Afrique: Non Mesdames, ce n'est pas normal!

20 Novembre 2018

Il est des sujets face auxquels il ne devrait pas avoir de neutralité. Et parmi eux, les violences basées sur le genre, sombrement abrégées VBG. Pour ceux qui l'auraient oublié ou qui ne le savent pas, à partir du 25 novembre débuteront les seize (16) jours d'activisme contre ces violences et plus précisément contre celles faites aux femmes.

En prélude à ces deux semaines durant lesquelles nous devrions tous faire preuve de militantisme zélé contre les brutalités subies par les femmes, une conférence a été organisée à Abidjan par le Ministère de la Femme, de la Famille et de l'Enfant en collaboration avec l'ONG Entraide et Développement pour «mieux comprendre les formes, les causes, les conséquences et ajuster les pistes d'intervention pour y faire face à l'aune des Objectifs du développement durable».

Les chiffres à retenir de cette conférence font mal : en Côte d'Ivoire, 29,5% des hommes et 52,8% des femmes trouvent qu'il est justifié de battre sa femme pour certaines raisons. La même enquête révèle qu'en dépit des lois réprimant l'excision, 36, 7% des femmes de 15 à 49 ans et 10, 9% des filles de 0 à 14 ans sont excisées.

Face au tableau peu reluisant de cette enquête menée en 2016, il ne peut y avoir de neutralité. Il y a deux camps : celui de celles et ceux qui considèrent qu'une victime est une victime et qu'il faut la considérer comme telle en percevant la menace, la peur, les difficultés auxquelles elle est confrontée; et celui de celles et ceux qui disent « ce n'est pas si grave». Ceux qui se taisent sont de ce côté.

Que presque 53% de femmes trouvent normal de recevoir des coups de leurs compagnons traduit bien la toxicité des clichés éculés de la « vraie femme africaine» qui doit regarder ses orteils pour écouter pieusement les tirades de l'homme-père-frère-époux.

Au point que les dominées reprennent les catégories des personnes qui les dévalorisent pour parler d'elles-mêmes tout en se référant aux temps immémoriaux où tout marchait bien parce que la femme était comme il faut.

Que presqu'un tiers des hommes soient favorables aux bastonnades de femmes prouve que l'activisme contre les violences subies par elles doivent être une campagne quotidienne pour que cessent les ordres de caserne sommant de se fondre dans un moule suspect qui ne cadre ni avec l'équité ni avec l'égalité des droits.

Que les hommes soient moins consentants face aux brutalités faites aux femmes, c'est toute l'absurdité de notre société. En même temps que le mouvement pour le respect, la dignité et le droit des femmes c'est-à-dire le féminisme, est perçue comme une sorte d'Ebola ou de maladie honteuse et contagieuse, en même temps on entend les sondés dire à peu près ceci : « on a rien contre les femmes mais leurs petits mots font mal, femme a bouche... »

En souhaitant que nous nous retrouvions tous, le 25 novembre, activistes acharnés contre les VBG, il urge, ici et maintenant que la traque de l'inconscient, des stéréotypes de la femme «plus douce», les inégalités de salaire et de poste se fassent au quotidien. Et tous les hommes intelligents y sont conviés !

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