8 Décembre 2018

Afrique: Décryptage - « Mille milliards de milliards »

En 1993, il y a donc vingt-cinq ans, paraissait en France un livre - Mille milliards de milliards, ou la fortune collective des Français - écrit par Jacqueline Beytout et Jean-Paul Pigasse qui analysait sur près de quatre cents pages le capital collectif accumulé par la France au fil des siècles : domaine foncier, capital immobilier, patrimoine artistique et culturel, capital financier, actifs industriels.

En voici la conclusion qui explique la crise que vit aujourd'hui le pays.

« En laissant croître la fortune collective de la France au détriment de la richesse individuelle des Français, les gouvernements successifs de la IIIe, de la IVe et de la Ve République ont commis la plus lourde des erreurs. Sans se soucier des effets à long terme de leurs politiques ils ont, en effet, provoqué une enflure de l'Etat et des collectivités publiques contre lesquelles personne ne peut lutter.

Trop riches et trop puissantes les institutions de toute nature qui gèrent l'argent public ont échappé à l'emprise du pouvoir public. Elles se comportent aujourd'hui comme ces grands féodaux du Moyen-Age qui ne rendaient hommage à leur suzerain que pour mieux ignorer ses décisions et agir à leur guise.

Aujourd'hui, quelle que soit sa volonté de réforme, l'exécutif ne peut lutter contre les décisions et les choix quotidiens de l'appareil public. Certes, les ministres et les parlementaires ont conservé le pouvoir de paraître, mais la conduite des affaires ne dépend plus ni des uns ni des autres.

Sans verser dans l'excès il faut bien admettre que s'est créée en France une sorte de nomenklatura omniprésente, ultra-puissante, qui affecte d'obéir aux injonctions du pouvoir politique, national et local mais qui, en réalité, ne fait que ce qu'elle décide. Et l'on voit à certains signes - la percée des grands corps de l'Etat dans la classe politique notamment - que l'on n'est plus très loin du stade ultime où l'administration sera à la fois juge et partie, nommée et élue, autoproclamée en quelque sorte.

Paradoxalement donc, c'est au moment précis où les systèmes collectivistes s'effondrent à l'Est que la France apparaît la plus vulnérable à la même confusion des genres entre l'Etat et la nation. Avec ce résultat identique que le pays s'appauvrit tandis que l'Etat et les collectivités publiques s'enrichissent.

Englués tout à tour dans un socialisme aveugle qui n'imaginait de sortir de l'impasse qu'en étatisant l'économie, puis dans un ultra-libéralisme qui ne voyait le salut de la nation que dans la privatisation des entreprises publiques et le dépérissement de l'Etat, les responsables politiques n'ont pas cessé depuis dix ans de se tromper. Partant de positions diamétralement opposées et aussi radicalement fausses les unes que les autres, ils ont mené des politiques économiques et sociales qui ont aggravé les problèmes au lieu de les résoudre. Ils ont ainsi conduit la France au bord de l'implosion.

Si dans un délai très bref des mesures ne sont pas prises pour rendre la France aux Français, il se produira l'un de ces retours de flamme dont le pays a le secret.

Les évènements de 1789, 1848, 1871, 1936, 1945, 1958, 1968 sont suffisamment proches dans le temps pour que nous ne nous fassions aucune illusion sur ce qui nous attend si la puissance publique, qu'elle soit nationale ou locale, continue de dépouiller les citoyens de leurs biens et de leurs revenus. »

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