13 Novembre 2018

Burkina Faso: Procès du putsch - Des officiers ivoiriens protégés

Au 2e jour de son audition, le mardi 13 novembre 2018, le colonel-major Boureima Kiéré a été confronté aux messages (SMS) qu'il a échangés avec des officiers ivoiriens, dont le parquet s'est refusé de dévoiler les identités.

L'audience du tribunal militaire s'est ouverte, le mardi 13 novembre 2018, avec le parquet qui a interrogé l'accusé sur les raisons de sa présence dans la délégation du Conseil national pour la démocratie (CND) à l'hôtel Laïco, à la rencontre avec les présidents mandataires de la CEDEAO. «J'y étais parce que c'était une médiation de sortie et non en tant que membre du CND», a expliqué le colonel-major Boureima Kiéré. La partie civile n'y croit pas. Pour Me Hervé Kam, la délégation sous régionale a rencontré le général Gilbert Diendéré et son groupe en tant que responsables du putsch et dirigeants du CND. Si l'ex-chef d'état-major particulier de la Présidence du Faso se présente comme «médiateur», pourquoi n'a-t-il pas pris part à la rencontre entre les présidents Macky Sall et Yayi Boni et les autres composantes de la Nation ?, s'est interrogé Me Kam. Silence radio ! Au sujet de la proclamation du coup d'Etat, l'accusé a signifié que le fait de la signer, «sous la pression», ne fait pas de lui un membre dudit organe. Il a confié l'avoir fait «au cours d'une réunion militaire sur ordre d'un Général». Et le ministère public de demander pourquoi il n'a pas, comme lors de la mutinerie de 2011, usé de son influence pour «raisonner» les éléments du RSP qui persévéraient dans le putsch. Réplique de l'ex-chef d'état-major particulier de la Présidence du Faso (CEMP/PF) : «La situation est différente et plus compliquée.

Des subordonnés ont agi sans ordre des supérieurs. Il y avait donc un problème de confiance». Revenant à la charge, les parquetiers ont «cuisiné» le prévenu sur la variation de sa position : «est-ce qu'opposé au départ au putsch, vous ne l'avez pas accompagné par la suite par esprit de corps ?» Ma position n'a pas changé, a fait comprendre l'accusé Kiéré qui a, au demeurant, martelé sa bonne volonté d'alors pour une sortie de crise. Le prévenu a soutenu qu'il était en phase avec la CRAD (Commission de réflexion et d'aide à la décision) qui a condamné le coup de force. «J'étais du corps. J'allais repartir au camp. Il me fallait un minimum de précaution (... ) Il était difficile de s'opposer de façon ouverte. J'ai dit à de nombreuses personnes que le coup d'Etat n'était pas opportun», a ajouté le colonel-major.

Un autre putsch

L'accusé a confirmé qu'il y avait au sein de l'ex-RSP trois grands clans : celui de Yacouba Isaac Zida, celui de général Gilbert Diendéré et un troisième autre, résiduel, constitué des «non alignés». «C'est sous la Transition que les questions de clans s'étaient exacerbées avec le Premier ministre Zida qui gratifiait des soldats de millions et de voitures de grande valeur. Le clanisme était alimenté par le jeu d'intérêts et l'argent», a informé l'officier tout en précisant qu'il n'a jamais constaté, au moment où il commandait le RSP, que des éléments se battaient pour le pouvoir. Il est aussi ressorti de l'audition de l'ex-CEMP/PF qu'il y avait un autre coup de force en préparation que celui du 16 septembre 2015. L'accusé a révélé que des informateurs informels entretenus à ses propres frais lui avaient donné de tels renseignements qu'ils cherchaient à préciser pour une exploitation utile. «Cet autre putsch n'était-il pas lié à celui du 16 septembre ou ne l'a-t-il pas précipité ?», a demandé un parquetier au colonel-major Kiéré qui dit comprendre maintenant que les informations de sa source étaient sérieuses.

Relativement à ce projet de coup de force qui n'a pu se produire, le procureur militaire a lu des SMS reçus le 12 septembre 2015 par l'accusé. Le premier fait cas «de jeunes qui, d'après Le Reporter et le Courrier confidentiel, veulent, avec Yac, tout chambouler». Dans le second message, le correspondant de l'accusé a demandé des moyens pour «envoyer ses informateurs devant bière et porc au four pour leur soutirer des informations». L'expéditeur, dans un autre SMS, a demandé à Boureima Kiéré de prendre, «par rapport aux recrues de Yac, des dispositions pour l'accueil du vieux» (ndlr : le président Michel Kafando) qui devait revenir de Dakar. «Il parait que c'est Nion Rambo qui travaille avec la RCI. Je cherche les noms des recrues », mentionne un quatrième écrit. Reconnaissant ces communications, le colonel-major a expliqué qu'à l'alerte donnée par sa source, un dispositif de surveillance avait été mis en place. Les autres SMS reçus d'acteurs burkinabè sont celui, resté sans suite, de «Golf épouse» (J'ai besoin de vous pour régler le problème de technicien à la télé) et celui du Dr Daouda Zouré encourageant alors les putschistes à tenir bon, avec le «soutien obtenu du Balai citoyen Bobo». A ce dernier élément, Boureima Kiéré a répliqué que cela n'engageait que l'expéditeur qu'il n'a pas sollicité.

Le tribunal a tranché

Après les communications sur le plan national, un des parquetiers a lu des messages que le prévenu a échangés avec des Ivoiriens notamment des officiers de la hiérarchie militaire qui, en plus de chercher à rentrer urgemment en contact avec le président du CND, ont voulu se renseigner sur la situation et sont allés jusqu'à donner des instructions relatives au contrôle du Sud du Burkina Faso, «ventre mou du dispositif». «Verrouiller là-bas sinon ça va être compliqué... . Tenez au moins trois jours. Utilisez les réseaux sociaux. Mettez en place une cellule de communication efficace», a livré le parquet. La partie civile s'est insurgée contre la non-mention des noms desdits acteurs ivoiriens. «Il n'y a aucune raison juridique de procéder ainsi», a fait remarquer Me Prosper Farama, battant en brèche l'argumentaire politico-diplomatique du ministère public. Il est appuyé par son coéquipier Me Séraphin Somé qui s'est demandé si au tour du général Bassolé, le parquet ferait ainsi. Après une vingtaine de minutes de suspension, le tribunal a décidé qu'il n'avait à interférer sur la manière dont la partie poursuivante présente ses éléments, confortant le parquet dans son procédé. Concernant la motivation financière de soldats présumés acteurs du coup de force, Boureima Kiéré a informé qu'il n'en a rien été mais plutôt que le général Diendéré a tenu, autour du 22 septembre 2015, une promesse envers des soldats.

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