5 Décembre 2018

Sénégal: L'inégal accès à la terre, un frein à l'autonomisation des femmes

 L'inégal accès des hommes et des femmes au foncier persiste dans plusieurs localités du Sénégal, de même que la problématique du contrôle de la terre qui en résulte, malgré l'existence d'instruments législatifs dont le but est d'encourager la promotion d'une possession égale des ressources foncières.

A Kaffrine (centre), Ziguinchor (Sud) et dans la commune de Sangalkam, à Dakar, les femmes peinent à avoir le contrôle des terres sur lesquelles elles travaillent. Une situation qui freine leur autonomisation économique.

Or, des données de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) datant de 2018 révèlent que les femmes représentent près de 51% de la population sénégalaise.

Malgré tout, les femmes ne dirigent que 16,4% des exploitations agricoles, contre 83,6% contrôlées par les hommes, souligne le document de la Stratégie nationale pour l'équité et l'égalité de genre au Sénégal 2016-2026.

"Le niveau d'accès des femmes et des hommes à la terre est marqué par des disparités importantes. En effet, en moyenne, 13,8% des femmes seulement sont propriétaires de leur parcelle contre 86,2% pour les hommes", ajoute le même document.

Cette situation se vérifie dans la région de Kaffrine (centre) par exemple, où les femmes effectuent d'importantes activités de production de plants, le reboisement et la gestion des ressources forestières en général.

Les femmes du Ndoucoumane jouent certes un rôle central dans ces domaines, mais elles se trouvent défavorisées en comparaison des hommes, pour tout ce qui concerne l'accès au foncier et le contrôle des terres, d'autant qu'elles sont rarement impliquées dans les prises de décision.

Une situation contre laquelle se bat l'Association des femmes forestières de Kaffrine (AFFK), créée en 2004 et devenue depuis une référence nationale dans la gestion durable des ressources forestières.

Adjia Fily Traoré, sa présidente, rappelle que les femmes de son association font preuve d'un grand engagement notamment en plantant des arbres pour restaurer les zones forestières de la région de Kaffrine. Elle affirme que rien qu'en 2018, elles ont produit près de 552 640 plants dont 500000 de l'espèce Atrophia Cursas.

Selon Adjia Fily Traoré, la préservation des ressources forestière est aux mains des femmes, "d'où l'intérêt de faciliter leur accès à la terre".

"Notre seul et unique objectif c'est de défendre la nature. Les massifs forestiers qui restent à Kaffrine doivent être l'objet d'une protection assidue. Si on ne défend pas la forêt, on ne léguera aucun massif à nos enfants", alerte Mme Traoré.

"Les femmes forestières sont, nuit et jour, sur le terrain rien que pour la protection de la nature et pour le développement de Kaffrine", souligne pour sa part la secrétaire générale de l'association, Adjia Khadidiatou Diallo.

Fama Signane, membre de la même association, appelle surtout l'Etat à appuyer les femmes pour leur permettre d'accéder davantage à la terre et leur permettre de défendre encore plus la forêt.

Surtout que les mêmes problèmes se posent aux femmes ailleurs au Sénégal, comme dans la région de Ziguinchor, la région la plus pluvieuse du pays dont les forêts deviennent toutefois de moins en moins luxuriantes en raison de l'action de l'homme.

Au-delà de la gestion de forêts de plus en plus agressées, les femmes de cette région demandent un meilleur accès à la terre.

"Il faudrait que les terres qu'on nous octroie, nous reviennent avec nos noms, portent nos matricules. Les autorités promettent des terres, mais quand on est devant les faits, c'est tout une autre difficulté", souligne la présidente de la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance, Ndèye Marie Thiam.

"Quelque fois, on nous octroie des terres que nous mettons en valeur, mais on vient nous les réclamer parce que souvent elles appartiennent à notre belle-famille. C'est extrêmement grave par rapport à l'accès des femmes au foncier", a-t-elle déploré.

Des projets gouvernementaux font toutefois renaître l'espoir dans d'autres régions du Sénégal, comme à Sangalkam, une zone maraîchère du département de Rufisque, à 32 Km de Dakar, la capitale.

Dans cette commune, les femmes se sont constituées en une association appelée Femmes rurales action et solidarité (FRAS) pour faire valoir leur droit à la terre.

Guidées par leur présidente, Awa Guèye, elles refusent de se résigner et misent d'autant plus sur le projet du Domaine agricole communautaire (DAC), une initiative gouvernementale par laquelle les pouvoirs publics espèrent arriver à restaurer la vocation nourricière des Niayes au bénéfice des populations, pour corriger la tendance inégalitaire actuelle dont les femmes sont victimes.

"Avec l'arrivée du DAC, nous avons bon espoir. Nous avons déposé nos demandes pour avoir des terres et des équipements pour pouvoir faire de l'agriculture", a dit-t-elle dit non sans un brin d'espoir dans la voix.

Pour Mme Guèye, il n'est plus question que les femmes de sa localité soient exploitées en travaillant la terre pour d'autres.

"Nous voulons nos terres pour cultiver. Nous faisons des formations en leadership. Et au niveau du conseil municipal, on a des vice-présidentes, des présidentes de commissions. Nous sommes représentées partout pour défendre nos droits", assure-t-elle.

La présidente de FRAS plaide par ailleurs auprès des collectivités territoriales pour que les femmes puissent bénéficier davantage de prêts en vue de faciliter leur accès aux ressources naturelles. Ce qui serait à leurs yeux un acquis non négligeable à mettre sur le compte du leadership des femmes.

C'est dire que l'espoir existe et que le tableau n'est pas toujours totalement négatif.

A Popenguine par exemple, même si les femmes ne possèdent pas de terres, leur avis est pleinement pris en compte dans la gestion de la Réserve naturelle de la localité.

D'une superficie de 1009 hectares, la réserve a été créée en 1986 par le gouvernement sénégalais, à l'époque dans le but de restaurer et revaloriser la biodiversité dans cette aire et sa périphérie.

Depuis, un protocole de cogestion lie les femmes de la localité et des villages environnants au ministère de l'Environnement et du Développement durable.

Aux termes de ce protocole, la réserve est surveillée par un corps paramilitaire, mais les femmes sont impliquées dans toutes les prises de décisions.

"Nous avons anticipé depuis longtemps dans la lutte contre les changements climatiques. Depuis une trentaine d'années, toutes nos activités tournent autour de ce phénomène", dit Katy Ndione, membre fondatrice du Collectif.

"Cette année, nous avons planté 700 pieds d'arbre et 1000 rôniers. Nous travaillons avec nos enfants pour la durabilité de l'initiative", conclut-elle.

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