14 Novembre 2018

Madagascar: Se battre pour la sauvegarde du dernier Eden et ses espèces uniques

communiqué de presse

Il est question de vie ou de mort dans la forêt de Tsitongambarika, ligne de front du mouvement anti-extinction de Madagascar

Il est près de minuit, lorsque notre guide, Andry, s'enfonce dans les buissons. Dans l'obscurité de velours de la forêt, éclairée seulement par le faisceau lumineux de nos torches et la douce lueur de la lune décroissante filtrant à travers la canopée, il est difficile de voir l'émotion qui règne jusqu'à ce qu'il s'accroupisse. « Un caméléon », dit-il, à peine plus fort qu'un murmure.

Mesurant seulement quatre centimètres de long, d'un brun pâle tacheté similaire à celui d'une feuille morte, c'est grâce à une jeune pousse verte foncée qui se distingue du tapis de feuilles tombée que nous pouvons le distinguer, minuscule et immobile à l'exception d'un seul de ses yeux qui roule pour nous observer.

Elle n'est peut-être pas si extraordinaire en comparaison de ses cousins aux couleurs vives, mais cette petite femelle a une surprise pour nous. C'est une nouvelle espèce, qui n'a pas encore été décrite et ce spécimen est seulement le quatrième de son espèce à être observé. Un rappel puissant du mystère et de la richesse des paysages de Madagascar.

Un eden sous pression

La forêt de Tsitongambarika, d'une superficie de 41 000 hectares, est l'une des rares forêts humides de plaine à Madagascar, un écosystème unique au monde, comptant 80 à 90% d'espèces endémiques.

Malheureusement, c'est aussi un écosystème menacé, entouré de villages de plus de 60 000 habitants et soumis à la pression de l'exploitation illégale du bois et à l'empiétement des cultures par brûlis et autres formes de culture itinérante.

La flore et la faune uniques de la forêt de Tsitongambarika ont conduit à sa désignation comme site "Alliance for Zero Extinction" (Alliance pour l'extinction zéro), une classification uniquement attribuée aux habitats irremplaçables qui abritent au moins une espèce en voie de disparition ou gravement menacée. Ces sites clés font partie des priorités principales où la perte de biodiversité mondiale doit être stoppée et inversée.

Quatre espèces, le "lémurien souris" (Microcebus tanosi), le mille-pattes géants à pattes rouges (Aphistogoniulus corallipes), l'escargot terrestre Boucardicus simplex et de la plante à fleurs Foetidia delphinensis ont été à l'origine de l'identification de la forêt de Tsitongambarika comme site membre de l'alliance pour Zero Extinction, mais l'importance essentielle de la forêt va bien au-delà de ces découvertes et commence seulement à être comprise.

« Chaque fois qu'un relevé est entrepris, nous découvrons une nouvelle espèce », déclare Andry Ravoahangy, coordinateur du programme forestier d'Asity Madagascar, partenaire du projet.

Depuis le début des travaux du Fonds pour l'environnement mondial et du projet Alliance for Zero Extinction, financés par ONU Environnement, à Tsitongambaraika en 2016, l'équipe du projet et ses partenaires ont découvert 10 espèces de plantes endémiques, ainsi que des amphibiens, des caméléons, des serpents et des lémuriens, jusqu'à maintenant inconnus aux scientifiques. Andry Ravoahangy estime que la forêt abrite plus de 60 espèces endémiques en danger, ainsi qu'une riche biodiversité qui demeure inconnue.

La fine ligne verte

La préservation de la forêt de Tsitongambarika est une course contre la montre pour Andry et son équipe. L'organisation Asity Madagascar œuvre depuis plus de 10 ans pour que la forêt obtienne le statut de conservation permanente du gouvernement malgache, une étape franchie à présent dans le cadre du projet Alliance for Zero Extinction.

Mais les pertes ont été nombreuses avant d'y parvenir. Alors que nous explorons la forêt de Tsitongambarika, Monja, un forestier et villageois de la région, nous arrête devant un arbre isolé se tenant au milieu de collines dénudées. « Il y a 50 ans, la forêt s'étendait jusque là-bas », nous dit-il en pointant du doigt une ligne verte à l'horizon, notre destination, située au-delà de trois kilomètres de prairies défraîchies et de terres brûlées.

« Quand j'étais enfant, la forêt était dense », dit Monja, « mais quand j'ai atteint l'âge de 20 ans, beaucoup de régions avaient été dévastées par la déforestation. Le plus choquant a été la transformation de notre village. Quand des forêts entières disparaissent, même le bois de chauffage à usage domestique est difficile à trouver. »

« La pire conséquence était la difficulté d'accès à l'eau potable. Les sources se sont asséchées, même l'eau nécessaire pour irriguer nos rizières avait disparu. »

Aujourd'hui, Monja est l'un des 263 gardes forestiers soutenus par l'organisation Asity Madagascar et le projet Alliance for Zero Extinction pour assurer la bonne gestion de la forêt, empêcher l'exploitation illégale du bois et de l'agriculture itinérante.

