Niger: Nouvelle attaque meurtrière - Quand le chacal ressort du bois

Photo: Le Pays
Des jihadistes
22 Novembre 2018

Après quelques mois de relative accalmie, le Niger a subi, le 22 novembre dernier, une attaque terroriste d'une rare violence, qui a laissé huit macchabées sur le carreau, faisant autant de blessés. Cette fois-ci, l'attaque était dirigée contre une équipe de forage minier dans la zone de Diffa, à la lisière de la frontière avec le Nigeria.

Les infortunés sont des techniciens du site minier dont le camp a été attaqué au petit matin, dans l'enceinte de la mairie de la localité de Toumour où ils sont installés.

Une attaque qui porte la signature des islamistes nigérians de Boko Haram coutumiers d'incursions meurtrières jusque dans ces zones frontalières, et qui sont repartis avec pas moins de deux pick-up alors qu'ils étaient venus à cheval.

Une piqûre de rappel de la nécessité de toujours garder l'arme au pied

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le chacal qui semblait avoir été repoussé dans ses derniers retranchements, est ressorti du bois de la plus répugnante des façons.

Cela, par l'une de ces attaques lâches et barbares contre de pauvres innocents sans armes, qui est en passe d'être sa marque déposée. Cela est loin d'être un acte de courage encore moins un mérite.

Car, il n'y a ni honneur ni dignité à frapper un adversaire dans le dos et à s'en prendre à des populations sans défense. Cela s'appelle la lâcheté et c'est ce que savent visiblement faire le mieux les islamistes insurgés. Mais il y a lieu de croire que ces croisés du XXIè siècle sont engagés dans un combat perdu d'avance.

Car, à part semer la mort, la désolation et la psychose au sein des populations, il est peu probable qu'ils arrivent à toucher véritablement le cœur de ces populations et les acquérir à leur cause qui relève plus de Belzébuth que d'Allah dont ils prétendent défendre le nom.

Cela dit, cette nouvelle attaque, à l'extrême Sud du pays, intervient au lendemain du lancement d'opérations d'envergure par l'armée nigérienne dans les zones frontalières de l'Ouest, dites zone des trois frontières (Burkina, Mali, Niger), notamment dans la région de Tillabéry, pour éviter toute sanctuarisation de jihadistes dans cette partie du territoire.

C'est dire toute la difficulté des Forces de défense et de sécurité nigériennes à faire face à un ennemi ondoyant, qui a le don de les prendre quelques fois à revers dans un contexte où le maillage efficace de la vaste étendue du territoire national, n'est pas loin d'être une gageure.

Toutefois, cela n'a pas empêché l'armée nigérienne qui n'est pas non plus épargnée par les attaques, de réussir peu ou prou à réduire la voilure des terroristes. Mais le combat est visiblement encore loin d'être gagné.

Et l'attaque meurtrière de ce jeudi est, toutes proportions gardées, une piqûre de rappel de la nécessité de toujours garder l'arme au pied.

Ce, face à un ennemi qui ne manque jamais de faire parler de lui à la moindre occasion, et qui semble même prendre un malin plaisir à faire un pied de nez à la communauté internationale, chaque fois qu'il est au cœur d'une rencontre internationale.

Cela dit, s'il est peu probable - et cela est valable pour tous les pays du Sahel confrontés à la pieuvre - que les terroristes puissent prendre durablement le contrôle total de pans entiers de territoires, il est un fait que ces attaques répétées contribuent fortement à semer la psychose au sein des populations.

Pire, au-delà de la menace de l'intégrité du territoire, ces attaques répétées contribuent fortement à mettre à mal des économies nationales déjà à la peine.

La collaboration des populations avec les Forces de défense et de sécurité est plus que jamais capitale

Dans le cas d'espèce, c'est un site de forage minier qui était visé, un site qui est donné pour être celui d'une structure qui appartient au plus grand groupe de forage et de sondage minier en Afrique de l'Ouest.

Si ce n'est pas une façon de décourager les investisseurs, cela y ressemble fort. Surtout dans un secteur aussi sensible que celui des mines, qui se présente comme l'un des poumons de l'économie de bien des pays du Sahel.

En tout état de cause, comme on le dit souvent, en matière de sécurité, le risque zéro n'existe pas. Surtout face à un ennemi sans visage, à la mobilité déconcertante, qui a la capacité de se fondre dans les populations et qui n'a pour seule stratégie que la lâcheté et l'effet de surprise.

C'est pourquoi, dans cette guerre d'usure qui ne dit pas son nom, la collaboration des populations avec les Forces de défense et de sécurité est plus que jamais capitale.

C'est le lieu aussi d'en appeler à une opérationnalisation rapide de la force du G5 Sahel dont l'apport, dans cette guerre asymétrique imposée par les forces du mal, ne pourrait qu'être un bol d'air pour des armées nationales déjà fort éprouvées.

Cela est d'autant plus nécessaire que dans le même temps, on assiste à une recrudescence des attaques terroristes au Mali, au moment où le phénomène continue de se métastaser au Burkina Faso. Il est donc temps de joindre l'acte à la parole. Et le plus tôt serait le mieux.

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