Mauritanie: Promesse de renonciation a un 3e mandat présidentiel - Abdel Aziz gagnerait à tenir parole

Photo: Le Pays
Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz
21 Novembre 2018
analyse

Suite à la réaction du président mauritanien, en guise de réponse à la question à lui adressée, de savoir quelles sont ses intentions pour la prochaine élection présidentielle de l'été 2019, on pourrait a priori dire qu'il ne reste plus aux Raspoutine de tout poil, qu'à rompre les rangs et à faire le deuil de leur rêve : voir leur champion toujours accroché à son fauteuil au-delà de ses deux mandats constitutionnels afin qu'eux, continuent à rafraîchir leur gosier et à remplir leur panse. «Je suis sensible à tous les appels. Il y en a qui appellent à la limitation des mandats.

Donc, j'écoute tout le monde. De toute façon, je suis là pour respecter et faire respecter la Constitution du pays. Non, je ne me représenterai pas dans la mesure où je vais respecter la Constitution qui dit que je ne peux pas me représenter au-delà de deux mandats. Je vais continuer à m'engager pour la Mauritanie, je reste en Mauritanie et je continuerai à faire de la politique. Je suis là et je ne quitte pas le pays. Je continuerai sur la même voie. Dès que la Constitution me permettra de me représenter, je le ferai. Donc, si je ne peux pas me représenter au 3e mandat, je peux me représenter après. La Constitution ne m'empêche pas de me représenter après ».

C'est ce qu'aurait lâché, très récemment, le président Mohamed Ould Abdel Aziz, lors de l'ouverture du festival culturel de Oualata dans le sud du pays, où l'attendaient de nombreux partisans. Sur ces propos, on peut au moins lui accorder le bénéfice de la bonne foi, puisque, pour ce coup-ci, il ne se limite pas à recourir à la bonne vieille rengaine dont raffolent les dictateurs du continent, qui consiste à entonner la chanson « je suis là pour respecter la Constitution et faire respecter la Constitution » pour ensuite, comme toujours, tomber le masque.

Un retournement de boubou serait désastreux pour son image

En affirmant qu'il ne briguera pas un 3e mandat, et mieux, que la « Constitution ne l'empêche pas de revenir après », le numéro un mauritanien semble s'inscrire dans le schéma du départ volontaire du pouvoir au terme de ses deux mandats constitutionnels, même s'il n'écarte pas l'éventualité d'un retour aux affaires plus tard.

Pour autant, faut-il croire, comme il le souligne lui-même, qu'il a pris le temps de consulter, d'écouter, d'observer et, in fine, de mesurer ce qui est bon pour la Nation et le peuple ? Faut-il penser que la posture qui est la sienne aujourd'hui, tient à présent lieu de décision finale et irrévocable ?

Rien n'est moins sûr ; restons prudent. Car, la faune politique africaine est ainsi faite qu'il ne faut jamais jurer de rien quant aux promesses et engagements des «sauriens» politiques sous nos tropiques. Du reste, pour revenir à son cas, l'on sait que Mohamed Ould Abdel Aziz a très souvent brillé par son instabilité dans les propos qu'il a toujours tenus au sujet de ses intentions sur le scrutin présidentiel à venir ; tantôt c'est noir, tantôt c'est blanc ; toute chose qui, évidemment, en rajoutait au flou.

Il faut espérer que tout cela appartienne désormais au passé ; que le grand « brouillard » sciemment entretenu par le grand boss participait d'une stratégie visant à sonder le terrain aux fins de prendre une décision de sagesse qui serve non pas ses intérêts propres, mais ceux de la Mauritanie. Ne pas solliciter un troisième mandat serait à son honneur.

Et c'est pourquoi il devrait se garder de toute nouvelle pirouette. En tout état de cause, il aurait tout à gagner en respectant sa parole de soldat d'autant qu'il inscrirait ainsi, en lettres d'or, son nom dans l'Histoire de son pays, après avoir laissé à la postérité, l'image d'un président non accro de pouvoir. Un retournement de boubou serait d'autant désastreux pour son image que le contexte national et international n'est pas favorable au 3e mandat.

Mais en se conformant à l'air du temps où, de plus en plus, les longs règnes sont honnis et vomis sur le continent, il apporterait la preuve tangible qu'il est capable de prendre de la hauteur en ne cédant pas aux sirènes des courtisans qui ne veulent que du bien pour eux seuls. Et puis, il y a qu'un départ volontaire du pouvoir, ferait taire à jamais les récriminations sans cesse renouvelées de son opposition qui voyait en la récente révision de la Loi fondamentale mauritanienne, un cheval de Troie pour passer à une autre république.

En tous les cas, on comprendrait mal que le président Aziz, après de bons et loyaux services rendus à la Nation, ne prenne pas enfin la peine de savourer une retraite bien méritée, d'autant que son bilan parle globalement pour lui. Sur le plan sécuritaire, il aura réussi à endormir les démons et sur le plan de l'économie, on ne peut pas dire que ce pays soit le dernier de la classe ; loin s'en faut. En somme, une sortie élégante du pouvoir serait tout bénef pour ce natif de Fort Repoux.

Et si l'on s'en tient donc à ses propos, au-delà de l'été 2019, il deviendra un citoyen ordinaire comme les autres, même s'il promet de continuer à faire de la politique. Mais ce qui retient encore plus l'attention dans ce qu'il dit, c'est que contrairement à bien d'autres anciens chefs d'Etat qui auront été contraints à l'exil pour ne pas risquer d'être rattrapés par leur sombre passé, lui, ne quittera pas la Mauritanie. Des anciens chefs d'Etat qui n'ont pas une peur bleue de l'après-pouvoir, c'est ce genre de dirigeants que le continent africain aspire à produire.

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