9 Décembre 2018

Togo: Législatives togolaises - Ça commence mal

Photo: Télégramme 228
Manifestation au Togo
analyse

C'est un week-end tendu et endeuillé qu'ont vécu les Togolais, particulièrement les populations de Lomé, ce 8 décembre. Les manifestations interdites de l'opposition ont été réprimées dans le sang avec à la clef deux morts dont un garçonnet de 8 ans. S'il en est ainsi du premier jour de la campagne de boycott de ces élections législatives, lancée par l'opposition, l'inquiétude est grande que les choses aillent de mal en pis, et concernant la tenue de ce scrutin, prévue pour le 20 décembre prochain, et concernant la paix sociale dans le pays en général.

En effet, ce week-end chaud, les militants de l'opposition étaient déterminés à exprimer leur rejet de ce qu'ils appellent un simulacre d'élection. A l'opposé on a noté un grand déploiement des Forces de défense et de sécurité (FDS), qui ont dispersé sans ménagement les croquants, faisant usage de matraques, de gaz lacrymogènes et de véhicules de jet d'eau. Il est clair que, pour les policiers, gendarmes et militaires togolais, la frontière entre maintien et restauration de l'ordre est tenue sinon inexistante au point que les dérapages qui ont causé les deux victimes sont vite survenus.

A supposé que le pouvoir ait raison de rejeter ces meurtres sur des individus non identifiés, circulant à bord d'un véhicule non immatriculé, la responsabilité des FDS reste engagée, car leur intervention, au lieu de restaurer l'ordre, a plutôt créé le désordre, propice à l'infiltration des manifestants par les auteurs présumés des coups de feu mortels. Mais l'opposition aurait tort de se dédouaner à bon compte, car, en bravant l'interdiction de manifester, elle a exposé des vies innocentes sans aucune garantie de pouvoir éviter les possibles dérapages.

Voilà donc opposition et pouvoir togolais tous responsables de la perte de ces vies arrachées à la fleur de l'âge du fait de leur incapacité à trouver le plus petit dénominateur commun à même de résorber cette crise qui n'a que trop duré. Et la mare de sang qui les sépare depuis ce 19 août 2017 à l'occasion de cette manifestation à laquelle à appelée Tikpi Atchadam s'agrandit, creusant davantage le fossé de la fracture nationale.

La CEDEAO y perd son latin, et ces législatives contestées sont véritablement de l'huile sur le feu de la crise. On n'a pas besoin d'avoir une boule de cristal pour prédire qu'elles n'apporteront aucune solution à la crise de confiance entre pouvoir et opposition, chaque camp s'arc-boutant à ses positions de principe, ce qui débouche sur un manque de compromis, préjudiciable aux reformes politiques et institutionnelles.

De fait, cette absence de compromis sur les réformes politiques et institutionnelles, notamment la rétroactivité ou non de la limitation à deux des mandats présidentiels et la recomposition de la CENI, est le nœud gordien de cette crise inextricable. Ces législatives contestées en ajoute à sa complexité et annonce une impasse avec de grands risques d'instabilité pour le pays. Les échauffourées de samedi dernier ne seraient qu'un signe avant-coureur des affrontements entre forces de l'ordre et manifestants, voire entre militants de l'opposition et partisans du pouvoir le jour du scrutin.

Dans un tel Capharnaüm, quelle crédibilité, quelle légitimité accordée aux résultats d'un tel scrutin ? En vérité, rejeté par l'opposition et toutes les communautés religieuses du pays, il est l'expression d'une fuite en avant d'un pouvoir qui ne sait plus à quelle diplomatie se vouer pour trouver le plus petit dénominateur commun avec une opposition qui veut l'alternance ici et maintenant. On croise alors les doigts pour que, le 20 décembre, jour du scrutin, le Togo ne bascule pas dans le chaos. En attendant, le moins qu'on puisse dire, c'est que cela s'annonce mal.

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