11 Novembre 2018

Burkina Faso: Procès du putsch - "J'avais mis en garde la troupe", commandant Korogo

Les parties entres lesquelles il était médiateur, la non-exécution de la «demande» ou «ordre» de la hiérarchie militaire de libérer les autorités de la Transition, et le «véritable» commandant des éléments de l'ex-RSP au moment du coup d'Etat.

Ce sont, entre autres, les points sur lesquels le commandant Abdoul Aziz Korogo a été «cuisiné», le vendredi 9 novembre 2018 au 4e jour de son audition devant le tribunal militaire. L'ex-chef de corps du RSP est accusé de complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, de meurtre et de coups et blessures volontaires.

A l'ouverture de l'audience du tribunal militaire le vendredi 9 novembre 2018, Me Prosper Farama a tenu à répondre à la défense qu'il n'y a pas d'opération pour sauver le commandant Abdoul Aziz Korogo qui était à la barre. Il a ajouté qu'il n'y a pas lieu que des accusés craignent de dire la réalité des faits ou d'être traités de traitres par d'autres.

«Pas d'accord de non-agression entre prévenus», a avancé l'avocat qui a, par ailleurs, demandé, comme le prétendent des mis en cause, si la non-satisfaction de revendications était l'une des causes du putsch de 2015. A cela, l'ex-patron du RSP a répondu qu'il n'a pas reçu de réclamations de la troupe avant le putsch.

Au sujet de la médiation par l'accusé, Me Farama a cherché à savoir quelle est la partie du côté des présumés putschistes qu'il mettait en négociation avec les patrons de l'armée. «Ma médiation n'a commencé qu'au moment du désarmement, soit à partir du 23 septembre et non aux premières heures de la prise d'otage.

Elle avait lieu auprès des éléments qui s'opposaient. Du reste, je rendais compte au général Diendéré et au chef d'état-major particulier de la présidence, le colonel-major Kéré», a-t-il détaillé. Revenant à la charge, le conseil de la partie civile a noté une «contradiction» dans les propos du commandant Korogo.

«Si les officiers responsables d'unités et la majorité de la troupe RSP obéissaient à vos ordres, qu'est-ce qui bloquait alors le désarmement ?», a-t-il questionné.

Et Korogo de demander à la partie civile de ne pas simplifier la crise. A ses dires, la prise des autorités en otage voulait dire que les commandants d'unités avaient perdu le commandement des hommes. «Au premier, je les ai instruits de reprendre la main», a-t-il précisé.

Au sujet des éléments opposés au désarmement de l'ex-régiment, l'ancien chef de corps a laissé entendre des noms tels Roger Koussoubé, Ollo Stanislas Poda, Laoko Mohamed Zerbo, Sami Da, Boureima Zouré, Hamado Zongo.

Quand l'accusé évite de s'énerver...

Ajoutant que c'est à eux qu'il a eu affaire, et qu'il a informé toute la troupe de leurs comportements et que malgré tout le blocage persistait. «J'avais mis en garde la troupe : celui qui agit contrairement à mes ordres sera individuellement responsable», a-t-il poursuivi.

A l'étonnement de Me Farama qui résume la crise à quelque six éléments, Abdoul Aziz Korogo a répondu que si la majorité du corps ne collaborait pas avec la hiérarchie militaire, la situation allait être pire. Alors, a questionné l'avocat, si beaucoup coopéraient, pourquoi vous n'avez pas ordonné la libération des otages dès le début de la crise ?

«C'est le général qui nous a informés de l'arrestation des autorités. Des éléments l'ont fait sans mon accord et ne m'en ont pas rendu compte.

Cela voulait dire qu'ils ne me reconnaissaient pas comme leur chef. N'ayant plus la force avec moi et ne leur ayant pas ordonné cela, je ne pouvais pas leur commander la libération des autorités», a confié l'accusé tout déçu d'avoir alors perdu l'autorité sur certains de ses hommes.

«C'est militairement dangereux de dire que si vous n'avez pas ordonné l'arrestation, vous ne pouvez pas non plus commander la libération», a observé l'avocat. Mais l'accusé a tablé sur la non-reconnaissance de son autorité par les auteurs de ladite séquestration.

Revenant sur le rapport que Gilbert Diendéré lui a fait de retour d'une réunion avec les responsables de l'armée, Prosper Farama a voulu savoir si la demande de libérer les otages était pour le commandant Korogo un ordre.

«Si la hiérarchie entendait me donner cet ordre, il y a le canal approprié. D'ailleurs, la communication n'était pas rompue entre elle et moi», a rétorqué le commandant.

Face aux questions insistantes de Farama, l'accusé Korogo a dû demander une suspension pour éviter de s'énerver et demander à la partie civile de livrer, si elle en a, les informations essentielles du dossier pour le repos des âmes des victimes.

Quant à Me Guy Hervé Kam aussi de la partie civile, il est revenu sur l'appel que l'accusé aurait fait à des djihadistes et mercenaires. Pour le commandant, cela est inimaginable pour celui qui aime son pays. «Du reste, si le RSP voulait se battre, il n'avait pas besoin d'attendre le renfort de troupes étrangères», a-t-il précisé.

«Peut-être que j'ai été naïf sinon... »

Par ailleurs, Me Kam a dit ne pas comprendre l'ex-patron du RSP quand il dit assumer les actes de ses subordonnés sans savoir tout ce qu'ils ont fait, notamment les patrouilles meurtrières, le saccage de médias, le recrutement de civils pour renseigner sur le mouvement de troupes des provinces vers Ouagadougou. Rectificatif de Korogo : «J'ai demandé aux officiers collaborateurs de reprendre le commandement des hommes, d'empêcher ceux-ci de sortir, de faire réintégrer les moyens du corps, etc.

Ce sont les actes accomplis conformément à mes ordres que j'assume. Si un officier a agi en dehors de ce cadre qu'il assume». A la question de Me Pierre Yanogo de savoir s'il commandait réellement ses hommes, Korogo a été formel : «Quand l'incident est arrivé, cela prouvait à souhait que ceux-ci ont agi, en ne me reconnaissaient pas pour chef.

A l'instant T, je n'avais pas le commandement total des éléments». Et l'avocat de demander à l'accusé si après ses instructions, les éléments à la base ne recevaient pas des ordres intermédiaires. «Peut-être que j'étais naïf sinon au regard des actes qu'ils ont posés devant moi, je ne pouvais pas douter de mes officiers collaborateurs. Si ce que vous dites est avéré, je vais de surprise en surprise».

Pour le conseil de l'accusé, Me Dieudonné Willi, si les ordres de son client ont été dénaturés et orientés vers un autre objet, celui-ci ne pouvait pas. «Comment veut-on qu'il les assume», s'est-il interrogé.

Pour sa part, Me Dieudonné Bonkoungou de la défense a tablé sur le fait qu'un des téléphones portant le numéro le plus connu de l'accusé Korogo n'ait pas été expertisé.

Sa coéquipière Me Barry a, de son côté, dénoncé la présence de SMS sans lien avec le putsch dans le dossier. L'interrogatoire du commandant Korogo se poursuit ce lundi matin à partir de 9h.

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