7 Décembre 2018

Congo-Kinshasa: Que peut retenir Martin Fayulu de la posture de Macky Sall en 2012 ?

analyse

La position radicale du candidat de la coalition « Lamuka » sur la machine à voter rappelle à peu près, celle de l'opposition sénégalaise en 2012 contre la candidature du président Abdoulaye Wade. Les opposants étaient tombés d'accord de ne pas battre campagne. Mais en homme réaliste, Macky Sall a refusé le « jusqu'au boutitste » et s'est lancé en campagne pour finalement triompher à la proclamation des résultats.

En 2012 au Sénégal, le pays avait connu une tension pré-électorale hors norme. Ce déchainement de manifestations et de violences étaient causé par la volonté du président sortant Abdoulaye Wade, de se présenter pour un 3ème mandat. Vent debout, l'opposition et la société civile s'étaient liguées contre ce qui était qualifié par certains d'« une forfaiture validée par le Conseil constitutionnel ».

Pour protester contre la présence de Wade à cette élection, les autres candidats à la présidentielle avaient convenu de ne pas battre campagne. Mais après quelques jours, sans battre campagne, le candidat Macky Sall s'est désengagé de cet accord et est allé mener sa campagne en « solo ». L'ancien Premier ministre Idrissa Seck respectera jusqu'au bout son engagement en ne battant pas campagne.

Moustapha Niass, l'actuel président de l'Assemblé nationale qui avait une forte coalition autour de lui et faisait office de principal challenger de Wade, n'a pas non plus beaucoup battu campagne. Tout comme Ousmane Tanor Dieng du Parti socialiste.

Quelle leçon pour Martin Fayulu ?

Au soir de la proclamation des résultats, c'est Macky Sall qui, à la surprise de certains, s'est qualifié pour le second tour.

Que peut retenir Martin Fayulu et la coalition « Lumaku » de cet exemple sénégalais, qui a priori, n'a rien à voir avec la situation qui prévaut au Congo ? C'est que le « jusqu'auboutiste » est louable, mais il faut parfois faire preuve du réalisme et prendre une décision sage et salutaire pour soi-même et pour ceux qui croient en vous.

Parce que pour le cas du Sénégal, si Macky Sall ne s'était pas, après analyse de la situation, désolidarisé des autres leaders pour aller battre campagne, peut être que Wade allait gagner l'élection dès le premier tour.

Donc, Martin Fayulu doit revoir sa copie. Son intransigeance sur le retrait de la machine à voter relève de la cécité politique. Parce qu'en l'état actuel, il est peu probable que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) fasse rétropédalage à quelques deux semaines du scrutin. « Il est impossible d'organiser les élections sans la machine à voter », tonne et signe la centrale électorale. De l'avis de certains observateurs, vouloir saboter le vote le jour du scrutin consisterait à jouer la carte du pouvoir. Cela, sans compter d'éventuels débordements et violences dont on ne sait jamais comment ça va finir.

Que « MAFA » tienne un discours clair à ses militants et sympathisants qui doivent se cogner la tête en ce moment parce que, ne sachant pas quoi faire. L'heure n'est plus à la tergiversation. Il faut qu'il indique sa pensée sur le boycott ou non de la présidentielle. Dans l'un et l'autre cas, il risque de se discréditer.

correspondant à Paris

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