13 Novembre 2018

Cote d'Ivoire: Plaidoirie pour la relaxe de Laurent Gbagbo

La défense sera-t-elle entendue ?

Jugés à la Cour pénale internationale (CPI) pour « crimes contre l'humanité » consécutivement à la crise postélectorale de 2011 qui avait laissé près de 3 000 morts sur le carreau, l'ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo et son ministre de la Jeunesse d'alors, Charles Blé Goudé, verront-ils leur procès et leur séjour carcéral écourtés ? En tout cas, à la suite du procureur qui, le 2 octobre dernier, plaidait pour que le procès aille à son terme, la parole est, depuis le 12 novembre 2018, aux avocats de la défense qui ne plaident rien moins que l'acquittement de leurs clients. La question est de savoir si sa cause sera entendue.

En effet, convaincu que l'ancien président ivoirien a joué un rôle central dans l'élaboration d'un plan funeste pour se maintenir au pouvoir, le procureur avait demandé à la Cour de ne « pas faire droit à la requête d'abandon des charges » de la défense qui a aussi demandé l'arrêt du procès « pour insuffisance de preuves » contre ses clients.

Les partisans de Laurent Gbagbo ont commencé à nourrir de sérieux espoirs

Et James Stewart n'était pas passé par quatre chemins pour dire la nécessité de poursuivre le procès pour permettre aux juges de « statuer sur le fond de l'affaire ». Pour lui, « le procès doit parvenir à son terme pour déterminer le bien-fondé de la culpabilité ou l'innocence » des prévenus.

Depuis hier, c'est au tour de la défense de soutenir ses arguments pour l'acquittement de ses clients. Et comme l'on pouvait s'y attendre, les avocats de l'ancien président ivoirien fondent leur argumentaire sur la faiblesse du dossier de l'accusation qui, à les entendre, se révèle moins solide que promis. Car, ne reposant que sur des « suppositions » et autres « a priori » qui n'auraient aucunement le « statut de preuves ». Réitérant la non crédibilité des preuves et de témoins, Me Altit, l'avocat principal de Laurent Gbagbo, reste convaincu que le dossier de son client est vide.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la défense est dans son rôle pour tenter d'obtenir l'élargissement de ses clients. Un exemple de ténacité à nulle autre pareille, d'autant plus que Me Altit et ses collègues ont déjà essuyé, dans cette procédure, plus d'une dizaine de refus d'accorder la liberté provisoire à leurs clients. Mais cela n'a visiblement pas entamé leur détermination à se battre jusqu'au bout pour la cause de leurs clients. Et c'est de bonne guerre. En tout cas, depuis l'acquittement, en appel, le 8 juin dernier, de l'ex-seigneur de guerre congolais, Jean Pierre Bemba, poursuivi pour « crimes de guerre » et « crimes contre l'humanité » en Centrafrique et condamné en première instance à 18 ans de prison par la même CPI, les partisans de Laurent Gbagbo ont commencé à nourrir de sérieux espoirs de voir leur champion recouvrer la liberté. Surtout que dans le même temps, Simone Gbagbo, l'épouse de Laurent, était acquittée par la Justice ivoirienne après avoir été poursuivie pour les mêmes chefs d'inculpation de « crime contre l'humanité » et de « crime de guerre » au moment où l'irréfutabilité des preuves censées enfoncer le Christ de Mama et son disciple, était sérieusement mise en doute jusque dans le camp de certains de leurs adversaires. C'est dire si aujourd'hui, la défense ne manque pas de matière ni d'arguments, car elle semble avoir déjà gagné la bataille de l'opinion. Mais le droit a ses raisons que le citoyen lambda ignore et c'est peu de dire que ces raisons ne procèdent pas de logiques mathématiques.

Il est difficile de ne pas voir une dimension politique dans ce procès

C'est pourquoi il ne faudrait pas aller trop vite en besogne, en pronostiquant une libération prochaine de Laurent Gbagbo. D'autant qu'au-delà de la simple chose de droit et du camouflet qu'un éventuel abandon des charges serait pour les contempteurs de Gbagbo qui l'ont expédié à la CPI, son élargissement aurait immanquablement des répercussions sur le landerneau politique ivoirien en pleine recomposition. En tout cas, si Gbagbo et Blé Goudé venaient à être relaxés, le contentieux des 3 000 morts consécutifs à la crise postélectorale de 2011, resterait toujours posé et nécessiterait, tôt ou tard, d'être vidé d'une manière ou d'une autre. Pour le moment, l'on est encore loin d'un tel scénario. Mais c'est dire que même si la Justice s'en défend, il est difficile de ne pas voir une dimension politique dans ce procès dont le verdict aura forcément des implications, dans un sens ou dans un autre, sur la scène politique ivoirienne. C'est pourquoi il serait hasardeux de dire que Laurent Gbagbo est presqu'au bout du tunnel. Car, rien ne dit que les procédures judiciaires ne vont pas encore traîner en longueur, pour une raison ou une autre. Mais l'essentiel est qu'au bout du compte, le droit et rien que le droit soit dit.

En tout état de cause, au terme de cette intervention, il appartiendra à la Cour d'apprécier et de décider si le dossier mérite d'aller à son terme ou s'il faut abréger les souffrances de l'icône du Front populaire ivoirien (FPI) qui croupit depuis bientôt sept ans dans les geôles de la CPI.

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