15 Novembre 2018

Congo-Kinshasa: Human rights watch exige une enquête impartiale sur les violations dans l'expulsion des congolais

L'Ong Human rigths watch (HRW) relève des graves abus dans la répression des exploitants congolais du diamant en Angola. Dans un communiqué rendu public jeudi 15 novembre, l'Ong appelle le gouvernement angolais de « suspendre immédiatement l'expulsion de réfugiés Congolais ». HRW exige rapidement, « une enquête impartiale » sur les allégations de violations par les forces de sécurité de l'État.

Plus de 400 mille personnes ont été rapatriées de force ou ont fui l'Angola en octobre 2018, à la suite d'une opération visant l'extraction illégale de diamants dans la province angolaise de Lunda North.

Selon les Nations Unies, les forces de sécurité angolaises et les jeunes de l'ethnie alliée, les Tshokwe, ont abattu au moins six Congolais au cours de l'opération menée dans la province de Lunda North, à la frontière avec la République démocratique du Congo (RDC). « Le chiffre réel est probablement plus élevé », estime Human Rigths watch, faisant remarquer qu'un grand nombre de migrants et de réfugiés qui ont traversé la frontière entre l'Angola et la RDC ont accusé les forces de sécurité angolaises de « coups, d'agressions sexuelles, d'incendies de maisons, de pillages et de destructions de biens, d'impositions illégales, de détentions arbitraires et d'autres violations ».

Pour le directeur de HRW pour l'Afrique australe, Dewa Mavhinga, « L'Angola devrait cesser d'obliger les gens à quitter le pays jusqu'à ce qu'il puisse fournir une évaluation individuelle et des garanties de procédure régulière pour distinguer les migrants irréguliers des réfugiés et des travailleurs migrants enregistrés ». « Toute déportation de migrants devrait être conforme au droit international et à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. », a-t-il ajouté.

L'« Opération Transparence » a pour objectif de réduire la contrebande de diamants et de réformer la cinquième plus grande industrie du diamant au monde, ont déclaré les autorités angolaises dans un communiqué. Cela fait partie de la volonté du président João Lourenço de diversifier l'économie et de réduire la dépendance du pays au pétrole. Les autorités angolaises ont déclaré que la contrebande et l'exploitation minière illégale étaient organisées et contrôlées par des migrants en situation irrégulière, mais elles n'ont produit aucune preuve à l'appui de cette affirmation. Nombre de personnes expulsées affirment être légalement installées dans le pays.

«Les soldats angolais nous ont forcés à partir avec nos vêtements seulement», a déclaré par téléphone à Human Rights Watch un creuseur de diamants congolais âgé de 40 ans et père de deux enfants. «Je leur ai montré mon document de résidence angolais, mais ils l'ont déchiré. Puis ils nous ont obligés à monter dans des camions et nous avons été conduits à la frontière avec le Congo. Avant que nous ne soyons obligés de partir, des jeunes de la communauté Tshokwe ont attaqué les Congolais dans notre ville avec des machettes et ont pillé nos maisons. »

Le 26 octobre, la chef des droits de l'homme des Nations Unies, Michelle Bachelet, a averti que les expulsions massives forcées avaient laissé les rapatriés dans une «situation extrêmement précaire». Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a déclaré que plus de 80 000 enfants renvoyés de force de l'Angola au Congo étaient en fuite.

Besoin urgent d'assistance

La situation risque de se détériorer davantage dans les semaines à venir, de nombreuses personnes retournant au Congo étant confrontées à la malnutrition, tandis que le financement humanitaire des agences d'aide reste faible, l'Ong de défense des droits de l'homme. La plupart des personnes déportées se sont retrouvées dans les provinces du Kasaï, du Kasaï central et du Kwango. Beaucoup n'ont pas les moyens de retourner dans leur lieu d'origine. HRW redoute de la sécurité dans cette région avec l'arrivée massive de centaines de milliers de Congolais qui pourrait déstabiliser davantage le sud du pays, à l'horizon des prochaines élections prévues pour le 23 décembre.

Entre août 2016 et septembre 2017, des violences impliquant des forces de sécurité congolaises, des milices soutenues par le gouvernement et des groupes armés locaux ont fait 5 000 morts dans la région. Six cents écoles ont été attaquées ou détruites et 1,4 million de personnes ont été déplacées de leurs foyers, dont plus de 30 000 réfugiés qui ont fui en Angola. Près de 90 fosses communes ont été découvertes dans la région.

« L'expulsion de réfugiés par l'Angola viole les obligations qui lui incombent en vertu de la Convention de 1951 sur les réfugiés et de la Convention de 1969 sur les réfugiés africains, en vertu du principe de non refoulement, qui interdit le renvoi forcé des réfugiés dans un lieu où ils courraient un risque réel de persécution, de torture ou d'autres actes de violence », dénonce Human rights watch dans son communiqué.

Traitement ou une menace pour la vie

Le 27 octobre, le porte-parole de « Opération Transparence », le commissaire de police António Bernardo, a annoncé que plus de 400 mille étrangers de différentes nationalités, qui vivraient illégalement en Angola, avaient «volontairement» quitté le pays depuis le 25 septembre. Bernardo a également affirmé que la police avait saisi de grandes quantités de diamants et autres pierres précieuses et que de nombreux magasins de diamants illégaux avaient été fermés. Les autorités ont depuis annoncé que l'opération serait étendue à d'autres provinces.

Par ailleurs, HRW rappelle que les forces de sécurité angolaises ont régulièrement, au cours des années, expulsé les Congolais et commis des exactions contre les migrants au fil des ans. L'Ong évoque les cas de « l'exploitation sexuelle de femmes et de filles ; les passages à tabac ; les traitements dégradants et inhumains ; les arrestations arbitraires » commis en 2012.

«Le fait que nombre de ces abus se poursuivent des années après, le début des accusations montre clairement que le gouvernement angolais a manqué à son devoir de protéger les migrants et les réfugiés», a déclaré Mavhinga. Avant d'ajouter que « Les autorités devraient immédiatement enquêter sur les allégations d'abus commis par les forces de sécurité de l'État et poursuivre les responsables en justice. »

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