6 Décembre 2018

Burkina Faso: Acquittement de Diane Rwigara et sa mère - L'opération de charme continue

Photo: Cyril Ndegeya/The East African
L'activiste rwandaise Diane Rwigara
analyse

Poursuivies pour « incitation à l'insurrection », « faux et usage de faux », « incitation à la violence » et « promotion du sectarisme », l'opposante rwandaise, Diane Rwigara et sa mère Adeline ont été finalement acquittées, hier, 6 décembre dernier par la Haute Cour de Kigali.

Les juges ont décidé de ne pas suivre le parquet qui, on se rappelle, avait requis, le 7 novembre dernier, la peine maximale contre les deux dames, soit 22 ans de prison ferme. C'est donc l'épilogue d'un feuilleton judiciaire qui aura duré plus d'un an. Le fait est assez rare pour être souligné, surtout quand on sait que les choses se déroulent dans un pays comme le Rwanda où la Justice est pour le moins soumise aux ordres du prince régnant, Paul Kagame, pour ne pas le nommer.

Dans ce petit pays de l'Afrique orientale à l'histoire socio-politique très mouvementée, il ne fait pas bon être opposant, tant le maître des lieux ne supporte pas la moindre contradiction. Pour rappel, le calvaire de Diane Rwigara a commencé avec l'annonce de sa candidature en tant qu'indépendante, à la présidentielle du mois d'août 2017. La suite, on la connaît.

Après une perquisition de police à leur domicile, Diane et sa mère Adeline sont placées en détention provisoire avant de bénéficier plus tard d'une liberté provisoire qui, finalement, a débouché sur un acquittement. Etonnantissime ! Peut-on s'écrier. Le Rwanda, connu pour être un pays prédateur des droits humains a-t-il subitement opéré sa mue ?

Tout se passe comme si Kagame a décidé de renvoyer l'ascenseur à la Communauté internationale

C'est la question que plus d'un observateur est en droit de se poser dès l'annonce du verdict de la Haute Cour de Kigali. Car peu avant, c'est l'opposante Victoire Ingabire qui, après huit ans derrière les barreaux, bénéficiait d'une grâce présidentielle ainsi que 2140 autres détenus dont le célèbre chanteur Kizito Mihigo condamné à dix ans de prison ferme pour conspiration en vue d'assassiner le chef de l'Etat.

Tout se passe, en effet, comme si après son avènement à la tête de l'Union africaine (UA) et l'accession de sa filleule Louise Mushikiwabo à la présidence de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le président Kagame a décidé de renvoyer l'ascenseur à la Communauté internationale qui, naguère, n'avait de cesse de le clouer au pilori ; d'où cette opération de charme qui ne dit pas son nom.

En tout cas, c'est tant mieux si l'homme mince de Kigali a compris que les temps ont changé et que pour paraphraser quelqu'un, on ne peut pas éternellement embastiller tout un peuple. C'est tout à son honneur. Mais en plus d'élargir les espaces publics, il est temps qu'il songe, au terme de son septennat en cours, à faire valoir ses droits à la retraite pour quitter les choses avant que les choses ne le quittent.

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