19 Novembre 2018

Maroc/Cameroun: Doublement gagnant

En battant le Cameroun pour la première fois, l'équipe nationale a également validé son billet pour la CAN 2019

Souvent esseulé au moment de recevoir le ballon en première mi-temps .

En cette froide soirée d'automne réchauffée par l'enjeu et une tension perceptible, quand bien même l'Orchestre philharmonique a essayé de la détendre au travers d'une sensationnelle interprétation, on ne s'attendait pas, il faut l'avouer, à ce que le Maroc finisse par gagner (2-0) et chasser les démons de son passé, creuset d'un pseudo-complexe d'infériorité, hérité de la série dénuée de succès qui symbolise l'historique du choc Maroc-Cameroun. D'autant plus que peu d'indicateurs envoyaient balader le signe indien quelque part loin de toute compagnie.

Tout d'abord, dès l'échauffement. A la dilettante et au manque d'application du Onze marocain, les Camerounais, d'ores et déjà qualifié en tant qu'organisateurs de la prochaine CAN, répondaient par une intensité de tous les instants, sans oublier de toiser dès que possible, leurs adversaires du regard. Et puis, comme on pouvait s'y attendre, le début de la rencontre a confirmé cette impression.

A vrai dire, tout aurait pu basculer du mauvais côté pour les Marocains lors des 20 premières minutes. Pendant cette période, les dizaines de milliers de spectateurs ont eu droit à une passionnante bataille tactique, placée sous le signe du pressing. S'y opposer, le 4-3-3 d'Hervé Renard et le 4-2-1-3 déployé par le duo Seedorf-Kluivert.

Au début, en l'absence de communication, il n'y avait pas forcément de lien dans les séquences de pressing marocaines. Du coup, derrière, les nationaux se sont retrouvés souvent en difficulté quand les Camerounais annihilaient l'effet du pressing, en usant de longs ballons. Mis à forte contribution par les dé-zonnages des ailiers adverses et les courses en profondeur de l'attaquant, K.T. Ekambi, Mazraoui et Da Costa ont été pris plusieurs fois de vitesse. C'était comme si les coaches néerlandais, avaient classé cet axe dans la case : points faibles. Heureusement que Benatia, impérial dans son placement et sa lecture des trajectoires, a rattrapé les errements de ses coéquipiers.

Dans l'autre sens, le Onze national a éprouvé quelques difficultés à se projeter rapidement à la récupération. En position basse ou haute, il perdait trop rapidement la possession du ballon, faute de patience ou/et de justesse technique, alors que le Cameroun ne mettait pas une pression folle sur le porteur. Deux tentatives concédées plus tard (3',6'), l'équipe nationale haussa le ton en termes d'intensité et d'agressivité. Plus de duels gagnés et des passes plus appuyées. Mais surtout un pressing enfin efficient. Les Marocains fermaient plus consciencieusement les trajectoires de passes verticales courtes et étaient présents à la réception des longues, obligeant le Cameroun à chercher d'autres circuits de passes sur les ailes notamment. Là où il est plus compliqué de s'en sortir avec la ligne de touche comme obstacle supplémentaire.

Hakimi a eu plus de possibilités après la rentrée de Boufal, comme sur l'action qui amène le penalty.

Ainsi, la confiance changea de camp. Alors que les nationaux devenaient beaucoup plus entreprenants, en l'occurrence au travers de renversements de jeu, côté ouvert, les Lions indomptables ont reculé d'une vingtaine de mètres dans leur moitié de terrain, pour y former un 4-5-1 compact afin de ressortir proprement les ballons. Malgré plusieurs occasions (24', 31', 34', 45'), l'équipe nationale n'a pas su profiter de ce nouveau rapport de forces. La faute à une absence de réalisme dû à la fois à un dernier geste déficient à la construction, la décevante prestation de Belhanda en est la preuve, mais également aux situations inconfortables dans lesquelles nos attaquants se trouvaient au moment de tirer (5 tirs hors cadre lors des 45 premières minutes). En cause, la densité du bloc camerounais à l'entrée de la surface de réparation. L'équipe nationale a bien essayé de le contourner. En vain. Car le positionnement trop intérieur d'Amrabat et Ziyech a fait que les latéraux Hakimi et Mazraoui étaient livrés à eux mêmes, sans soutien ou dédoublement dans le dos.

