15 Novembre 2018

Tunisie: « Repenser le partenariat sous le prisme des droits humains »

interview

Donc, la question des droits économiques et sociaux était toujours au centre de nos relations avec l'UE, que ce soit à travers les aides, financements, ou également à travers le fameux Aleca, accord majeur en cours de négociation sur lequel la société civile s'est pleinement penchée.

Le troisième volet touche aussi bien la réforme judiciaire dont l'UE est partie prenante que l'indépendance de la justice en tant que souci partagé (instances constitutionnelles, textes législatifs, CSM, Cour constitutionnelle en instance..). Quatrième volet, les droits des femmes, ceux-là sont une spécificité tunisienne qui n'a pas encore été complètement ancrée dans la société, notamment l'égalité dans l'héritage. Autant de points sur lesquels travaillent une soixantaine d'associations tunisiennes, telles que la Ltdh, Ftdes, Onat, Amt, Ugtt, et bien d'autres.

Une proposition écrite sur ces mêmes priorités stratégiques vous a été, il y a quelques mois, communiquée par le Conseil de l'UE à Bruxelles, pourquoi, alors, êtes-vous contre ?

Non, nous ne l'avons pas décliné. Mais, la vision de l'UE semble s'être limitée aux mêmes priorités stratégiques figurées dans l'accord d'association Tunisie-UE signé en 1995. Cet accord s'est enrichi, depuis 2012, par « un partenariat privilégié », marqué par un plan d'action jusqu'à 2017. Maintenant, on parle « des priorités stratégiques », dans une nouvelle logique. Justement, ce que le groupe de travail compte faire, les quatre mois prochains, c'est de réfléchir à un nouveau partenariat aux perspectives nouvelles. Ce qu'on a déploré, c'est que les préoccupations sécuritaires de l'UE sont passées sur les droits humains. Son défi migratoire l'emporte sur notre enjeu économique et commercial. Or, la question qu'on se pose, aujourd'hui, est la suivante : comment les Tunisiens voient leur partenaire européen ? Autant dire sortir du cadre classique et voir quelles sont nos propositions, en mettant les droits humains au centre des intérêts. A titre d'exemple, on voudrait que l'Aleca soit basé sur les droits sociaux et économiques. Sortir d'une logique purement commerciale, c'est ce qu'on a, d'ailleurs, demandé à l'UE, et il y a eu, en 2011, au sommet du G8 à Deauville, des promesses qui nous ont été faites pour cela. Mais, en vain.

Vous avez suggéré une contre-proposition qui devrait être dans l'intérêt de la Tunisie, laquelle ?

Nous n'avons pas refusé catégoriquement l'offre européenne. Loin de là ! Mais on veut que ce partenariat repose sur les vrais problèmes de la Tunisie. Evoquant la question de l'Aleca, il est logique qu'il soit précédé par une étude d'impact sur l'accord d'association signé avec l'UE depuis 1995. Chose qui n'a pas été faite. Aujourd'hui, ce que la société civile remet en question, c'est cette absence d'évaluation. Donc, il ne s'agit pas d'un non catégorique contre l'offre européenne. Mais, on aurait dû évaluer avant d'avancer, afin de répondre à des besoins tunisiens basés sur des droits humains dont ceux à caractère économique et social.

L'idée qui sous-tend notre projet est de réfléchir sur ce qui manque et de revoir nos relations dans le sens d'un vrai partenariat. Côté migration, qu'on en finisse avec l'aspect sécuritaire. On ne veut plus être la police des frontières de l'Europe. Ce qu'on cherche est que la liberté de circulation des personnes soit consacrée, pour ne plus faire autant de morts dans la Méditerranée. Pour l'UE, « le partenariat pour la mobilité (PPM)» n'est qu'un simple accord visant à fixer les gens et les empêcher de migrer. Or, au sens vrai du terme, ce PPM doit comprendre la facilitation du visa, dans la perspective de sa suppression. Ainsi va la libéralisation des services dont on parle. Notre projet, déjà en cours, vise donc à retracer les perspectives des relations tuniso-européennes, sous le prisme des droits humains.

Tunisie

Quand la défiance remplace la confiance

Leurs revendications consistent à vouloir changer de statut et adhérer, de la sorte, à la… Plus »

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Copyright © 2018 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.