Afrique de l'Ouest: BCEAO - Prix Abdoulaye Fadiga, édition 2018 - Le Togolais Vigninou Gammadigbe rafle la mise

Le Togolais Vigninou GAMMADIGBE, lauréat du Prix Abdoulaye Fadiga pour la Promotion de la recherche économique 2018, recevant son chèque des mains de Mme Marie Elisabeth Viviane Zunon Kippre, première femme cadre a la BCEAO.
22 Novembre 2018

Le Prix Abdoulaye Fadiga pour la recherche économique a été décerné, hier mercredi 21 novembre 2018 au doctorant à la Faculté des sciences économiques et de gestion de l'Université de Lomé (Togo) par la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Bceao). Ce prix est mis en compétition tous les deux ans aux jeunes chercheurs et universitaires ressortissant des huit pays membres de l'Union Economique et monétaire Ouest Africain (Uemoa).

Sur un total de 37 articles à caractère scientifique et à valeur économique proposés par des chercheurs et universitaires ressortissants des huit pays de l'Union économique monétaire ouest africain (Uemoa), axés sur la politique monétaire ou les politiques économiques dans le cadre du prix Abdoulaye Fadiga pour la promotion de la recherche économique seuls deux (O2) candidats ont été primés.

Il s'agit de Vigninou Gammadigbe de nationalité togolaise, doctorant à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l'Université de Lomé, auteur de l'article intitulé: «Survie des banques de l'UEMOA: les nouvelles exigences de fonds propres sont-elles pertinentes?» pour le prix Abdoulaye Fadiga, édition 2018 et le prix d'encouragement pour les co-auteurs de l'article: «Hétérogénéité des économies de la CEDEAO : quel défi pour une politique monétaire commune?», à savoir Aboudou Ouattara, ingénieur statisticien-économiste, Ivoirien, docteur en sciences de gestion de l'université Paris Dauphine (Paris IV) et chef du département de recherche au centre africain d'études supérieures en gestion (Cesag) de Dakar, de Kouamé Désiré Kanga, ivoirien ingénieur statisticien-économiste, docteur en sciences économiques d'Orléans en France et chercheur associé à la «school of Oriental and african studies» de l'Université de Londres, et enfin de Ruben Barnabas Djogbenou, Béninois, ingénieur statisticien-économiste de formation, exerçant au cabinet de l'économiste en chef du premier ministre du Sénégal.

L'APPORT CONCLUANT DES NORMES BALOISES

L'article intitulé «Survie des banques de l'UEMOA: les nouvelles exigences de fonds propres sont-elles pertinentes?», analyse le rôle des fonds propres réglementaires dans la survie des banques de l'Uemoa afin d'en déduire la pertinence des nouvelles normes bâloises entrées en vigueur le 1er janvier 2018. Les résultats indiquent que les fonds propres ont une incidence positive sur la stabilité bancaire et jouent, à ce titre, un rôle important dans la survie des banques de l'Uemoa, en réduisant de manière significative leur probabilité de faillite.

En effet, les fonds propres disposent d'une capacité prédictive des difficultés bancaires sur un horizon temporel allant de 1 à 3 ans. Ainsi, une hausse de 1% du ratio des fonds propres se traduit par une baisse de l'ordre de 2,16% à 2,73% de la probabilité de faillite des banques de l'Union. Les conclusions de l'étude montrent que les seuils fixés dans l'Umoa pour les différents ratios des fonds propres dans le cadre de la mise en œuvre de Bâle II et Bâle III permettent de renforcer substantiellement la solidité du système bancaire.

La mise en œuvre de ces nouvelles normes de fonds propres, couplée avec le relèvement du capital minimum des banques de l'Union, devrait avoir un effet positif sur la résilience des banques de la zone. Ces résultats confirment l'importance actuelle accordée par les Autorités monétaires à la mise en application des dispositions de Bâle II et Bâle III.

