29 Novembre 2018

Burkina Faso: Putsch manqué / Gilbert Diendéré - « Hervé Ouattara m'a demandé de faire un coup d'état »

Inculpé pour « attentat à la sûreté de l'Etat, meurtres sur 13 personnes, coups et blessures volontaires sur 42 personnes, incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline militaire, trahison », le Général Gilbert Diendéré est à la barre pour s'expliquer. Dans la journée du 28 novembre 2018, c'est au ministère public de s'entretenir avec l'accusé.

Troisième jour d'interrogatoire à la barre. Celui qui est considéré comme « le père spirituel du RSP » reste droit dans ses bottes : « Oui, j'ai assumé mais cela ne voulait pas dire que j'ai commandité ou exécuté une action ».

Une déclaration qui fait réagir le parquet en ces termes : « Donc, pour vous, assumer, c'est seulement la tête ? » Le général répond par l'affirmative.

Et le parquet de dire que si c'est le cas, le Général et lui ne comprennent pas le mot « assumer » de la même manière. Il poursuit en faisant cette remarque : « Vous assumez le pouvoir mais les actes posés, vous n'en êtes pas comptable.

Quand on assume, on le fait dans son entièreté. Et le pouvoir, et les actes que les hommes ont posé pour que vous arriviez au pouvoir ».

Du reste, le parquet trouve curieux que malgré le fait que le général n'ait pas une fonction officielle dans l'organigramme du RSP, des hommes viennent le voir, il les suit et instruit le commandement du RSP de sonner l'alerte. « Pourquoi cela ? »

Pour répondre à cette question, le Général montre que sachant qu'il n'avait pas de fonction officielle au RSP, des personnalités lui ont fait recours pour gérer certaines crises dans le RSP.

« Tout le monde savait que je n'avais pas de fonction officielle dans le RSP mais chacun m'appelle », lance le Général avant d'affirmer que si les officiers sont venus le chercher, c'est parce qu'ils savaient « que je pouvais apporter une solution à la crise qui venait de naître ».

Une réponse qui ne satisfait pas le parquet militaire qui pousse la réflexion : « Est-ce que ce n'est pas parce que vous étiez la clé de la solution qu'ils sont venus vous chercher ? »

Le Général rétorque : « Je n'étais pas la solution au problème, mais j'avais des propositions pour résoudre la crise ». « Alors, qu'avez-vous proposé pour résoudre la crise ? », revient à la charge le parquet.

Gilbert Diendéré fait comprendre qu'il ne leur a pas fait de propositions parce qu'il leur a fait savoir qu'il allait consulter la hiérarchie militaire avant de leur revenir. Question du parquet : « Mais en allant voir la hiérarchie, avez-vous associé les sous-officiers ? »

Le Général trouve que ce n'était pas nécessaire de les associer parce que « c'est une réunion entre chefs militaires ». Mais le parquet ne l'entend pas de cette oreille.

Toute chose qui l'amène à faire cette observation : « Vous n'avez rien proposé aux sous-officiers. Ils ne vous accompagnent pas. Vous les avez représentés et vous avez parlé en leur nom devant la CRAD (Commission de réflexion et d'appui à la décision). Mais avez-vous justifié ce qui s'est passé ? »

Le Général dit qu'il n'a pas justifié mais il a plutôt expliqué parce que l'acte n'est pas justifiable. Après la rencontre avec la hiérarchie, le Général dit avoir apporté aux hommes le message selon lequel la hiérarchie n'a pas fait d'opposition et qu'elle était d'accord.

Ce qui a fait que « ceux qui voulaient partir sont restés et ceux qui n'étaient pas d'accord sont aussi restés ». Selon les explications du général, la hiérarchie militaire est tout aussi fautive que ceux qui sont dans le box des accusés.

« Si la procédure avait été bien menée, je pense qu'elle avait sa place dans le box des accusés parce que certains de ceux qui y sont actuellement, n'ont pas fait le tiers de ce qu'elle a fait ».

