13 Novembre 2018

Congo-Brazzaville: Centenaire de l'armistice - Les ambassadeurs des pays impliqués dialoguent à Brazzaville

A l'occasion de la commémoration de la fin de la Première guerre mondiale (1914-1918), le 11 novembre 1918, les diplomates des pays ayant pris une part active dans cette tragédie, en poste au Congo, ont tenu une sorte de table ronde autour de celui de France, Bertrand Cochery, le 10 novembre, à l'Institut français du Congo (IFC).

Autour de l'ambassadeur de France, se sont réunis ceux d'Allemagne, d'Italie, de Turquie et des Etats-Unis. La rencontre, organisée par l'IFC et la mission de Défense de l'ambassade de France, a été une évocation historique sur le thème « 14-18 dans la mémoire collective ».

En effet, il y a cent ans, les généraux allemands et alliés se réunissaient dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, en France, pour entériner un cessez-le-feu. L'armistice de 1918 mettait ainsi fin à quatre années d'une tragédie qui fit près de vingt millions de morts, d'invalides et de mutilés.

Au programme de cette commémoration, il y a eu une conférence animée par Yves Mesplou, professeur d'histoire au lycée Saint-Exupéry sur « La contribution de l'Afrique dans le premier conflit mondial » ; la projection du film "La force noire" d'Eric Deroo et Antoine Champeaux avec la voix de Jacques Perrin 2007, un documentaire de 30 mn ; le dialogue tenu par les ambassadeurs sur le thème « Aujourd'hui cent ans après, comment la première guerre mondiale est-elle perçue ainsi que ses conséquences dans votre opinion publique nationale ? », enfin, la projection du film "La Grande Illusion" de Jean Renoir, un film de 1937, d'une durée de 1h 57 mn.

Pour le diplomate français, l'enjeu de ce dialogue était de continuer à tirer des leçons mémorables à jamais et s'interroger sur les causes et les conséquences d'un tel conflit.

" Il faut rester vigilant, parce que nous sommes dans une époque malheureusement où nous voyons resurgir des formes du nationalisme. Nous avons, après la Seconde Guerre mondiale, construit l'Organisation des Nations unies ; l'Union européenne mais nous voyons aujourd'hui à quel point un ensemble des facteurs menace cet équilibre tel qu'il résulte de la Seconde Guerre mondiale. C'est la raison pour laquelle il faut continuer à travailler et donner la parole aux historiens" , a-t-il déclaré.

Les traités de 1919 jugées injustes pour certains

Pour l'ambassadeur d'Allemagne au Congo, Klaus Peter Schick, l'une des raisons de la Seconde Guerre mondiale est le Traité de Versailles. Selon lui, la France regarde cette commémoration différemment par rapport à l'Allemagne, ce qui permet de surmonter ce conflit éternel entre ces deux pays. « Je me demande où étaient les diplomates au moment où la Première Guerre éclatait ?... Ils auraient dû proposer des négociations pour éviter qu'il n'y ait pas la guerre », a-t-il estimé.

Un point de vue partagé par l'ambassadeur d'Italie, Andrea Mazella. « Je suis tout à fait d'accord avec Klaus Peter Schick, quand il dit que la politique qui précède l'éclatement de la guerre avait créé tout un système d'alliance ; alliance pas forcement offensive mais qui prévoyait un mécanisme de garantie réciproque. Pourquoi je dis ça, c'est tout simplement parce que l'Italie n'était pas prête à entrer en guerre, on était évidemment dans la triple alliance avec l'Allemagne et l'Autriche, une alliance qui datait de plus de trente ans », a-t-il rappelé.

Le diplomate italien a rappelé que quand l'Autriche, après l'assassinat de Sarajevo, décide d'attaquer la Serbie, l'Italie n'est pas informée. Ayant opté pour la neutralité, elle est entrée en guerre avec une satisfaction très limitée. C'est une période difficile, qui a coûté très cher du point de vue politique mais aussi qui a enseigné la valeur de la démocratie, a-t-il signifié, ajoutant que cette guerre a été un fardeau de morts et de souffrance pour le pays. A chaque attaque, il y avait des centaines de milliers de morts. « Celui qui connaît les Alpes italiens, connaît le parcours de la Première Guerre mondiale. A chaque kilomètre on trouvait des tombes, on trouve des témoignages réels de cette souffrance », a révélé Andrea Mazella.

Enfin, pour le diplomate italien, l'autre frustration forte est la conclusion des négociations de paix auxquelles le représentant italien n'avait pas assisté. Cette frustration est aussi l'une des causes de la formation du nationalisme en Italie. Car, dans un cadre où ceux qui avaient perdu n'avaient pas le droit de s'asseoir avec les vainqueurs, on ne pouvait qu'arriver à la Seconde Guerre mondiale, a-t-il conclu.

L'ambassadeur de Turquie, Can Incesu, a parlé de la genèse de son pays moderne dans des circonstances difficiles. La Turquie, a-t-il dit, se construit sur la base d'une République, le 29 octobre 1923. « Pour nous, c'est après la Première Guerre mondiale que la Turquie devient Etat-nation, avec une nouvelle idéologie après avoir aboli l'empire Ottoman en 1921 et le Califat le 3 mars 1924... La Turquie ne participe pas à la Seconde Guerre mondiale, elle est restée dans ses frontières », a fait savoir le diplomate turc.

En effet, l'empire Ottoman s'est vu déclarer la guerre par la Russie. Il s'est retrouvé sur plusieurs fronts avec de grandes batailles, obligé de signer l'armistice séparée le 30 octobre 1918 à Mangrove, en Russie. Après, cet empire était occupé par quatre pays ; la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et la Grèce. L'armistice signée par l'empire Ottoman n'était pas la fin de la guerre car, il y a eu un de ses généraux qui a fait ses preuves dans les différentes guerres et a repris les choses en main pour la guerre de libération jusqu'en septembre 1922, date à laquelle la Grèce a été chassée.

L'ambassadeur des Etats-Unis, Todd P. Haskell, pour lequel le pays a fait son premier engagement dans le continent européen, a reconnu que la Première Guerre mondiale a été une catastrophe pour l'Europe. Les troupes américaines, a-t-il précisé, sont arrivées en France deux ans et demi après le début de la guerre.

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