25 Novembre 2018

Mali: Mort réelle ou supposée de Amadou Koufa - Un cadavre dont il faut avoir davantage peur

Photo: Le Pays
Des jihadistes maliens

La nouvelle de la disparition du célèbre prédicateur peulh et figure emblématique du djihadisme du cru, Amadou Koufa pour ne pas le nommer, est tombée comme un couperet en fin de semaine dernière.

Si certains se sont vite félicités de l'élimination de l'homme par qui le chaos s'est installé dans le Centre du Mali, d'autres par contre, restent encore dubitatifs et pensent plutôt et jusqu'à preuve du contraire, qu'il ne s'agit ni plus ni moins que d'un canular, pour contenter et calmer une opinion publique malienne de plus en plus remontée contre l'incapacité du pouvoir en place à mettre fin à la dégradation continuelle de la situation sécuritaire dans tout le pays.

Quoi qu'il en soit, des sources indépendantes ont confirmé le ballet aérien des troupes françaises de l'opération Barkhane dans le Centre du Mali dans la soirée du 22 novembre, et de très fortes explosions ont même été entendues vers la frontière mauritanienne.

Ce sont donc ces frappes qui auraient eu raison du natif de Koufa, de son vrai nom Amadou Diallo, ainsi que d'une trentaine de ses lieutenants dont Boobala, le célèbre chef des opérations de la Katiba Macina du groupe Ansar Dine dont Amadou Koufa est (était ?) la figure tutélaire.

Blessé au cours du déluge de feu qui s'est abattu sur sa base, le prédicateur radical aurait été transporté par ses fidèles dans l'épaisse forêt du Wagadou qui s'étend jusqu'en Mauritanie voisine, où il aurait finalement rendu l'âme au petit matin du 23 novembre dernier.

Exit donc celui qui appelait, il y a seulement quelques semaines, les musulmans du Mali et des pays voisins à faire le djihad, et c'est sans doute le plus grand coup asséné à la branche locale de la nébuleuse Al Qaïda, après la liquidation ciblée en Libye du redoutable Mokhtar Belmokhtar en novembre 2016 par la même armée française.

Ce grand coup est à mettre à l'actif de la force Barkhane qui a mobilisé d'impressionnants moyens logistiques afin de ne laisser aucune chance à Amadou Koufa et à sa bande, mais il ne faudrait pas sous-estimer le rôle que l'armée malienne a joué dans l'opération, relativement au renseignement et à la localisation de la cible.

Rien ne dit que les fidèles de Amadou Koufa vont abandonner la lutte

Reste à savoir si la décapitation de cette Katiba va stopper l'inexorable descente aux enfers de toute la zone du delta intérieur du fleuve Niger, où des groupes armés sont nés par scissiparité depuis que les hélicoptères de Serval ont mis en déroute en janvier 2013 à Kona, la nuée de djihadistes qui menaçaient de fondre sur Bamako.

Pas si sûr, car, si Amadou Koufa était le porte-étendard de l'islamisme radical au Centre du Mali, il n'en reste pas moins vrai qu'il n'avait plus de prise sur tous les acteurs sur le terrain dont la plupart ne lui reconnaissait d'ailleurs aucune légitimité et ne lui faisait aucune allégeance.

Il faut dire que contrairement à son ami et alter-ego Iyad Ag Ghali qui est chouchouté par les siens, celui qui vient d'être supprimé par les Français avait suscité la colère de bon nombre de ses frères de la communauté peulh qui l'accusaient à tort ou à raison d'être la source de leur stigmatisation et de l'anathème injustement jeté sur eux par d'autres communautés.

Il s'était rendu encore plus impopulaire dans le Centre du Mali depuis qu'il a ordonné en 2014, la destruction à l'explosif du mausolée de Sékou Amadou à Hamadallaye, à une trentaine de kilomètres de Mopti, à quatre jours du pèlerinage qui y était effectué annuellement par plusieurs milliers d'adeptes pour saluer la mémoire de l'une des plus grandes références religieuses et politiques de la région.

En clair, la majorité des groupes armés qui combattent aujourd'hui dans la partie du Mali réputée être le fief de celui qui fut imposé comme Imam de la grande mosquée de Kona le 10 janvier 2013, avant d'en être délogé 3 jours seulement après avec l'opération Serval, n'ont aucun lien avec ce dernier et se fichent, pour ainsi dire de savoir s'il est mort ou vivant. Ils ne déposeront pas les armes tant que les problèmes liés à l'occupation des terres, à l'injustice et aux abus dont ils se disent victimes n'auront pas été réglés.

Quant aux fidèles de Amadou Koufa, rien ne dit qu'ils vont abandonner la lutte et renier les idéaux du salafisme. Ils pourraient être tentés bien au contraire d'intensifier les attaques contre les symboles de l'Etat, et contre les «apostats» y compris les Français, pour venger le martyr et démontrer que cette fois-ci au moins, le serpent n'est pas mort avec son venin.

Quand le fondateur de la secte islamiste Boko Haram, Mohamed Youssouf, a été littéralement canardé dans un commissariat de police au Nigeria en 2002, on a vu à quel point ceux qui ont repris le flambeau ont radicalisé le mouvement, allant jusqu'à semer la terreur dans tous les pays riverains du Lac Tchad.

Si on ajoute à ces menaces potentielles des héritiers putatifs du chef djihadiste celles que constituent déjà les groupes armés à base ethnique ou communautaire, on peut se demander s'il ne faut pas avoir davantage peur du cadavre de Amadou Koufa.

Pour autant, il ne faut pas totalement et définitivement désespérer de la situation qui prévaut actuellement sur les bords du Djoliba, car, par la grâce de certains courants favorables à la paix et à la réconciliation, les armes pourraient être déposées et des cérémonies religieuses et œcuméniques organisées partout sur le territoire pour conjurer le sort.

Il ne faut pas non plus oublier qu'avec les problèmes d'égo et les querelles de clocher qui pourraient apparaître lors de la redistribution des cartes au sein du mouvement, la chaîne de commandement pourrait se déglinguer et les choses partir vite en vrille, au grand bonheur de tous ceux qui rêvent d'un Mali et d'une sous-région ouest-africaine débarrassés des conflits religieux et ethniques à la fois absurdes et anachroniques.

Mais ces espoirs ne devraient pas dispenser la communauté internationale de continuer à tout mettre en œuvre pour identifier et tarir les sources de financement du djihadisme qui ne saurait se contenter seulement de budgets provenant des rapts et du nacro-trafic.

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