6 Décembre 2018

Burkina Faso: Procés du putsch manqué/Passe d'armes entre Gilbert Dienderé et Me Guy Hervé Kam

Le Général Gilbert Diendéré est toujours à la barre, pour le 7e jour consécutif, le 5 décembre 2018 à Ouaga 2000, pour répondre des faits qui lui sont reprochés dans le cadre des évènements du 16 septembre 2015 et jours suivants.

Il s'agit « des faits d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires, d'incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline et trahison ». L'accusé avait, quelques jours plus tôt, nié d'avoir planifié ou commandité ce qu'on lui reproche.

Une ligne de défense que les avocats de la partie civile ont tentée de récuser à l'audience du jour. Me Prosper Farama, Me Hawa Sawadogo et Me Néya sont passés les uns après les autres pour prouver la culpabilité de « Golf ». Mais ce sont les échanges entre le Général et Me Guy Hervé Kam qui ont été houleux.

Une passe d'armes entre le Général Gilbert Dienderé et Me Guy Hervé Kam, avocat de la partie civile ! C'est ce à quoi a ressemblé l'audience du 5 décembre dernier à la salle des Banquets de Ouaga 2000. En effet, après le passage de Me Prosper Farama, ce fut le tour de Me Guy Hervé Kam de prendre la parole.

Il a rappelé la déclaration du Général en date du 23 septembre 2015 devant les médias à l'issue de la mise en scelle du président Michel Kafando, président de la Transition. « Mon Général, êtes-vous toujours dans cette dynamique ?», a demandé Me Guy Hervé Kam. « Je l'ai déjà dit ici à la barre », a repris le Général.

«Je comprends pourquoi Blaise Compaoré a fui, en 2014, un vendredi en plein jour »

Après plusieurs questions, l'auxiliaire de justice se résout à demander à l'accusé s'il avait fait l'objet de violence lors de son interpellation.

« J'ai déjà répondu à cette question », a répondu le Général Diendéré. « Mon Général, pouvez-vous nous donner les causes qui ont conduit aux évènements du 16 septembre 2015 et jours suivants ? »

Il n'en fallait pas plus pour mettre le Général hors de lui. «Avec tout le respect que je vous dois, j'ai répondu aux questions de forme. Mais je suis gêné de répondre aux questions de fond. J'ai du mal à faire la différence entre l'avocat de la partie civile, Me Guy Hervé Kam, et monsieur Guy Hervé Kam, porte-parole du Mouvement Le Balai Citoyen.

Ce mouvement est en partie responsable de ce qui est arrivé en septembre 2015. J'ai suivi une émission à la Télévision nationale, au cours de laquelle vous disiez que vous avez fait deal entre vous et le Premier ministre Zida. Je ne savais pas de quel deal il s'agissait, mais avec les 50 millions de F CFA qui ont été donnés à certains éléments du RSP, j'ai compris.

Il a été dit ici à la barre que le Mouvement Balai citoyen a reçu de l'argent pendant cette période. Je confirme ici que Me Hervé Kam a pris de l'argent. La personne qui lui a remis les 100 millions de F CFA, viendra ici pour témoigner. Il dira où et quand il lui a remis cet argent.

Un autre élément du RSP m'a dit que Guy Hervé Kam l'a appelé un jour pour lui dire ceci : « Ecoutes, nous allons encore vous insulter, mais sache que nous cherchons à manger. Quand on fait tout cela parce qu'on cherche à manger, on a du mal à répondre à vos questions.

Avec votre respect, celui du parquet, du tribunal, nous avons répondu aux questions de forme. Pour les questions de fond, je ne souhaite pas répondre », a fait remarquer le Général Diendéré. Comme il fallait s'y attendre, la réaction de Me Guy Hervé Kam ne s'est pas faite attendre : «Je comprends pourquoi Blaise Compaoré a fui, en 2014, un vendredi en plein jour.

Lorsqu'un officier, présenté comme l'officier le plus renseigné de la sous-région donne des informations qui ne sont pas exactes, cela inquiète plus d'un ».Pour lui, c'est la raison pour laquelle l'ancien président Blaise Compaoré a dormi sur de faux renseignements et les choses l'ont surpris en octobre 2014.

Et d'ajouter : « Le 30 octobre 2014, j'étais devant l'Assemblée nationale lorsque les éléments du RSP tiraient sur la foule. Je fais mes déclarations aux impôts. Si vous regardez, vous comprendrez que pendant cette période, j'étais loin des montants que vous donnez ici.

Je ne pouvais donc pas prendre des risques pour de telles sommes», a répondu Me Hervé Kam, avant d'inviter le Général à poser plainte. D'ailleurs, le fait d'avoir connaissance d'une infraction et de ne pas la dénoncer, est une infraction.

Après cet incident, le Général n'a plus répondu aux questions du Me Guy Hervé Kam. D'ailleurs, il a passé plus d'une heure à poser des questions sans pour autant avoir la moindre réponse de l'accusé.

Notons que d'autres avocats de la partie civile ont également essayé de trouver des éléments à charge contre le Général Dienderé. Il s'agit de Me Prosper Farama, Me Ali Neya et Me Awa Sawadogo.

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