27 Novembre 2018

Afrique: La restitution des œuvres d'art permet aux Africains de se "réapproprier" leur mémoire

Dakar — La restitution des œuvres d'art à l'Afrique va permettre aux pays africains de "se réapproprier" leur mémoire à travers ces objets qui avaient des fonctions cultuelles, artistiques et religieuses, selon les universitaires français et sénégalais, Bénédicte Savoy et Felwine Sarr.

Le président français Emmanuel Macron avait annoncé le 28 novembre 2017 à Ouagadougou (Burkina Faso) la mise en œuvre dans un délai de cinq ans de restitutions temporaires du patrimoine africain se trouvant dans les musées français.

En mars dernier, l'historienne d'art, Bénédicte Savoy, membre du Collège de France et l'universitaire et écrivain sénégalais, Felwine Sarr de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis (nord), se sont vus confiés la mission d'étudier la restitution à des pays africains d'œuvres d'art se trouvant en France.

Les deux experts ont remis vendredi dernier au président Macron le rapport, lequel propose une évolution de la législation en vue de restituer aux Etats demandeurs des milliers d'œuvres d'art que les colons ont ramenés d'Afrique entre 1885 et 1960.

Ils ont suggéré notamment de modifier le code du patrimoine pour permettre la restitution d'objets africains dans le cadre "d'accords de coopération culturelle" entre "l'Etat français et un Etat africain".

Selon le rapport, "90.000 objets d'Afrique subsaharienne" se trouveraient dans les collections françaises.

"Il s'agit de replacer l'histoire et de permettre aux Africains de se réapproprier leur mémoire à travers ces objets qui avaient plusieurs fonctions cultuelles, artistiques, spirituelles", a expliqué à Rfi, l'universitaire sénégalais.

Felwine Sarr a souligné qu'ils ont fait un travail de typologie des différents gestes d'appropriation et pour lequel le consentement n'était pas acquis de ces objets dont ils recommandent la restitution aux Etats africains.

"Nous sommes désormais à une époque où cette modalité relationnelle n'est plus envisageable". a-t-il dit, assimilant cette restitution à "un bout de l'histoire retrouvée". Mieux, a-t-il ajouté, "c'est une mémoire amnésique que l'on réactualise et c'est important pour l'édification des sujets".

Loin d'ignorer les retombées économiques ou touristiques, l'universitaire sénégalais a estimé la question principale, "c'est la reconstitution du sujet à travers son histoire". D'après lui, "il y a une page historique qui s'ouvre", espérant qu'elle ne se refermera pas.

"Dans notre entreprise de reconstruire des présents et des futurs, le patrimoine joue absolument un rôle fondamental .C'est une pièce maîtresse dans ce projet de restitution des œuvres. C'est plus culturel qu'artistique", a avancé l'enseignant-chercheur à l'Université de Saint-Louis.

"Donc, c'est toute une nuance de pratiques, de gestes d'appropriation qui font considérer que lorsque ces objets ont quitté les territoires africains, le consentement des populations n'était pas complétement ou pas du tout donné", a de son côté rappelé l'universitaire française Savoy.

A propos des objets pillés, elle estime qu'"il y a une double logique de guerre et d'appropriation artistique dont ont profité nos musées européens". Elle a indiqué que les publics européens ne sont pas informés sur les conditions dans lesquelles ces objets sont arrivés dans leurs pays.

Pendant plusieurs décennies, on ne leur a pas expliqué d'où venaient ces trésors, a-t-elle déploré, soulignant qu'il y a "une méconnaissance totale", "une sorte d'amnésie coloniale" du côté européen.

Elle a toutefois soutenu que "personne ne peut dire que les musées européens sont des prisons pour ces objets. Ils ont servi dans les capitales européennes où ils étaient à des germinations culturelles. Des artistes comme Le Corbusier, le grand architecte ont dessiné les statuts de Béhanzin, etc.".

"Donc, une culture s'est faite à partir de cela dans les pays occidentaux. Il est important que dans les pays d'origine de ces objets, ce contact avec l'aspect créatif de la jeunesse d'aujourd'hui puisse avoir lieu pour permettre aussi la germination culturelle au contact avec les objets anciens", a suggéré l'universitaire française.

"Savoir ce que a été notre passé commun asymétrique parfois violent, nous permettra de mieux construire l'avenir de l'humanité. Il s'agit de reconnecter notre humanité, de cesser ces frontières autant avec ces objets qui retourneraient chez eux (en Afrique) porteurs d'une autre nouvelle", a-t-elle conclu.

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