4 Décembre 2018

Tunisie: Cause commune... et chacun pour soi

Deux, trois petites semaines de pause et on enchaîne, donc, ce samedi, avec les classiques «Journées théâtrales de Carthage».

«Classiques» est le mot, car il faut bien distinguer entre les «Journées» désormais. Entre les anciennes, les doyennes (JCC de 67 et JTC de 82) et les nouvelles, les récentes et toutes récentes, qui approchent de la dizaine maintenant.

«Classiques», surtout, pour bien marquer que les unes sont porteuses d'histoire, et que les autres s'entassent, pour l'heure, sans avoir, encore, rien montré ni prouvé.

L'histoire des «Journées théâtrales» est cossue : 20 éditions déjà, et 36 ans d'existence. Elle ne se confond pas, toutefois, avec l'histoire du théâtre tunisien. Les JCC ont pratiquement incarné le cinéma national, ses étapes, ses grands noms, ses œuvres, ses évolutions. Le théâtre remonte, lui, à bien loin en Tunisie, à la fin du dix-neuvième et aux débuts du vingtième. Et, spécificité, il garde une voie propre, il va, «seul», son chemin.

Nos plus grandes troupes, nos pièces les plus célèbres, nos acteurs les plus réputés datent des années 60 et 70. Bien avant la création des Jtc.

De même, le rendez-vous des JTC n'influa jamais vraiment sur les mouvements qui ont suivi : El Teatro de Tawfiq Jebali et Zeïneb Farhat, l'Organique de Ezzedine Gannoun, le Mad'Art de Raja Ben Ammar, l'ensemble de Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar issu de l'ex-Nouveau théâtre, pour ne citer que les plus en vue.

Pour tout dire, les JTC, malgré leur importance, malgré leur «ancienneté», laissent encore le sentiment qu'elles ne vont pas au-delà de l'événement. Au-delà de la semaine «officielle», au-delà de l'affiche,au-delà des soirées d'ouverture et de clôture, au-delà des lauréats, au-delà des prix. Rarement, très rarement, une pièce des JTC a pu poursuivre hors festival. Gagner un succès, un marché.

Les raisons ?

Elles varient avec le temps.

Lors des années 80, théâtre et JTC ont réellement pu faire cause commune. Les troupes régionales étaient impliquées, d'emblée, avec leurs répertoires, avec leurs acteurs vedettes, avec leurs chefs de file et avec leurs publics respectifs. Les premières sessions étaient conduites par Moncef Souissi, par Mohamed Driss et d'autres du même calibre : il y avait un contenu prêt ; il y avait festival et théâtre à la fois ; il y avait fusion.

Années 90-2000 : plus de cela. Le théâtre privé a pris les devants. Dans le même temps, et en conséquence, les JTC se sont tombées dans «l'escarcelle de l'establishment». Résultat : intellectuels et bureaucrates aux commandes, et le meilleur du théâtre (œuvres et protagonistes) de moins en moins présent.

«L'après-Révolution», enfin : le contraire de ce qui était escompté. De ce que l'on espérait. On tablait sur une «libération», sur «un progrès», un raz-de-marée de one man show et de télévisions a suivi. Théâtre et JTC devaient se contenter de peu. De «bribes». C'est-à-dire de continuer à «survivre» chacun pour soi.

Que sera l'édition 2018 ?

On annonce une participation arabe et africaine «de renom».Et des «pièces critiques». Du sophistiqué aussi. Et de «la qualité».Nos publics, hélas, n'aspirent plus à «si haut». Ils vaquent à leurs comiques et à leurs mélos. Loin le temps où théâtre et JTC pouvaient faire cause commune. Fusion.

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