Comme déchaîné, Gilbert Diendéré fait noter que pour qu'il y ait la vérité, chacun doit assumer ses responsabilités. « Si on n'a pas la vérité pour ceux qui sont au cimetière, à quoi sert-il de faire un procès ? »

« Ce sont les manifestants qui ont permis aux militaires de revenir en politique »

Relativement à l'entrée des militaires en politique, Gilbert Diendéré trouve que cela est récent parce que depuis 1991, l'armée s'est retirée de la politique. Quand il dit récent, il fait allusion à l'insurrection qui a conduit à la Transition.

Pendant qu'il parle, il lui revient en mémoire que pendant l'insurrection, au moment où les manifestants étaient en marche vers Kosyam et que Kiéré et lui sont venus à leur rencontre au niveau de la salle des Banquets, « Hervé Ouattara m'a demandé de faire un coup d'Etat.

Mais je lui ai dit que cela ne m'intéressait pas ». Et il affirme que ce sont les manifestants qui ont permis aux militaires de revenir en politique quand ils ont demandé au Général Nabéré Traoré de préciser sa déclaration et quand ils ont porté Zida en triomphe à la Place de la Nation.

Et il se met à donner des noms : « Me Kam, Sam's K le Jah, les responsables d'OSC. Ce sont eux qui ont pris l'argent du RSP pour appuyer Zida ».

« On nous a dit qu'il faut que les militaires restent loin des chapelles politiques mais on était dans la cathédrale, le temple avec 25 représentants au CNT », lance-t-il. Et le parquet de continuer : « A partir de quel moment peut-on parler de coup d'Etat ? »

« A vous de me le dire. Ce n'est pas à moi de vous le dire », répond le Général. Une réponse interrogatoire qui fait dire au parquet ceci : « L'ordre de la pyramide n'est pas inversé. C'est nous qui posons les questions ». Après cet incident, le parquet veut savoir les raisons qui ont poussé le Général à reculer.

« Je ne pensais pas qu'il y aurait de tels dégâts. Lorsque j'ai appris qu'il y avait tant de morts et de blessés, je n'ai pas hésité à reculer », confie le Général. Mais le Parquet estime que le général doit assumer les conséquences qui ont résulté des évènements parce que s'il a agi, c'est en tant que Président du CND.

Et s'il a agi en tant que président, c'est qu'il était le chef suprême des armées ; donc la hiérarchie militaire était sous son commandement. Ce que le parquet fait remarquer est que « quand ça arrange le Général, il dit qu'il a posé les actes en tant que président du CND.

Quand ça ne l'arrange pas, ce sont les autres qui doivent répondre de leurs actes ». Relativement à la responsabilité de la hiérarchie, le Général rétorque en ces termes : « Pourquoi les petits sont là et les autres ne sont pas là ? » Mais le parquet réplique : « Ce dont nous sommes sûrs, c'est que celui qui donne l'ordre et celui qui exécute sont responsables au même titre ».

Le Général répond : « Ceci est valable aussi bien pour les chefs militaires que pour ceux qui sont dans le box des accusés ».

Et pour ce qui est des conséquences survenues pendant la période, le Général trouve qu' « on a fait du spectacle avec les corps au lieu de faire ce qui aurait pu situer les responsabilités ». Même si le Général s'excuse pour le terme employé, il estime que de la façon dont cela s'est passé, on aurait pu faire quelque chose pour la vérité.

« Pensez-vous que l'étude balistique aurait pu permettre de faire ressortir qui a fait quoi ? », intervient le parquet. Réponse du général : « On aurait pu faire quelque chose ».

Le parquet revient pour mentionner que selon le médecin, les causes des morts, ce sont des balles de kalachnikov.

Mais le Général réplique : « Mais est-ce que le médecin a dit qu'il a extrait des balles dans des corps ? A-t-il donné la provenance des armes ? Le médecin a fait un constat. Faire un constat est différent de faire une étude balistique ou faire une autopsie ».

L'audition de l'accusé reprend le vendredi 30 novembre 2018.

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