6 Décembre 2018

Congo-Kinshasa: Procès Sheka - Un signal important mais des défis énormes

Rarement, les crimes de guerre dans l'Est de la RDC sont aussi bien documentés. Pourtant le chef rebelle Ntabo Ntaberi Sheka reste influent. Cela met la justice à l'épreuve en ce qui concerne la protection des témoins.

Ntabo Ntaberi Sheka n'est pas le premier chef rebelle en République démocratique du Congo à qui un procès est intenté, certes. Mais les crimes reprochés au Nduma Defense of Congo (NDC), le groupe dont Sheka était le commandant, sont effrayants.

Le bureau des droits de l'homme de l'ONU en RDC a documenté près de 400 cas de viols en 2010 lors de l'attaque contre 13 villages dans la région de Walikalé. Attaque perpétrée ensemble avec des rebelles rwandais des FDLR.

Un signal aux criminels

Le porte-parole du tribunal militaire Guillaume Ndjike est convaincu que ce procès va dissuader les autres criminels encore en liberté. Le procès qui a repris ce jeudi (06.12.18) à Goma est pour lui, "un message très fort pour tous ceux qui croient qu'en restant dans la forêt, ils vont mettre à mal la sécurité de notre peuple, la quiétude de nos populations. Qu'ils sachent qu'à partir de ce procès, ils risquent aussi de se retrouver dans le même cas que Sheka demain ou après-demain."

Mais il en faut plus pour rassurer les populations ayant subi les atrocités de Sheka et de son groupe. Car si le chef rebelle est aujourd'hui devant la justice, le groupe s'est réorganisé sous les commandes d'un certain Shimiray Mwissa Guidon.

Aristote Mbula de la société civile congolaise se fait pas d'illusion. "Le tribunal ne suffira pas à lui seul pour éliminer les groupes armés dans le territoire de Walikalé, dans le Masisi et dans le territoire de Beni", soulignait-il le 27 novembre alors que l'ouverture du procès était reporté, l'accusé demandant du temps pour constituer son équipe de défense.

"Il ne s'agit là que d'une seule personne", déplore l'activiste qui reconnaît cependant que le procès pourrait avoir une petite influence sur la situation de l'insécurité du fait des groupes armés.

Insécurité permanente

Récemment, des chercheurs ont indiqué avoir identifié plus de 120 groupes armés qui opèrent dans toute la région du Kivu. Face à eux, l'armée congolaise est souvent stigmatisée pour son impuissance.

L'insécurité persistante représente d'ailleurs un défi pour la suite du procès. Certains témoins refusent de coopérer, redoutant des représailles des proches de Sheka qui est encore influent dans la région. D'après l'organisation Human Rights Watch, plusieurs activistes qui aident à rassembler les témoignages ont dû s'enfuir après avoir reçu des menaces.

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