18 Novembre 2018

Burkina Faso: Procès putsch manqué - Les cinq faits marquants l'audience du 16 novembre

Le militant du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) Abdoul Karim Bagagnan, dit Lota, a bénéficié de la liberté provisoire ; l'attaque du camp Naaba Koom II le 29 septembre 2016 est moralement inacceptable pour le colonel-major Kiéré.

Ce dernier a soutenu avoir contribué à minimiser les cas de meurtre, de blessés et les dégâts matériels. C'est l'essentiel des faits marquants de la quatrième journée d'audition du colonel-major Boureima Kiéré le vendredi 16 novembre 2018 dans le cadre du procès du putsch manqué. Nos reporters, San Evariste Barro et J. Benjamine Kaboré, vous proposent ces faits en cinq tableaux.

«Je ne peux pas mentir »

Le colonel-major Boureima Kiéré, chef d'état-major particulier de la présidence du Faso sous la Transition, est poursuivi pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtres, coups et blessures.

A la question du président du tribunal, Seydou Ouédraogo, de savoir si l'accusé se reconnaît dans les faits de complicité de meurtres, de coups et blessures, le mis en cause a dit non en déclarant au contraire : «Je crois avoir contribué à réduire le nombre de cas de meurtres, de blessés et de dégradation de biens.

Cela, en envoyant des hommes secourir la famille du feu président de l'Assemblée nationale Salifou Diallo (Ndlr : quand sa maison a été prise d'assaut par des manifestants) et en faisant appel à la gendarmerie quand il y avait des échauffourées à l'hôtel Laïco (suite à l'appel de l'ancien président du MPP, Roch Marc Christian Kaboré). Il a poursuivi en jurant «sur son honneur militaire » que tout ce qu'il dit est «la vérité ».

«Je ne peux pas mentir », a-t-il soutenu. Le ministère public ne s'est pas prononcé sur cette déclaration. Cette situation a conduit Me Michel Traoré, conseil de l'accusé, à soutenir que c'est parce que le parquet n'a rien à redire sur la question.

« On a trahi et humilié le RSP »

Lors de son audition, le colonel-major Boureima Kiéré est revenu sur ce qu'il a qualifié de « trahison et d'humiliation » de la part de la hiérarchie militaire. Selon lui, le fait qu'on les a attaquées (NDLR : RSP) le 29 septembre n'est pas moralement acceptable.

« On nous a dit de déposer les armes, on l'a fait. Alors pourquoi avoir bombardé le camp ? C'était pour nous humilier », s'est-il offusqué. Selon sa logique, si le RSP voulait résister, il n'allait pas exécuter le désarmement. A l'en croire, dès le 25 septembre, on leur a fait savoir qu'ils devaient déposer les armes, en commençant par les lourdes.

« Et quand ils ont eu assez d'armes, ils ont envoyé nous attaquer, malgré notre bonne volonté. C'est le général Zagré qui a coupé le contact et nous a traités comme des malpropres », a regretté le mis en cause avant de faire remarquer que la plupart des troupes qui faisaient mouvement sur Ouagadougou et menaçaient de frapper le RSP ne disposaient pas de munitions.

Un peu plus loin, celui qui a fait 30 ans au sein du RSP a déploré devant l'assemblée le fait qu'il y ait des armes sans contrôles dans la nature. « Tout cela parce que le désarmement a été mal organisé », a-t-il expliqué.

Putschiste ? Médiateur ? Victime ?

Les conseils du colonel-major Kiéré ont fondé une partie de sa défense sur le fait que la mission que l'accusé a menée à la frontière ivoirienne pour récupérer le matériel de maintien d'ordre n'était pas de sa propre initiative. Selon Me Mireille Barry, « toute l'armée en était au courant ». Dans ses arguments, elle a noté qu'il a fallu l'autorisation de l'armée de l'air pour le décollage de l'hélicoptère. Et que ce sont des éléments de la gendarmerie et de la police qui ont sécurisé la zone d'atterrissage. Selon la logique de l'avocate, si la hiérarchie militaire s'en est lavé les mains en soutenant que son action n'était pas de l'accompagnement du coup d'Etat, alors « pour mon client non plus ce n'est pas de l'accompagnement puisqu'il ne faisait qu'obéir à des ordres », a argumenté Me Barry. Et de poursuivre que si son client est accusé, ses chefs militaires doivent aussi l'être. Un peu plus loin dans son argumentaire, l'avocate a présenté le mis en cause comme un médiateur : celui qui a conduit au désarmement.

Selon le natif de Koumbia dans le Tuy, le 21 septembre la hiérarchie militaire a fait appel à lui pour dire au général Gilbert Diendéré d'abandonner son projet. Outre, les chefs militaires, le colonel-major aurait été appelé par d'autres personnalités pour la même raison. Ça a été le cas avec l'actuel président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, du chef de file de l'opposition, Zéphirin Diabré, les chefs d'états-majors particuliers des présidences française, nigérienne et ivoirienne. « Tout cela montre que mon client était dans une logique de médiation », a indiqué Me Barry.

Outre cette sollicitation, le colonel-major Boureima Kiéré a dit avoir été victime de coup d'Etat : « J'ai été trop humilié dans cette affaire ». Selon le mis en cause, des éléments sont allés chez lui au village fouiller partout et déterrer des tuyaux de l'ONEA, parce qu'ils auraient ouï dire que celui qui servait aux côtés du général Diendéré y cachait des armes. Après ces « actes d'humiliation » dans son village, les mêmes actions ont été répétées chez son frère à Zagtouli.

Lota hume à nouveau l'air de la liberté provisoire

Après plusieurs demandes de mise en liberté provisoire rejetées par le tribunal, Abdoul Karim Bagagnan, dit Lota, un militant du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), a finalement eu gain de cause le vendredi 16 novembre. En rappel, il jouissait d'une liberté provisoire jusqu'à ce qu'il s'absente à l'audience du 27 mars 2018. Cette absence a amené le parquet militaire à mettre en œuvre une prise de corps à son encontre.

A la Maison d'arrêt et de correction des armées, il aurait été mordu par un reptile, et la morsure aurait affecté plusieurs de ses nerfs. C'est cette situation qui a conduit la défense de Lota à déposer une nième requête de demande de liberté provisoire qui a trouvé cette fois-ci gré aux yeux du tribunal.

Pas de procès lundi et mardi

Au cours de l'audience, Me Antoinette Ouédraogo a pris la parole au nom de tous les avocats pour informer l'assistance que l'avocat Me Mathieu Somé a perdu sa mère. Elle a demandé que le président du tribunal, Seydou Ouédraogo, permette à ceux qui le désirent d'aller soutenir l'avocat et assister à l'enterrement, prévu pour le dimanche à Dano.

Cette requête a eu un écho favorable et le président du tribunal a accepté que ce lundi, il n'y ait pas d'audience compte tenu de la distance Ouaga-Dano. Du coup, l'audience ne reprendra que le mercredi vu que demain mardi est jour férié à cause du Mouloud. Mais le président a indiqué que si habituellement le jeudi n'est pas un jour d'audience, exceptionnellement le procès aura lieu le jeudi 22 novembre prochain.

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