PROBLÉMATIQUE D'UNE MONNAIE COMMUNE

S'agissant du prix de l'encouragement, décerné aux co-auteurs, ils abordent la question de l'optimisation de la politique en union monétaire en examinant de façon prospective les conditions d'une plus grande efficacité d'une politique commune à l'échelle de la Cedeao, au regard de l'hétérogénéité des économies.

«Ce thème de recherche est pertinent et d'intérêt pour les pays de la Cedeao, principalement au regard de l'ambition affichée des autorités de ces pays à créer une monnaie à l'horizon 2020», fait valoir le comité de lecture.

Dans cette analyse scientifique les auteurs prennent en compte l'ensemble des pays de la zone Cedeao auxquels ils ajoutent le Maroc (potentiel adhérent à la zone). Ils montrent que ces pays sont caractérisés par différentes formes d'hétérogénéités au regard de leurs caractéristiques macroéconomiques, bancaires et financières. Ils distinguent notamment trois groupes de pays. Le premier est constitué du Maroc, du Cap-Vert et du Nigeria, qui disposent de structures économiques relativement avancées.

Le second est composé de la Côte d'Ivoire, du Ghana, et du Sénégal dont les structures économiques se sont significativement améliorées au cours des dernières années. Et le dernier représente les autres pays membres de la Cedeao ayant des structures économiques peu avancées.

Fort de cette analyse, selon les auteurs la future Banque centrale des Etats membres de la Cedeao pourrait rencontrer des difficultés dans la mise en œuvre d'une politique monétaire optimale. Ce, au regard des hétérogénéités respectives des caractéristiques économiques de ces trois (03) groupes de pays. Sous cet angle, les auteurs recommandent une plus grande prise en compte desdites caractéristiques et la réalisation d'études complémentaires, en vue d'identifier les conditions d'une mise en œuvre optimale de la politique monétaire au sein de la Cedeao...

TIEMOKO MEYLIET KONE, GOUVERNEUR DE LA BCEAO : «Nous cherchons à élargir le champ de la recherche économique»

Le gouverneur de la Bceao dans son mot dira: «Ce prix constitue un axe de la politique de recherche de la Bceao qui vise, à travers un cadre de collaboration étroite avec les chercheurs et le monde universitaire, à contribuer au développement des activités de recherche au sein de l'Union».

Selon Tiémoko Meyliet Koné: «Il s'agit d'encourager les jeunes chercheurs dont les travaux particulièrement remarquables auront apporté un éclairage nouveau sur la politique monétaire ou les politiques économiques des pays membres». Il poursuit en soutenant que «l'idée est ainsi d'élargir le champ de la recherche économique pour susciter la production de travaux de recherche de qualité sur la formulation et la mise en œuvre de politiques économiques dans les Etats».

Le Professeur Adama Diaw de l'Université Gaston Berger de Saint Louis et non moins président du Comité de lecture très satisfait de la qualité des articles proposés dit ceci: «D'une valeur de 10 millions de francs CFA, le prix récompense cette année "un travail de recherche originale portant sur un sujet d'ordre économique, monétaire ou financier présentant un intérêt scientifique avéré pour les Etats membres et pour l'Union».

Pour cette édition, les thèmes des articles soumis se sont inscrits sur l'analyse du secteur financier et monétaire, à travers l'identification de ses caractéristiques principales et sa contribution au développement économique et social des Etats de l'Union. Les productions ont porté également sur le marché du crédit, le financement de l'activité économique, les liens entre le secteur financier et le reste de l'économie ainsi que sur les perspectives de développement du secteur financier et son impact sur les économies de l'Union.

Pour rappel, c'est en 2008 que la Bceao a lancé ce prix et «aujourd'hui, elle a l'ambition d'ouvrir ce prix à tous les autres pays du continent pour lui donner une autre dimension dans le cadre même d'une Fondation», a annoncé le Gouverneur. Abdoulaye Fadiga (1975-1988) a été le principal artisan de l'africanisation du personnel et le transfert du siège de Paris à Dakar.

Plus de: Sud Quotidien

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