11 Novembre 2018

Burkina Faso: Me Dieudonné Ouilli - « Au moment des faits, Korogo n'avait plus la force avec lui »

Le commandant Abdoul Aziz Korogo était encore à la barre du tribunal militaire de Ouagadougou le 9 novembre 2018 dans la salle des Banquets de Ouaga 2000. Il a été cuisiné par les avocats des parties civiles qui disent ne pas chercher à le sauver ni à le noyer mais ont exigé de lui plus de précisions sur son attitude lors des événements du 16 septembre 2015 et des jours suivants.

Selon eux, l'accusé, qu'ils qualifient de «boîte noire» ou de «pièce maîtresse» du fait de sa position au sein du RSP, retient toujours des informations à même d'édifier le tribunal et aurait fait des déclarations contradictoires.

Mais pour Me Dieudonné Ouilli, l'avocat de l'accusé, s'il y a confusion, c'est la partie civile qui tente de la semer. L'avocat a martelé : « Au moment des faits, Korogo n'avait plus la force avec lui » et était de ce fait limité dans ses actions.

Alors que l'interrogatoire du commandant Abdoul Aziz Korogo tirait vers sa fin avec l'examen des deux derniers chefs d'inculpation : meurtre et coups et blessures volontaires, les débats ont repris de plus belle sur l'infraction de complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat.

En effet, cette infraction doit être établie avant que les deux autres faits ne soient imputables au chef de corps par intérim de l'ex-RSP.

Au 4e jour de l'audition du commandant, Mes Prosper Farama, Guy Hervé Kam et Pierre Yanogo, tous avocats des parties civiles, ont longuement interrogé l'accusé afin de mieux cerner les faits. Ils ont estimé que l'accusé retient des informations qu'il ne veut pas donner à la barre.

« La dernière fois, j'ai entendu de la part de certains avocats de la défense des observations tendant à faire croire qu'il y a une opération pour protéger le commandant Korogo. Il n'y a pas d'opération tendant à protéger ou à faire plonger qui que ce soit. Il n'y a pas d'opération pour amener certains accusés à déposer dans un sens ou dans l'autre.

Par contre, il y a comme un "gentlemen's agreement" (un accord entre les accusés) qu'on pourrait caricaturer ainsi : si tu ne m'agresses pas, je ne t'agresse pas non plus. Il n'y a pas d'accord ici.

J'ai été un peu intrigué par des déclarations du commandant qui sont contradictoires : personne n'entendait attaquer qui que ce soit, la situation était périlleuse... éclairez-nous sur certaines choses, mon commandant, dites-nous la vérité et rien que la vérité. Ne voyez pas dans ces questions une volonté de vous sauver ou de vous noyer », a dit en guise d'introduction Me Prosper Farama.

«Est-ce qu'avant le début de la crise, en tant que chef de corps adjoint, vous avez reçu des revendications venant de la troupe ou d'une partie de la troupe ? ». «Négatif, Maître ! », a répondu le commandant Abdoul Aziz Korogo.

«Au moment des faits, est-ce que vous avez considéré que le général Gilbert Diendéré était un médiateur ou un protagoniste de la crise ? », a encore demandé Me Farama.

«Je ne m'en tiens qu'aux faits, pour les interprétations, le tribunal va apprécier. Je vous ai raconté comment les choses se sont passées quand le général est venu au camp : il nous a dit de ne pas nous offusquer si tout le monde n'a pas été informé, mais de l'accompagner... », a indiqué l'officier supérieur.

Et Me Farama de poursuivre : «Vous dites que c'est la hiérarchie militaire qui vous a demandé de rester pour trouver une solution à la crise, vous avez été donc un médiateur et non un protagoniste ». « C'est exact, Maître », a précisé le chef de corps adjoint de l'ex-RSP. «Les deux parties en crise, c'était qui et qui alors ? », a renchéri l'avocat.

«La médiation, c'était surtout au niveau de ceux qui bloquaient le désarmement », a répliqué l'accusé avant d'être recadré par l'avocat : «Mon commandant, je ne vous parle pas du 25 septembre en allant, restons à la date du 16, quand vous avez compris la situation, vous vouliez débarrasser le plancher, on vous a dit de rester pour y trouver une solution, je vous demande d'être précis.

