Cameroun: Groupement Bangou - Restitution de la mémoire de Paul-Bernard Kemayou

9 Décembre 2018

Parti en exil, le Roi Bangou (région de l'Ouest ) dont le règne s'étend de 1948 à 1959, est une figure légendaire de la lutte d'indépendance du Cameroun.

Sa Majesté Paul-Bernard Kemayou dit l'Africain, illustre membre de l'Union des populations du Cameroun (Upc ), meurt empoisonné dans son exil de Guinée Conakry, le 17 octobre 1985.

Paul -Bernard Kemayou est le 12e roi, à la mort de Sinkep Charles son père. Le vaillant combattant monte au trône à l'âge de 21 ans. L'histoire veut que le nouveau roi, est le tout premier monarque Bamileké à acquérir une automobile. Prestige qui fera de lui, un auxiliaire de l'administration coloniale française dont il hérite de la fonction du ravitaillement des troupes basées à Bangou.

Seulement, la nouvelle charge inspire Paul-Bernard Kemayou, lequel intégre alors la résistance des troupes nationalistes camerounaises dont il devient l'un des stratèges. Prenant de la l'envergure et gagnant en notoriété, le 12e roi Bangou devient une des figures de proue de la lutte armée menée par l'Upc contre le colon français. L'aventure tourne malheureusement court pour le roi qui se verra demis de ses fonctions par l'administration coloniale française, le 21 avril 1967.

Le souverain Bangou est condamné à mort par contumace, puis remplacé par Christophe Djomo dont la difficile mission sera d'imposer obéissance et soumission totale à l'administration coloniale française; le charisme de Paul-Bernard Kemayou ayant entraîné la désertion de plusieurs soldats des troupes. Christophe Djomo meurt à son tour, et est remplacé en 1979, par un certain Marcel Kezembou. Devenu 14ème roi Bangou, Marcel Kezembou dont la généalogie et la légitimité au trône Bangou restent troubles, est mort en novembre 2018, après un règne de 39 ans.

Aura continentale

Marcel Kezembou dont le long règne fera forcément obligés, aura cependant du mal à remplacer Paul-Bernard Kemayou dont le charisme était sans commune mesure auprès de ses sujets.

Persécuté durant son règne, Paul Bernard Kemayou trouve refuge dans la partie anglophone du Cameroun. Ses hauts faits pour la lutte de libération du pays, le voit arriver dans la ville de Kumba en 1961.

En effet, des sources historiques révèlent que le haut commissaire de France au Cameroun, dépêche un mercenaire nommé Quezel Collomb, pour venir combattre Paul Bernard Kemayou. Quezel Collomb est chef du bureau de classe exceptionnelle des Services civils de l'ex-Indochine. Affecté au Cameroun, l'homme qui traîne une triste réputation de briseur de révolution et de tueur froid, est par la suite, désigné chef de poste administratif de la ville de Bangou, conformément au décret du 16 avril 1957. Les relations de Paul Bernard Kemayou avec les grands nationalistes tels que Ernest Ouandié, Félix Roland Moumié, sont révélées au grand jour. Le roi se retrouve donc au Ghana, puis définitivement en Guinée Conakry, deux pays favorables à la lutte nationaliste africaine, et qui offrent donc asile aux nationalistes camerounais de l'Union des populations du Cameroun. Le combat de libération de Paul Bernard Kemayou trouve écho bien au-delà du seul Cameroun. C'est toute l'Afrique qui ploie sous le joug colonial, qui se reconnaît en lui. D'où le petit nom de "Kemayou l'Africain ".

Bangou nostalgique de Paul-Bernard Kemayou

Jusqu'à ce jour, apprend-on, la carcasse de l'automobile du 12ème roi Bangou, continuer à attirer une foule de curieux.

L'on affirme à ce sujet, que la ferraille de la voiture située à l'entrée de la chefferie, est un lieu de souvenir en la mémoire du très aimé roi. Très rusé, il se rapporte que Paul Bernard Kemayou, avait l'art du déguisement. L'astuce consistait pour les combattants indépendantistes (trivialement appelés maquisards par le bourreau, l'administration coloniale et postcoloniale pro-française) à s'habiller en femmes, afin de passer sans attirer attention. Ce qui leur permettait alors d'investir plus tranquillement le théâtre des opérations.

Très remontés contre l'administration coloniale française après la fuite de Paul Bernard Kemayou, les résistants de l'Upc incendient le royaume Bangou. Depuis son exil ghanéen, Paul Bernard Kemayou obtient une bourse d'études pour la Chine.

Celle-ci lui permettra de poursuivre son cursus académique en médecine. Le 12ème monarque Bangou deviendra ensuite, coordonnateur des échanges entre l'Afrique et le l'empire du Milieu. La Guinée Conakry de Sekou Touré honore encore Paul Bernard Kemayou, en le nommant à l'institut de coordination de la recherche et de la documentation de Guinée. Le roi sera enfin fait expert au service des Archives nationales de Guinée, et ce jusqu'à sa mort par empoisonnement le 17 octobre 1985.

Polémique et conflit autour du successeur du roi Paul Bernard Kemayou

Des sources historiques révèlent que Marcel Kezembou le successeur de Paul Bernard Kemayou, était un ressortissant Bamendjou, et non Bangou. Aussi, les historiens crient au scandale et affirment que le royaume Bangou, avait échu à un "étranger " qui a régné pendant 39 ans, de 1979 à 2018.

De ce fait, Marcel Kezembou aurait régné sans l'onction des ancêtres. Et ceci, s'en indigne-t-on, au grand mépris des coutumes et traditions bamileké qui veulent que tout monarque soit soumis aux règles du La'akam.

Mort en novembre dernier, le régent Marcel Kezembou se serait suicidé après 39 ans de règne, après que sa vraie identité et filiation a été révélée, avec documents à l'appui.

En effet, plusieurs actes de naissance tous au nom de Marcel Kezembou alias Marcel Tayou, ont été retrouvés, et le régent contesté est mort avec pléiade de procédures judiciaires enclenchées contre lui.

Maintenant que Marcel Kezembou le successeur illégitime du roi Paul Bernard Kemayou est mort, le peuple Bangou demande à l'administration, de rétablir la légitimité au trône, et de faire inhumer dignement le roi de leur coeur.

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