5 Décembre 2018

Ile Maurice: Samaila Zubairu - «AFC étudie les projets susceptibles d'être financés à Maurice»

interview

L'AFC se positionne comme la deuxième institution financière multilatérale en Afrique. Son Chief Executive Officer (CEO), Samaila Zubairu, d'origine nigériane, était présent à l'Africa Investment Forum, tenu récemment à Johannesburg. Il explique que le manque d'investissements dans des infrastructures publiques comme les transports, les services d'eau et l'électricité risque de freiner à terme la croissance économique.

Votre institution compte à ce jour 18 États membres. Les derniers à s'y joindre sont le Kenya, la Zambie et le Bénin. Quand Maurice compte-t-il faire de même ?

Nous aurions souhaité avoir Maurice comme membre à part entière de l'AFC. Pour le moment, nous avons déjà signé un accord avec le pays. Nous discutons actuellement des projets susceptibles de bénéficier des investissements de l'AFC. D'ores et déjà, l'institution participe notamment dans les capitaux de certaines sociétés.

Qu'en est-il de la présence récente de l'AFC au premier Africa Investment Forum, à Johannesburg ?

Comme une institution financière multilatérale de premier ordre en Afrique (NdlR, l'agence Moody's Investors Service lui a décerné une notation A3/P2 - perspective stable), l'AFC ne pouvait être absent à ce forum qui a permis de mobiliser des milliards de dollars pour financer le développement des infrastructures dans le continent. Aujourd'hui, l'évolution positive récente de la croissance économique en Afrique est menacée par un certain nombre de facteurs potentiellement préjudiciables, notamment le manque d'infrastructures. Le peu d'investissements dans les services publics tels que les transports, les services d'eau et surtout l'électricité risquent de freiner à terme la croissance économique, qui affiche actuellement des taux impressionnants.

Le déficit annuel de financement dans le secteur des infrastructures en Afrique, qui se chiffre à environ 100 milliards de dollars américains, laisse entrevoir des conséquences potentiellement désastreuses pour la région au cours des prochaines décennies. Selon nos estimations, près de 40 % de ce déficit concerne le secteur de l'énergie.

D'où la démarche de votre institution de répondre présente pour combler partiellement ce déficit ?

Tout à fait. Cela, d'autant que plus de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne n'ont pas accès à l'électricité. Cette situation a de graves conséquences sur les soins de santé, l'éducation et le développement. Par ailleurs, le sous-investissement dans le secteur de l'électricité en Afrique fragilise les bases de la croissance industrielle, qui est appelée à jouer un rôle essentiel dans la transformation écono- mique de l'Afrique. Le manque d'infrastructures dissuade l'investissement étranger direct, retarde l'intégration régionale et réduit la compétitivité globale de l'Afrique subsaharienne.

En même temps, les sources traditionnelles de financement des projets, allant des allocations de fonds publics aux investissements privés des sociétés de capital-investissement et des investisseurs institutionnels, ne permettent pas, dans bien des cas, de couvrir intégralement les besoins en matière de développement d'infrastructures énergétiques. Et les pouvoirs publics ne sont pas non plus en mesure de combler les déficits de financement sans augmentation des investissements privés.

Sans compter qu'à ce problème s'ajoute la difficulté habituelle à attirer de nouveaux investisseurs vers les projets d'infrastructure énergétique en Afrique subsaharienne. L'AFC entend remédier à cette situation.

Comment comptez-vous y arriver ?

En catalysant les investissements du secteur privé dans les infrastructures à travers l'ensemble de l'Afrique. Notre politique d'investissement re- pose sur une connaissance appro- fondie du secteur ; mais se concentre aussi sur le conseil financier et tech- nique, la structuration et le développement des projets et le capital-risque afin de répondre aux besoins de développement des infrastructures en Afrique et de stimuler une croissance économique durable. L'AFC, dont le siège social est au Nigeria, a été créée en 2007 avec une base de fonds propres de USD 1 milliard. Elle inves- tit dans des infrastructures de haute qualité qui fournissent des services essentiels au niveau des principaux secteurs de l'énergie, des ressources naturelles, de l'industrie lourde, des transports et des télécommunications. À ce jour, la société a investi environ USD 4 milliards dans divers projets, au sein de 28 pays d'Afrique du Nord, de l'Est, de l'Ouest...

Qu'est-ce qui vous pousse à être plus optimiste aujourd'hui qu'hier quant aux transforma- tions économique et infrastructurelle de l'Afrique ?

Tout simplement parce qu'un nouvel état d'esprit anime les diri- geants africains mais aussi les entrepreneurs et financiers. Il y a un nouveau discours qui se tient actuellement dans le continent, loin des clichés classiques qui associent l'Afrique à la corruption, à la mauvaise gouvernance ou encore à l'instabilité politique.

L'Afrique a du potentiel dans tous les domaines. Savez-vous que six des dix pays ayant la plus forte croissance en 2018 sont africains; que le Kenya est le quatrième pays au monde et le premier en Afrique dont la population des ultra-riches affiche la croissance la plus rapide ; et que le continent recense une classe moyenne de plus de 350 millions de personnes ?

De plus, la nouvelle transition économique de l'Afrique sera assurée par les Africains eux-mêmes, qui ont sans conteste les moyens financiers et l'ex- pertise de le faire.

L'institution financière en deux mots

Brassant aujourd'hui un chiffre d'affaires de USD 4,2 milliards, l'AFC a financé des projets dans 28 pays africains pour un montant global de plus de USD 4 milliards. Elle est la deu- xième institution financière multilatérale en Afrique. L'agence Moody's Investors Service lui a décerné une notation A3/P2 (perspective stable). L'AFC a réussi à recueillir USD 750 millions en 2015 et USD 500 millions en 2017. Au cours de ses dix ans d'existence, l'institution a enregistré une progression impressionnante. Elle a vu son bénéfice net passer de USD 4,4 millions en 2008 à USD 100,3 millions en 2017 ; et distribué des dividendes totalisant USD 304,4 millions à ses actionnaires. Ses principaux actionnaires sont la Banque centrale du Nigeria et les groupes bancaires panafricains Ecobank et United Bank for Africa.

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