foires, en galeries, en centres d'art, musées ou fondations, sur le continent ou à l'international - montre bien qu'il y a une vraie infrastructure artistique qui se crée pour ces scènes contemporaines d'Afrique.

Cela montre bien que cet intérêt n'est pas un intérêt de mode, mais un intérêt qui grandit, se stabilise et va vers la pérennité. Et forcément, tout cela vient avec une cible de collectionneurs et de nouveaux acheteurs et cela, d'un point de vue local et international.

Vous voulez mettre l'Afrique au centre. Est-ce juste votre démarche ou tout autour tout le monde se tourne aujourd'hui également vers l'Afrique ?

Je sens bien qu'il y a une solidarité dans cette approche, au fil de conservations avec les artistes et les commissaires qui m'entourent et me font grandir dans ma démarche. On est interpellé par cette même idée que finalement on veut effacer la géographie.

Ce n'est pas la géographie qui nous importe, c'est l'artiste lui-même. On veut décloisonner, étendre, on veut voir tout le potentiel de chaque artiste et ne pas l'enfermer dans une géographie qui lui est propre.

Quelle place occupent les artistes femmes à Akaa ?

Une place importante et d'une manière complètement organique, car pour nous ce n'est pas un critère de sélection. Néanmoins, on voit bien qu'elles sont là.

Nos deux artistes phares de cette année, l'installation monumentale [Susana Pilar] et de la carte blanche [Dalila Dalléas Bouzar], ce sont des artistes femmes et ce ne sont pas « juste » des artistes femmes, mais ce sont des artistes qui défendent la femme et qui sont engagées dans leur travail vis-à-vis de cette cause.

Et puis vous découvrirez sur une multitude de stands des artistes femmes qui ne cessent d'innover et de réfléchir le monde.

Akaa est une foire d'art africain contemporain, est-elle concernée par la question de la restitution des œuvres à l'Afrique ?

La question directe de la restitution des œuvres n'est pas une question sur laquelle je me prononcerai aujourd'hui, parce que ce n'est pas mon sujet de prédilection. Néanmoins, je suis convaincue que le rapport entre l'histoire et l'art contemporain est important.

Au tout départ de l'Akaa, j'ai été beaucoup plus réticente d'avoir de l'art traditionnel dans cette foire, parce que j'avais le sentiment qu'il ne fallait surtout pas mélanger les deux. Que cela fausserait le message.

Aujourd'hui, je retourne un peu ma veste en disant : peut-être il faut mettre les pieds dans le plat, parce que l'idée ce n'est pas - et cela n'a jamais été - d'entrer dans des discours historiques, coloniaux ou postcoloniaux, mais de montrer que l'histoire, la culture, la tradition, c'est une source d'inspiration pour certains artistes qui est très forte, très présente.

Par exemple, si on voit sur le stand de Didier Claes le show de Kendell Geers [artiste sud-africain, blanc, établi en Belgique, ndlr], influencé par les œuvres d'art classique, sélectionnées par l'artiste, cela n'a rien de vieillot, c'est ultra-contemporain. Et c'est très touchant...

Vouloir redessiner la carte mondiale de l'art et mettre l'Afrique au centre, est-ce que cela signifie que vous envisagez de délocaliser prochainement l'Akaa aussi en Afrique ?

Ce sont des questions auxquelles je ne peux pas tout à fait répondre... Est-ce que nous pensons à développer la foire ailleurs ? Bien évidemment.

Nous y travaillons depuis un an en faisant des études de marché. Nous avons plusieurs lieux en tête. C'est pourquoi je ne peux pas vous les révéler, mais je vous promets, vous serez le premier informé dès qu'on le saura...

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