« J'étais conscient de la destruction intense des forêts ici et c'est l'une des raisons qui m'ont poussé à accepter ce poste », déclare Monja. « Je suis fier d'être garde forestier. J'ai été nommé par la communauté et en plus d'être un travail prestigieux, cela me rapproche de la nature. »

La voie de la guérison

La conservation est complexe dans un pays comme Madagascar, où un climat politique fragile, une pauvreté généralisée et une course continue aux ressources naturelles rendent indispensable le soutien des communautés pour la protection de la biodiversité de l'île.

Parallèlement au travail mené en collaboration avec les gardes forestiers et les associations de gestion de la forêt, l'équipe de projet a donné aux populations locales un intérêt pour la gestion de leurs ressources naturelles et a introduit des activités de subsistance durables, telles que la culture de légumes et l'apiculture, qui aident les communautés à obtenir des moyens de subsistance qui ne menacent pas la flore et la faune de la forêt de Tsitongambarika ni les services rendus par les écosystèmes.

Florent, le voisin de Monja dans le village d'Enato, situé à la lisière de la forêt, se décrit comme un ancien « champion de la culture sur brûlis ». Mais désormais, avec le soutien du projet, Florent s'est tourné vers l'apiculture en plus de la riziculture qui permet de subvenir aux besoins de sa famille qui compte neuf personnes.

« Quand je plantais du manioc [dans la forêt], je gagnais 100 000 à 300 000 Ariary par an [29 à 85 dollars US] », explique Florent. « Avec l'apiculture, je peux gagner entre 400 000 et 500 000 Ariary [113 à 141 USD]. C'est une grande différence. »

« Ma femme est heureuse. Grâce aux revenus de l'apiculture, elle peut acheter des semis pour notre riziculture ainsi que d'autres cultures, ce qui lui permet d'épargner des revenus supplémentaires. Je peux élargir les moyens de subsistance de ma famille sans détruire la forêt. »

Florent fait partie des 1 640 personnes qui ont adopté de nouvelles activités de subsistance depuis le début du projet, réduisant ainsi la pression sur la forêt et ouvrant la voie à un avenir durable pour la forêt de Tsitongambarika et les habitants de la région.

Poursuivre la lutte

Deux ans seulement après ses trois ans d'existence, le projet Alliance for Zero Extinction a eu un effet transformateur sur la relation des villageois locaux avec la forêt, en reconstruisant un sens de propriété et un respect de l'équilibre entre l'homme et la nature.

Malgré ces progrès, l'avenir de la forêt de Tsitongambarika est loin d'être assuré. Les riches gisements de bauxite et de mica de la région suscitent des convoitises et la pression reste forte pour l'exploration de nouveaux sites miniers potentiels autour de la forêt, tandis que l'instabilité politique fait peser une menace permanente sur le maintien des progrès réalisés jusqu'à présent.

« Si nous décidions de partir aujourd'hui, la forêt pourrait être perdue. Elle pourrait disparaître dans les dix prochaines années », déclare Andry Ravoahangy, en se référant au bilan en berne des zones protégées du pays quand les mesures de contrôle ont échoué à la suite de la crise politique de 2009.

« La conservation dépend des populations locales, mais elles doivent être soutenues pour que le changement soit durable. »

Pour le moment cependant, à Enato et dans les villages autour de la forêt de Tsitongambarika, les avantages sont évidents et la volonté forte.

« Mon plus grand rêve est d'atteindre la vieillesse pour pouvoir contribuer à la protection de la forêt aussi longtemps que j'ai force et santé », dit Monja, inclinant la tête en direction des arbres. « L'avenir des prochaines générations est en jeu. »

L'Alliance for Zero Extinction (AZE) regroupe 100 organisations non gouvernementales pour la conservation de la biodiversité qui luttent contre les extinctions en identifiant et en sauvegardant les sites qui sont les derniers habitats d'espèces identifiées comme étant en danger ou en danger critique d'extinction sur la liste rouge de l'UICN.

Le projet Alliance for Zero Extinction: Conserving Earth's Most Irreplaceable Sites for Endangered Biodiversity project (Alliance for Zero Extinction : préserver les sites les plus irremplaçables de la planète pour la biodiversité menacée) est un partenariat doté d'un financement de 6,7 millions de dollars soutenu par le Fonds pour l'environnement mondial et ONU Environnement, BirdLife International, l'American Bird Conservancy, l'IUCN et les gouvernements du Brésil, du Chili et de Madagascar ayant pour but de mettre un terme aux extinctions mondiales et préserver les habitats dans lesquels vivent les espèces menacées.

Le projet fournit actuellement une assistance technique pour améliorer la gestion de cinq sites de démonstration au Brésil, au Chili et à Madagascar. Il a jusqu'à présent amélioré le statut de conservation de 17 espèces en voie de disparition ou gravement menacées.

Pour plus d'informations sur les travaux d'ONU Environnement dans le domaine de la biodiversité et de la dégradation des sols, veuillez contacter : johan.robinson

La durabilité est à l'ordre du jour ce mois-ci, avec la Conférence des Nations Unies sur la diversité biologique - la 14ème Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique - qui se tient actuellement en Égypte du 17 au 29 novembre. Réunissant des experts et des décideurs du monde entier pour créer un « Nouveau pacte pour la nature et les hommes », la conférence a pour objectif de faire de la biodiversité un élément clé à l'échelle mondiale dans les secteurs de l'énergie, minier, des infrastructures, de l'industrie et de la santé.

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