Cette tendance a perduré jusqu'à la fin du premier acte. Et c'est là que le basculement s'est opéré et que l'imprévu a fait son apparition. Belhanda s'étant écroulé juste avant le coup de sifflet, il fut soutenu par deux coéquipiers au moment de rentrer aux vestiaires.

On se doutait bien qu'on n'allait plus le revoir. En revanche, on n'avait pas idée des intentions du sélectionneur afin de pallier ce fait de jeu. Il faut dire qu'en envoyant Boufal s'échauffer à la pause, Hervé Renard a eu le nez fin, puisque la rentrée du virtuose de Celta Vigo, a représenté le tournant du match. Sa qualité de percussion et de dribble a permis de créer des décalages et de mettre au supplice le latéral droit camerounais. Entre Hakimi et Boufal, il ne savait plus où donner de la tête, peu aidé par le repli de son ailier. D'ailleurs, cette situation de jeu est à l'origine du penalty converti par Ziyech (55'). Le meneur de l'Ajax, plus à l'aise car recentré dans une position de numéro huit qu'il affectionne après la sortie de Belhanda, a fait parler sa qualité de passe pour éclairer le jeu de son équipe.

Mais pas que. Après avoir ajusté la mire de loin, il logea une frappe des 25 mètres sur la gauche d'Onana, son gardien en club (66'). Le break était fait. Dès lors, les Camerounais, assommés, n'ont jamais réussi à s'en remettre. Quand ils avaient le ballon dans les pieds, on ne peut pas dire qu'ils ont en fait grand-chose, trop prévisibles et bousculés dans les duels. Ce qui a eu le don de les énerver. Logiquement, ils finirent le match en infériorité numérique.

«Je suis fier de mon équipe qui a pris le meilleur sur une grande sélection du Cameroun bien organisée et très athlétique. Il faut être fier de cette équipe et la soutenir davantage». Par cette déclaration, Hervé Renard a mis humblement en avant ses joueurs. Mais en réalité, son coaching, perspicace et gagnant a été plus que décisif. Coaching qui fait qu'aujourd'hui, bien loin des vaincus, le Maroc a enfin pris le rond-point de la victoire face au Cameroun. Validant ainsi son billet pour la CAN 2019, en étant premier du groupe B avec 10 points dans la musette.

Les Tops

Ziyech

Un match plein grâce à son doublé mais aussi à la vitesse dans les transitions avec des déviations précises et des accélérations déroutantes surtout en seconde mi-temps, où il fut replacé dans le cœur du jeu. En sus, il était à l'affût du moindre ballon en retrait comme sur son second but.

Boufal

Sa rentrée a secoué le cocotier et fait tourner la tête des Camerounais. En une seule mi-temps et plus que n'importe quel autre joueur marocain en 90', Boufal insaisissable, n'a eu de cesse de provoquer (6 dribbles) avec réussite (4). Sa grosse activité fut récompensée par un penalty qui a permis l'ouverture du score.

Benatia

Il a justifié amplement son statut de patron de la défense. D'une solidité à toute épreuve, dans les duels comme dans les airs, il ne s'est jamais affolé sous la pression et a été toujours présent pour ramener le calme par des interventions bien senties quand ça chauffait.

Botola Pro

Le Hassania d'Agadir (HUSA) et le Raja de Casablanca se sont quittés sur un nul blanc, samedi en match de la mise à jour de la 2ème journée de botola Maroc Telecom D1 de football. Ce nul permet pourtant au HUSA de conforter sa place de leader avec 14 points, alors que le RCA (9 pts) rejoint, en 7è position, le FUS de Rabat, la Renaissance de Berkane et l'Ittihad de Tanger.

Maroc

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