15 Novembre 2018

Sénégal: Financement du système éducatif - Entre transparence et pratiques douteuses

Quoi qu'on puisse dire, l'application des revendications des enseignants, celles pédagogiques et autres plans de carrière, pose la question de la soutenabilité budgétaire. Cela d'autant plus que le financement du système éducatif a provoqué une instabilité de l'école publique sénégalaise.

Aussi peut-on légitimement s'interroger : A l'heure de la rareté des ressources financières face aux besoins croissants de la démographie, quel financement de l'Etat qui consacre 40% du budget national à ce secteur stratégique ? Son utilisation est-elle efficace, efficient, équitable et transparent ?

Quelle répartition du budget de 2018 ?

Ce sera bientôt le marathon budgétaire à l'Assemblée nationale, après que le gouvernement du Sénégal a adopté un projet de budget de finances estimé à 4071,8 milliards FCfa pour l'exercice 2019. Les responsables des départements ministériels vont passer tour à tour au parlement pour défendre le budget retenu en commission.

Comme chaque année, l'éducation retiendra toutes les attentions au regard de la part importante consacrée au secteur. 40% du budget national, avancent les autorités étatiques. Comme le budget national, les ressources financières sur l'éducation connaissent une hausse.

Pour l'exercice 2018, le département dirigé par Serigne Mbaye Thiam est appelé à gérer 413 milliards 42 millions 396 mille 140 Francs Cfa contre 402 milliards 790 millions 138 mille en 2017. Soit une augmentation de 10 milliards 252 millions 258 mille 140 F Cfa en valeur absolue et de 2,55% en valeur relative.

Ainsi, le budget consacré à l'éducation suit courbe ascendante chaque année. L'Etat lui accorde une part importante dans la répartition annuelle des ressources financières avec une enveloppe dont près de 90% est consacré au paiement des salaires des enseignants et autres corps administratifs.

Pour l'exercice 2018, sur les 431 milliards inscrits dans la loi de finances, il est prévu pour les dépenses de fonctionnement 381 milliards 202 millions FCfa sur lesquels 298 milliards 573 millions FCfa vont être consacrés au traitement salarial des enseignants, corps administratifs, contractuels et autres.

74 milliards 809 millions ont été dégagés pour les dépenses de biens et de services, ce montant étant utilisé pour les équipements de bureau, écoles et établissements. Pour les constructions inscrites dans la rubrique dépenses d'investissement, le ministère a bénéficié d'une enveloppe de 31 milliards 839 millions FCfa.

Sur les transferts courants, notamment les subventions des écoles, les bourses des élèves maîtres, des élèves de Mariama Bâ et du lycée scientifique de Diourbel, une enveloppe de 7 milliards 819 millions est prévue pour la prise en charge des points mentionnés.

Dans le volet des ressources extérieures, 15 milliards 580 millions FCfa ont été mobilisés par emprunt ou subvention.

« Dans le secteur de l'éducation nationale, nous pouvons relever que la plupart des ressources sont injectées dans les dépenses de personnel et de fonctionnement et peu pour l'investissement », soutient Mohamed Moustapha Diagne, directeur de la Formation et de la Communication du ministère de l'Education nationale (Men).

Quelle gestion transparente dans l'utilisation des ressources réparties clairement dans la loi de finances ?

A l'aune de la mise en œuvre du Programme d'amélioration de la qualité, de l'équité et de la transparence (Paquet), sur quels leviers s'appuyer pour une gestion transparente des ressources éducationnelles ?

Le directeur de la Formation et de la Communication du ministère de l'Education nationale (Men) se veut clair : « il est impossible de procéder à des détournements de l'argent public.

L'Etat a mis en place des mécanismes pour sécuriser et rationaliser les ressources. Personne ne peut prouver que le ministère n'est pas dans le cadre de la transparence. Tous les marchés passent par des procédures régulières et normales ».

Inscriptions des élèves : une nébuleuse !

Dans le cadre du financement de l'éducation, les frais d'inscription dans les écoles et établissements constituent des ressources additionnelles.