On peut comprendre qu'une partie, c'est la hiérarchie militaire qui a demandé la libération des otages, mais à l'intérieur du camp, qui et qui s'opposaient ? » «Ce sont ceux qui étaient contre le désarmement. Lorsque j'ai été mandaté par la hiérarchie, j'ai eu affaire à ces personnes, je n'ai pas hésité à donner leurs noms.

Si quelqu'un a posé un acte, je le dirai, mais qui les a envoyés, je ne peux pas vous répondre, ne demandez pas au commandant Korogo de vous dire ce qu'il ne sait pas. Je n'ai jamais donné l'ordre d'aller arrêter qui que ce soit », a déclaré l'accusé.

«Mon commandant, j'ai un problème : avant-hier, vous avez dit qu'on vous a demandé de rester, vous disiez avoir besoin de vos hommes, vos officiers, car vous ne pouviez pas faire le travail seul », a relevé Me Farama dont l'observation a suscité une autre réaction de l'accusé : «Si vous avez la seule preuve qu'un de mes officiers est allé à l'encontre de mes décisions, exposez-le devant le tribunal».

«Ok, je récapitule : les commandants de groupements étaient contre le coup, ils étaient sous vos ordres, il en est de même de vos commandants d'unités, de détachements, de sections, il n'y a eu aucune remontée faisant état de blocage », a développé l'avocat.

«Maître, je dis que si un seul officier a tenté de me désobéir, je ne vais pas manquer de vous donner son nom. En tout cas, devant moi, personne n'a posé un acte contraire à mes instructions », a déclaré le commandant Korogo, qui dira plus tard qu'il faisait le point des négociations de sortie de crise au général Diendéré et au colonel-major Boureima Kiéré.

«Pourquoi, sachant que vos hommes sont restés à votre écoute, vous ne leur avez pas dit d'aller libérer les autorités de la Transition ? », a interrogé Me Guy Hervé Kam. «Il ne faut pas simplifier les choses, vous pensez que c'est en leur disant d'aller libérer les autorités qu'ils allaient le faire ? Ce n'est pas moi qui ai dit de les arrêter, j'ai dit qu'il ne fallait même pas le faire.

Mais ils l'ont fait à l'insu du chef de corps adjoint que j'étais», a expliqué l'inculpé. «Mon commandant, je comprends que vous ne vouliez pas nous dire que les hommes ne répondaient plus de vous », a conclu Me Kam.

Et son confrère Me Pierre Yanogo d'ajouter : «En instruction, vous avez déclaré que vous êtes fier de vos officiers, que vous leur tirez votre chapeau, est-ce qu'au regard de tout ce que vous avez entendu devant cette barre les concernant, vous leur tirez encore votre chapeau ? »

«Maître, j'ai donné des ordres à mes officiers. Devant moi, il n'y a pas eu de réactions contraires à mes instructions. Si, plus tard, ils ont posé des actes que je n'ai pas ordonnés, qu'ils les assument », s'est justifié l'accusé.

Son conseil, Me Dieudonné Ouilli, quant à lui ne voit pas un accusé qui a été plus explicite que son client depuis le début des auditions.

«Mon client a demandé aux différents commandants de forcer l'obéissance des hommes. Vers la fin, il avait le commandement de la majorité de la troupe. Dans le box des accusés, ils sont une soixantaine sur un effectif d'environ 1300 éléments.

Si la partie civile a bien suivi nos explications, il n'y a pas de contradiction. La partie civile veut dire, en clair, au commandant pourquoi il n'a pas utilisé la méthode forte pour libérer les otages. Il vous dit qu'au moment des faits, il n'avait plus la force avec lui.

Il n'y a aucune contradiction, aucune incohérence dans ses propos. S'il y a confusion, c'est la partie civile qui tente de semer cette confusion, elle s'attendait à des révélations qu'elle n'a pas eues », a plaidé Me Ouilli.

L'interrogatoire du commandant Korogo se poursuit ce lundi 12 novembre 2018 à partir de 9h.

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