6 Décembre 2018

Tunisie: Les moyens du bord...

Franchement, non. C'est un budget faible et insuffisant pour subvenir aux besoins des acteurs sportifs. C'est même un budget insignifiant par rapport au budget de l'Etat pour 2019. Au total, la jeunesse et le sport «consomment» 1,58% des ressources de l'Etat, soit une pondération faible et qui prouve encore une fois que le sport n'est pas un secteur stratégique comme la sécurité ou la défense.

Pour 2019, la nouvelle ministre désignée et son staff devront composer avec les moyens du bord proprement dits. Et d'ailleurs, les débats à l'ARP n'ont pas tout dit sur les défaillances structurelles de ce ministère et des problèmes et des attentes des différents acteurs dans le sport tunisien.

Qui dit moyens du bord, dit donc des ressources limitées qui ne peuvent pas couvrir les besoins. Que faire alors? En attendant que le sport gagne en importance et en poids auprès de l'Etat, on peut parler d'optimisation de ces moyens du bord.

C'est-à-dire que le ministère, qui a déjà prévu toutes les rubriques de dépense en 2019, doit les respecter minutieusement, et doit penser à changer ces rubriques pour 2020.

Autrement dit, et vu la modicité des ressources à affecter, il faudra garantir que les dépenses en investissement, une rubrique d'un montant de 65 millions de dinars (vraiment trop peu!), soient complètement débloquées.

Il faudra éviter de laisser traîner des travaux d'entretien budgétisés en 2019. Quand on voit que plus de 85% du budget du ministère des Sports est affecté aux salaires (personnel du ministère et des commissariats ainsi qu'aux entraîneurs des fédérations sportives et aux joueurs de l'élite), on peut déjà être sûrs que pour 2019, la marge de manœuvre pour le développement sera très réduite. Pas de changement pour la politique à mener en 2019, avec 20 millions de dinars de moins que 2018.

Les salaires payés restent l'action et la rubrique dominante pour un ministère qui ne s'est pas réformé et qui continue de fonctionner avec les normes de budget et de fonctionnement classiques. Les chantiers urgents (les bombes à retardement) qui se présentent chaque fois pour le ministère des Sports?

Les enseignants d'éducation physique encore au chômage et dont le nombre s'accumule avec l'interdiction de recrutement, les doléances des fédérations sportives et leur élite ainsi que les clubs à court de revenus, l'infrastructure désuette et les salles et terrains mal entretenus ou en cours de construction, le fonds Promosport qui peut injecter plus de fonds pour l'Etat, la réalité amère des maisons des jeunes et des écoles et lycées qui peuvent fournir des sportifs de qualité... Les dossiers ne manquent pas, et en face un ministère qui devra tourner à 650 millions de dinars pour pouvoir gérer toutes ces attentes. Une mission impossible!

Réformes...

Etant donné les moyens du bord, il serait beaucoup plus sage de réformer le ministère des Sports et de revoir ses prérogatives dans le futur. Ceci pour décharger cette institution de quelques obligations afin d'optimiser le budget limité. Dans ce sens, le ministère des Sports devra s'intéresser plus à l'investissement en infrastractures et au finan

cement des projets en sport et probablement diminuer ses charges salariales (en fait, une bonne partie du personnel du ministère ne joue pas son rôle en raison de l'abondance) et aussi éviter de financer des clubs et même des fédérations qui ne respectent pas les règles de transparence.

Le ministère des Sports doit réformer les textes et les règlements en sport pour permettre de mobiliser des capitaux dans les associations, et pour encourager le secteur privé à investir dans le sport tunisien (un marché porteur et un potentiel énorme).

Décharger sa masse salariale grâce au programme de la sortie a permis d'économiser plus de 10 millions de dinars en 2018.

Et l'effort peut être poursuivi avec malheureusement des postes où il y a une pénurie (gestion de l'élite notamment), alors que d'autres postes regorgent de personnes qui ne font pratiquement rien! Les réformes internes doivent toucher les instituts de sport, une véritable calamité tellement cela manque de bonne gouvernance.

Et le département de la recherche et de la formation au sein du ministère des Sports doit procéder à un diagnostic de l'état de ces instituts qui coûtent cher au contribuable, mais qui restent ingouvernables et qui n'assurent pas la qualité attendue (avec un copinage et un clanisme d'enseignants et de responsables du ministère !).

Le ministère des Sports en 2019 ne va pas réaliser des miracles, il ne faut surtout pas rêver. Mais on peut aller vers les problèmes de fond et attaquer le casse-tête du financement des clubs et des fédérations sportives.

Entre des revenus qui baissent et des charges qui augmentent, et avec une élite qui coûte de plus en plus cher, le ministère des Sports ne peut changer cette réalité tant qu'il n'y a pas de réformes même douloureuses.

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