30 Novembre 2018

Afrique: Fécondité : Une réponse africaine aux propos du président Macron

« Je ne veux pas d’enfant », chantait Youssou Ndour au début des années 1990, en wolof. Ce refrain avait fait jaser chez lui, où les familles nombreuses restent la règle plutôt que l’exception. Il a cependant encouragé un changement qui était déjà en cours : le taux de fécondité a en effet baissé au Sénégal, passant de 6,4 à 5 enfants par femme entre 1986 et 2014, tandis que les méthodes de contraception moderne ont progressé, passant de 3 % à 27 % des femmes les utilisant sur la même période. Aujourd’hui, le message reste crucial, dans une Afrique de l’Ouest dont les taux de fécondité sont un motif d’inquiétude pour les autorités comme les bailleurs de fonds.

Ce taux s’élève à un pic de 6 enfants par femme en moyenne au Niger. L'essor en cours de la jeunesse ne pose pas seulement problème parce qu’il alimente un flux continu de migrants en Afrique et vers d’autres continents. « Ce niveau est trop élevé si nous voulons capturer le dividende démographique », explique Mabingué Ngom, économiste sénégalais et directeur régional du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) pour l’Afrique de l’Ouest et centrale. Le dividende démographique, qui motive les espoirs « d'émergence » en Afrique, correspond au moment où la jeunesse des actifs et la diminution du nombre de personnes à charge tire la croissance économique.

« Faire passer les bons messages par les bons messagers »

Pour faire changer les mentalités, l'UNFPA a entrepris de prendre à bras le corps ce problème sociétal. Et de faire passer le message du contrôle et de l’espacement des naissances par le biais des personnalités les plus influentes des sociétés concernées : les chefs religieux et les « communicateurs traditionnels », dont les griots. Près d’une centaine d’entre eux ont fait le déplacement depuis le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Congo, le Gabon, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, pour une conférence régionale organisée du 25 au 27 novembre à Dakar sur « la communication et le dividende démographique ».

L'occasion pour certains de répondre à Emmanuel Macron, en montrant que l’Afrique ne considère pas sa fécondité comme une fatalité. « Le point de vue de l’Occident, aux accents parfois impérialistes, n’a pas de rapport avec le monde tel qu’il est, confie ainsi Amadou Cheiffou, ancien Premier ministre du Niger. Tous les continents sont passés par la transition démographique que connaît l’Afrique. Le mot clé, c’est l’éducation. Si les femmes sont éduquées, elles comprendront l’intérêt de réguler les naissances ». Makalé Traoré, présidente du réseau des femmes parlementaires et ministres en Guinée, estime qu’on « peut dire la même chose que le président Macron, mais autrement. Le problème est réel, mais tenons compte de notre culture et de nos réalités : le bon message doit atteindre les populations via les bons messagers ! »

Un nouveau réseau régional

Pour ce faire, un réseau des « communicateurs traditionnels » a été fondé le 27 novembre à Dakar, avec une remise de prix au Grand Théâtre de Dakar au griot sénégalais El Hadj Mansour Mbaye, président de l’Association des communicateurs traditionnels du Sénégal, pour son rôle important dans la société. L’objectif : échanger les expériences et les bonnes pratiques, telles que celles qui distinguent notamment la Guinée. La présidence du nouveau réseau a échu au Guinéen Ismaïl Pogba Gbanacé, responsable dans son pays du Réseau national des communicateurs traditionnels (Renacot). Son organisation mène un plaidoyer auprès des autorités et de la société civile, ainsi que deux projets contre l’excision, les mariages précoces et sur la santé maternelle. « Parce qu’ils perpétuent les traditions de génération en génération, les chefs religieux et traditionnels sont très écoutés dans nos sociétés, souligne Ismaïl Pogba Gbanacé. Leur rôle est prépondérant puisqu’ils dirigent les cérémonies et les médiations en cas de conflits entre époux ou parents ».

Revenant sur l’épidémie d’Ebola, il a expliqué que l’intervention de ces « éducateurs de proximité » a permis de surmonter les réticences initiales des communautés face aux projets étrangers et aux personnels soignants. Cependant, la tradition n’est pas figée, a-t-il rappelé, tout comme Abdou Latif Coulibaly, ancien journaliste et actuel ministre de la Culture du Sénégal. Ce dernier a exhorté à « dépasser le discours angélique sur le passé, comme si toutes les solutions avaient été trouvées dans l’Afrique traditionnelle du passé. Il faut s’ouvrir. Ce n’est pas parce que des méthodes sont modernes qu’elles ne sont pas valables ».

Des tendances encourageantes

Atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030 implique une rude bataille pour inverser les tendances, y compris en matière de lutte contre la violence basée sur le genre, mariages précoces et mutilations génitales féminines inclus. Les chiffres publiés en octobre par le UNFPA sur le recul de l'excision montrent que des changements importants sont en cours, et pas seulement en matière de fécondité. Partout en Afrique de l’Ouest, sauf au Mali et en Gambie, l'excision est en baisse. Au Nigeria, 35,8 % des femmes de 45 à 49 ont été excisées contre 15,3 % des 15-19 ans. Au Burkina Faso, 87,4 % des 45-49 ans ont subi cette pratique contre 42,4 % des 15-19 ans. Ce progrès s’explique par un effort national, qui a mis l’accent sur la prévention et la répression. Alors que certains pays d'Afrique ont déjà atteint un taux de fécondité moyen comparable à celui des pays d'Europe (2,2 enfants par femme en moyenne au Maghreb), faire baisser le nombre de personnes à charge devient un message de plus en plus audible en Afrique francophone, « qui accuse un retard par rapport à l’Afrique anglophone », souligne Mabingué Ngom.

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