5 Décembre 2018

Burkina Faso: Extradition de François Compaoré - Il faut se garder de tout triomphalisme

analyse

Arrêté le 29 octobre 2017, à l'aéroport Roissy Charles De Gaulle, à Paris, François Compaoré, le frère cadet de l'ex-président Blaise Compaoré, sera extradé vers le Burkina Faso.

Ainsi en a décidé la Chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Paris, confirmant ainsi les réquisitions du parquet général qui s'était déjà déclaré favorable à la demande d'extradition de celui-là que la Justice burkinabè soupçonne d'être derrière l'autodafé de Sapouy, le 13 décembre 1998.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le président français, Emmanuel Macron, aura tenu promesse ; lui qui, dans son discours historique prononcé à Ouagadougou il y a un an, avait promis de tout mettre en œuvre pour répondre favorablement à la requête des autorités burkinabè sans pour autant remettre en cause l'indépendance de la Justice.

Mais qu'à cela ne tienne, il ne faudra surtout pas espérer voir débarquer François Compaoré, dans les jours ou semaines à venir, à Ouagadougou à bord d'un vol spécial affrété par les autorités burkinabè. Non ! La procédure est encore longue voire très longue, si fait que rien n'est gagné d'avance.

En effet, la défense dispose encore de plusieurs procédures judiciaires pour contester la décision de la Cour d'appel de Paris. Non seulement elle peut se pourvoir en cassation, mais aussi, pour être effective, l'extradition de François Compaoré devra faire l'objet d'un décret gouvernemental.

Conscient donc de ce qui l'attend au Burkina en cas d'extradition, François Compaoré, tel un naufragé, usera, à n'en point douter, de toutes les voies de recours légales qui s'offrent à lui dans l'espoir de trouver une planche de salut. En cela, il sera sans doute soutenu par son frère Blaise Compaoré qui, on le sait, pourrait exploiter le peu de réseaux qui lui restent encore.

Ce qui arrive à François devra servir de leçon à bien des dirigeants africains

D'ores et déjà, d'aucuns accusent à tort ou à raison le président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara (ADO), de faire souterrainement montre d'un activisme sans précédent pour tenter de tirer d'affaire celui-là que les Burkinabè appelaient, avec un brin d'ironie, « le petit président », tant il était au cœur de la gestion du pouvoir d’État.

C'est dire que d'ici là, beaucoup d'eau pourrait couler sous les ponts et que la Justice française, en cassation, pourrait renvoyer les autorités burkinabè à leurs chères études. Tout est encore possible. Car, François Compaoré, il faut avoir le courage de le dire, n'est pas n'importe qui.

Même n'étant plus au pouvoir, lui et son frère disposent encore de marges de manœuvres susceptibles de leur permettre de se tirer d'affaire si fait qu'il faut, pour l'instant, se garder de tout triomphalisme. N'est-ce pas d'ailleurs pour échapper aux fourches caudines de la Justice burkinabè qu'ils se sont fait naturaliser Ivoiriens avec la bénédiction du président ADO ?

Mais comme on aime à le dire, le mensonge a beau courir, la vérité finira par le rattraper. Car, François Compaoré qui est aujourd'hui au creux de la vague, n'avait jamais imaginé, au faîte de sa gloire, que le fantôme de Norbert Zongo hanterait autant son sommeil, vingt ans après.

Cela dit, ce qui lui arrive aujourd'hui devra servir de leçon à bien des dirigeants africains qui ne savent pas tenir éloignées leur fratrie et progéniture du cercle du pouvoir d'Etat. C'est le cas, par exemple, de l'ex-président Abdoulaye Wade qui, pour avoir mis son fils Karim au cœur de son système, a fini par le mettre dans le pétrin.

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