Ile Maurice: Compensation salariale - Les PME vont-elles vers la catastrophe ?

7 Décembre 2018

«Le gouvernement devra décaisser Rs 540 millions supplémentaires. Le secteur privé, Rs 1 845 000 000. Au total, l'économie devra trouver Rs 2 385 000 000. Quelque 104 000 employés du secteur public sont concernés et 358 000 du secteur privé.» Le compte est fait: le Premier ministre a ainsi annoncé, hier, que la compensation salariale payable dès janvier 2019 sera de Rs 400. Cela, après plus de cinq heures de négociations «franches» entre patronat et syndicats.

Mais, au final, pour les syndicats, il s'agit d'une «souscompensation». Tandis que les entreprises entrevoient une baisse de la compétitivité surtout à cause de cette hausse du coût de la maind'oeuvre qui était, selon eux, déjà très élevé.

Bruno Dubarry, président de l'Association of Mauritian Manufacturers (AMM), explique que le poids de la masse salariale sur le coût total des entreprises manufacturières est d'environ 60 % en moyenne, en fonction de leur taille. Au niveau du textile-habillement, les salaires peuvent représenter 50 % des coûts, relève de son côté Beas Cheekhooree, président de la Mauritius Export Association (MEXA). «Les exportations ont subi une forte contraction depuis ces trois dernières années. Ce n'est que cette année que nous sommes parvenus à une croissance de 2 % mais le secteur demeure fragile», explique-t-il.

Cette baisse, souligne Beas Cheekhooree, est largement imputable aux perturbations économiques sur nos principaux marchés, soit le Brexit au Royaume-Uni et une conjoncture économique difficile sur le marché européen. Il évoque également la récente introduction du salaire minimum «qui n'offre pas de hausse de productivité en retour. Or, il y aurait dû y avoir cette contrepartie. La productivité est d'ailleurs en baisse depuis plusieurs années».

Bruno Dubarry met, de son côté, en avant le fait que les entreprises ne sont pas sur le même pied d'égalité en matière de capacité de paiement. Ce qui lui fait dire que l'exercice tripartite tel qu'il se déroule chaque année n'en tient pas compte. «Il y a un vrai risque de licenciement, surtout pour les petites et moyennes entreprises», prévient-il. «Cela fait des années que nous demandons que le mécanisme de tripartite soit revu afin que celui-ci privilégie une augmentation salariale sur une base sectorielle car tous les secteurs ne sont pas égaux face à la capacité d'augmenter des salaires», enchaîne Amar Deepalsing, de la Fédération des petites et moyennes entreprises.

Kreepaloo Sunghoon, secrétaire de l'Association des petits planteurs, dit, lui, craindre que la compensation salariale ne vienne davantage mettre à mal le secteur agricole, y compris le sucre. «En général, les planteurs prennent des travailleurs saisonniers avec des 'contracteurs' au moment des récoltes. Avec l'ajout de la compensation salariale, nous craignons que les frais n'augmentent», anticipe-t-il. Car ce secteur ainsi que le manufacturier peinent à garder la tête hors de l'eau. Alors que les services financiers, par exemple, paient déjà des rémunérations qui dépassent le salaire minimum.

Negative Income Tax jusqu'en 2019

La Negative Income Tax et l'allocation de Rs 500 seront applicables pour encore une année, a indiqué le Premier ministre hier. 70 000 personnes sont concernées par celles-ci. «Elles devaient cesser en décembre 2018, mais nous avons décidé de les prolonger jusqu'en 2019. Car il y aura une évaluation qui sera faite par rapport au salaire minimum», a soutenu Pravind Jugnauth. Il a ajouté que le budget pour la protection sociale est passé à Rs 35,2 milliards en 2018 contre Rs 22 milliards en 2014.

De Rs 150 en 2014 à Rs 400 en 2019

Durant son mandat, le gouvernement avait déjà fait des vagues en ce qui concerne la compensation. En décembre 2014, Vishnu Lutchmeenaraidoo avait proposé une compensation de Rs 600. En 2015, le montant a été de Rs 150. Avant de passer à Rs 200 en 2017 pour ceux qui touchent jusqu'à Rs 15 000 et de Rs 125 pour ceux qui empochent jusqu'à Rs 50 000 seulement. L'année 2018 a pour sa part été marquée par le paiement d'une compensation salariale de Rs 360 couplée à l'introduction du salaire minimum.

La pension de vieillesse passe de Rs 5 810 À Rs 6 210

Ceux qui se retrouvent dans la Voluntary Retirement Pension (VRP), en l'occurrence les personnes âgées, handicapées, veuves et orphelins, profiteront également des Rs 400. «En 2014, la VRP était de Rs 3 623. Nous avons promis que cela allait changer. Elle est ainsi passée de Rs 5 000 à Rs 5 810. L'année prochaine, elle sera de Rs 6 210», a expliqué Pravind Jugnauth.

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