Une véritable manne financière que le ministère de l'Education ne peut pas contrôler, malgré la circulaire d'octobre 2007 fixant les frais dans les collèges et lycées publics entre 3 000 FCfa et 10 000 FCfa.

En dépit de l'augmentation des frais constatée dans certains établissements, la gestion de cet argent suscite beaucoup d'inquiétudes.

Mohamed Moustapha Diagne ne s'en cache pas : « il y a des ressources sur lesquelles nous n'avons pas une bonne visibilité. Ce sont les ressources additionnelles injectées par les parents d'élèves, notamment les inscriptions », dit-il.

Pour une gestion transparente de ces ressources additionnelles, le directeur de la Formation et de la Communication a fait savoir que « tôt ou tard, le ministère devra mettre de l'ordre.

Les écoles et établissements ont trouvé des moyens des contournement, notamment l'absence de blouses ou de tenues d'éducation physique ».

« Si on demande dans un établissement 50 000FCfa, comment le parent qui a quatre enfants va t-il gérer cette situation », s'interroge t-il. Non sans engager la responsabilité des parents d'élèves dans cette situation. « Ils ferment parfois les yeux.

Ces ressources doivent faire l'objet de visibilité et de transparence. Juridiquement, les inscriptions qui dépassent 10 000Fcfa sont injustifiables. Les associations de parents d'élèves doivent prendre leurs responsabilités », dit-il.

Où va l'argent de l'Ecole pour quels résultats ?

Dans la nomenclature budgétaire du ministère de l'éducation, il est clairement indiqué l'enveloppe du département est partagée entre le paiement des salaires, les transferts courants, les dépenses des biens et services, en plus des ressources additionnelles et extérieures.

S'y ajoutent les efforts faits pour matérialiser certains points inscrits dans le protocole d'accords signé le 30 avril dernier. Certains observateurs estiment que les ressources allouées au secteur n'ont pas d'impact dans le développement du secteur.

Non sans interroger sur l'affectation des ressources de même que leur utilisation. La grille de lecture souvent soulevée est le taux d'échec massif constaté dans les évaluations nationales.

Les résultats scolaires des évaluations nationales ne sont pas à la hauteur des augmentations fulgurantes du budget, diront certains. Les taux de réussite sont en deçà des attentes des normes et standards d'un système d'éducation de qualité, notamment 80% des enseignements et apprentissages soient maitrisés par 80% des apprenants.

Les taux d'échec au Bac est près de 60%, pendant que le Bfem et Cfee tournent autour de 40%. Les facteurs explicatifs de ces contreperformances n'en manquent pas.

En plus des grèves répétitives, le déficit d'enseignants, l'absence des manuels pédagogiques, la présence des abris provisoires, constituent des éléments contreproductifs. Ce qui repose la problématique sur l'orientation des ressources financières, à l'orée de la promotion d'une éducation de qualité.

« La qualité est un ensemble. Le premier intrant de qualité est l'enseignant. En plus du relèvement du niveau de recrutement, nous avons la formation initiale et continue des enseignants. Le problème fondamental que nous avons dans le système, est la formation continue des enseignants recrutés avec un niveau très faible.

Nous sommes entrain de les recapaciter », explique Moustapha Diagne. Avant de poursuivre : « L'affaire des élèves-maitres a révélé que pendant des années des Sénégalais sont entrés dans le système sans avoir le niveau requis ».

Sur la question relative à l'accès équitable, Moustapha Diagne relève que : « nous sommes dans un processus de construction des écoles.

Il s'agit de mettre en place un environnement accueillant. Dans le même sillage de l'équité, le ministre a rééquilibré la subvention allouée aux écoles en fonction des effectifs. Nous avons beaucoup de formation continue pour la qualité de l'éducation ».

Et de souligner : « Le financement de l'éducation est un investissement à long terme. Sur les financements, nous admettons qu'il faut beaucoup plus d'investissements, car nous faisons face aux revendications des enseignants ».

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